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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 09:24

C’est « officiel », la traduction du Notre Père va changer, du moins dans sa version liturgique. Nous ne demanderons plus à Dieu : « ne nous soumet pas à la tentation », mais « ne nous laisse pas entrer en tentation ». L’idée de ce changement, c’est d’en finir avec une formulation qui laisserait penser que Dieu pourrait être sadique… alors qu’il est bon.

L’intention est louable. Mais il n’est pas sûr qu’elle soit si juste. Le texte évangélique de la prière que Jésus enseigne à ses disciples, tant dans Matthieu que dans Luc, n’introduit pas cette nuance d’un Père qui laisserait ou non ses enfants entrer en tentation. Il dit plus directement : « ne nous met pas à l’épreuve », ou « ne nous fait pas entrer dans l’épreuve », reconnaissant au Père un rôle plus actif, et même une forme de responsabilité dans l’épreuve – ce qui n’est pas la même chose que la tentation. Rien d’étonnant, puisque le livre de Job raconte déjà l’épreuve terrible dans laquelle est plongé le serviteur de Dieu… Rien d’étonnant, puisque les évangiles nous disent que le ministère public de Jésus est précédé par une épreuve : après son baptême, Jésus est conduit au désert par l’Esprit pour y être mis à l’épreuve, pour y être tenté par le diable (précisons au passage qu’il s’agit d’un récit littéraire, et pas d’un compte-rendu journalistique ou judiciaire). Autant dire que l’épreuve n’est pas un accident imprévu, une maladresse, une sorte de faute d’inadvertance de Dieu… Paul dans l’épître aux Romains écrit que Dieu a enfermé les hommes dans la désobéissance pour que le monde soit sauvé, les païens comme les juifs, différemment ! Un choix délibéré à fin libératrice.

L’épreuve a donc un sens, et peut-être même une finalité… Elle est d’une certaine façon un mal pour un bien… Non pas un troc, mais un processus qui produit du bien – ce que Paul appelle les douleurs de l’enfantement.

Il aurait sans doute mieux valu s’interroger sur le mot tentation, qui porte une connotation morale discutable étrangère au texte évangélique, que de pencher vers une version « bisounours » de la pédagogie paternelle. N’importe quel père sait que faire advenir ses enfants à l’âge adulte passe par des épreuves, et par des mises à l’épreuve, qu’il est néfaste de vouloir faire disparaître. Il ne suffit pas d’être « bien gentil » en faisant tout pour éviter à l’enfant des difficultés. Il faut au contraire lui permettre d’acquérir une autonomie pour devenir responsable dans toutes les circonstances de la vie. Ne pas comprendre cela, c’est interdire au fils ou à la fille d’accéder à sa vie d’adulte. Il serait donc étrange que nous adoptions une image de Dieu qui en ferait un père pathologique par une sorte de bonté maternante et infantilisante.

Cette « correction » du Notre Père pourrait bien indiquer que nous ne sommes toujours pas au clair avec la figure du Père, en passant d’une vision culpabilisatrice à une conception fusionnelle. Dans un extrême comme dans l’autre, la figure de Dieu qui se dessine est davantage celle d’une idole que celle que nous enseigne la Bible.

Certes, nous devons profondément croire en la bonté du Père, et l’affirmer, mais prenons garde à ne pas affadir cette bonté jusqu’à en faire une inconsistance. C’est bien dans l’épreuve qu’il faut croire à la bonté du Créateur, pour accueillir la vie qui y est donnée paradoxalement.

Desiderius Erasme

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Published by Desiderius Erasme
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Gonzague 03/11/2013 17:21

Certes, bonne mise au point sur le sens de l'épreuve. Mais alors en ce sens positif, pourquoi demanderions-nous à Dieu de nous en préserver ?

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