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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 14:24

Le jeûne eucharistique n’est pas une grève de la faim, mais une démarche de soutien au Synode pour la famille

Après la fin de la première partie du Synode sur la famille, du chemin reste à faire jusqu’à la nouvelle assemblée synodale de l’an prochain. Les catholiques sont appelés à se mettre au travail sur la base des travaux qui viennent de se conclure. Il faut souhaiter, bien sûr, que le débat soit largement ouvert dans toutes les communautés, et que celles-ci se mettent à l’écoute des fortes attentes qui se sont manifestées dans la société. Le contenu du rapport d’étape rendu public a surpris et soulevé bien des espoirs. Les trois points qui ont été repoussés dans le document final – notamment autour de la question de la question de l’accès aux sacrements pour les divorcés remariés ou les personnes qui vivent en couple homosexuel – en raison d’une minorité de blocage de plus d’un tiers des participants sont emblématiques d’un véritable tournant pastoral qui mérite en effet d'être débattu, pour pouvoir être assumé s’il devait finalement être adopté. Ce débat doit être porté jusqu’aux « périphéries », pour reprendre ce mot cher à François, de sorte que soit donnée la parole à tous ceux qu’il concerne.

La foi invite cependant à ne pas se contenter d’un débat d’idées. Un véritable travail spirituel est à accomplir pour porter la réflexion, pour lui permettre de mûrir, pour créer les conditions d’une authentique écoute de l’Esprit. Christine Pedotti et Anne Soupa proposent pour cela de poser un geste de communion avec les personnes divorcées remariées et homosexuelles, en entrant dans un jeûne eucharistique. Rien à voir avec une grève de la faim qui voudrait faire plier un adversaire. Il s’agit d’un acte de prière, une manière de marcher sur le chemin du Synode avec et dans l’Église, mais aussi au côté de ceux et celles qui se trouvent aujourd’hui, en raison de ce qu’ils ont vécu ou de ce qu’ils sont, privés du pain rompu par le Christ. C’est une forme de traversée du désert, d’offrande spirituelle pour le temps qui doit conduire les catholiques jusqu’au moment où le pape exprimera les conclusions qu’il tire de cette longue démarche synodale. Une façon de demander à Dieu qu’il éclaire toute son Église et la prépare à ce qu’il attend d’elle.

Un tel geste – se présenter devant le prêtre (ou celui qui l’assiste pour distribuer l’eucharistie) au moment de la communion pour demander humblement à être béni – fait sens aussi car il invite à ne pas parler de manière théorique et détachée de ce qu’éprouvent les hommes et les femmes privés de l’eucharistie. « Si un membre du corps souffre, tous les membres du corps sont en souffrance », écrit Paul dans la Première lettre aux Corinthiens. Le jeûne eucharistique consiste à se rapprocher de ces hommes et de ces femmes en éprouvant ce que produit une telle situation. C’est par ailleurs, le signe d’une forme concrète de solidarité avec celles et ceux qui sont comme « déshérités ». Ce geste permet de se faire les prochains des personnes qui se trouvent placés hors de la communion. N’est-ce pas une manière de se rendre « aux périphéries » ? Il s’agit d’agir comme Jésus l’a fait : de venir se placer au rang de celles et ceux qui sont désignés comme pécheurs et de partager, un tant soit peu, leur condition et leur douleur, pour manifester que l’on est avec eux, frères et sœurs en Christ.

C’est un choix difficile, un geste lourd. Ceux qui le décideront, comme j’ai choisi de le faire, devront demander tout particulièrement le secours de l’Esprit Saint. Ils auront aussi besoin de l’amour et du soutien des autres membres de la communauté. Ainsi, tous ensemble, pourrons-nous espérer que sera exaucée notre prière commune – celle qui demande à Dieu de combler l'attente de tous ses enfants en les accueillant au festin des noces du Royaume. Porté par tous de diverses manières, ce geste aura la force d’une prière pour la conversion, toujours nécessaire, de toute l’Église à l’Évangile de la miséricorde, de sorte que toute la réflexion synodale sur la famille en sera confortée.

Jean-François Bouthors

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Published by Desiderius Erasme
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