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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 08:41
Hot Tuna et Jorma Kaukonen

Death don't have no mercy in this land,

 

Quand la souffrance de l’autre invite au silence

Job 3, 1-3. 11-17. 20-23 ; Luc 9, 51-56

Voilà Job atteint dans sa chair. Il est l’homme torturé, martyrisé, à bout. L’auteur avec une force bouleversante nous communique la détresse de son personnage. Il nous fait entrer dans ce que la condition humaine peut avoir parfois d’insupportable, de révoltant. Dans un passage précédent, que nous n’avons pas lu, l’auteur a précisé une nouvelle fois que Job, malgré les injonctions de son épouse, n’a pas voulu maudire son Créateur, et qu’il considère qu’il faut accueillir le malheur, tout autant que le bonheur, comme un don de Dieu.

Le malheur qui frappe Job semble n’avoir aucune « utilité », aucune justification. Job n’a pas, pour s’en délivrer les ressources d’une parole qui en délivrerai le sens ou l’origine, il n’y a pas de nœuds à défaire, pas de guérison intérieure à opérer. Le livre de Job ne sera pas le récit d’une psychanalyse. On n’y rencontre que de la souffrance sans cause repérable.

Si Job parle, c’est parce que sont venus le voir ses amis, et qu’ils sont eux-mêmes accablés par sa situation.

Ce qui sort, c’est la révolte que provoque cette situation incompréhensible, innommable. C’est peut-être d’abord ce que nous, lecteurs, devons entendre. La parole qui nait de la souffrance n’est ni

douce, ni modérée. Elle explose et dérange. Elle est injuste, excessive. Il ne faut pas nous en étonner. Gardons-nous de vouloir la contenir, au motif qu’elle nous éclabousse et nous blesse. Acceptons qu’elle vienne mettre en doute le sens que nous attachons à l’existence. Comprenons que dans certaines circonstances, le caractère absurde de la souffrance rende enviable l’idée de la mort. Entendons au moins ce que disait dernièrement en public le jeune philosophe Alexandre Jollien, infirme moteur cérébral : « Surtout évitons de donner un sens à la souffrance ! »

La question que pose la situation de Job, à ce point du livre est double : Job va-t-il résister à l’épreuve à laquelle il est soumis ou va-t-il rejeter son Créateur ? Comment ses amis vont-ils le regarder et l’accompagner ? Cette double question est évidemment la nôtre : pouvons-nous, dans la situation qui est la nôtre, continuer à considérer Dieu pour ce qu’il est, ou changeons-nous notre regard au gré de notre satisfaction ou de nos désagréments ? Comment nous comportons-nous devant et avec ceux qui souffrent ?

La péricope évangélique de ce jour ne nous présente ni enseignement ni miracle. Elle nous annonce que Jésus avance courageusement et simplement vers Jérusalem, après avoir annoncé aux apôtres sa passion. Déjà, il est en butte à l’adversité puisqu’un village de Samarie refuse de l’accueillir au motif, précisément, qu’il monte à Jérusalem. Aux disciples indignés, prêts à la vengeance, il impose fermement la retenue, sinon le silence. Ce que l’évangéliste nous montre, entre les lignes, c’est le cheminement du consentement du Fils à la volonté du Père.

L’heure est à la déprise

Jésus et Job sont frères en humanité… Et bien sûr, l’un et l’autre nous font penser à une autre figure, celle du Serviteur, dans le livre d’Isaïe. Face à eux, il n’est sans doute pas nécessaire de vouloir tirer des leçons. Il suffit d’être avec et de se taire. De laisser la parole qui nous les rend présents s’inscrire en nous et germer, sans que nous sachions nécessairement tout ce qu’il faudrait en dire… L’heure est à la déprise… à l’abandon, pour reprendre un des mots d’Alexandre Jollien.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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