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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 08:12

De Qohelet à la Passion

Ecclésiaste 11, 9-10 ; 12, 1-8 ; Luc 9, 43b-45.

Reconnaissons d’abord le génie littéraire. La fin du propos de Qohélet, marquée par la reprise de l’affirmation qui ouvre et scande son livre – « Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, tout est vanité » – est un chef d’œuvre de littérature.  Pourquoi l’auteur met-il autant de talent à sembler nous dire que finalement tout passe et que rien n’a d’importance ? La qualité de son œuvre contredit radicalement une telle lecture : C’est œuvre est là, elle demeure, nous la lisons, elle a traversé le temps… Tout est vanité, et pourtant… « Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps », écrivait Qohelet au début de son livre.

Je me demande si cet art littéraire n’est pas une invitation à aimer ce qui ne nous semble pas aimable. L’auteur nous dit bien qu’après le temps heureux de la jeunesse – un temps qu’il invite à goûter autant que faire se peut, tout en gardant la conscience de Dieu, tout en s’efforçant de se tenir dans le regard de Dieu sur sa création – vient le temps où la vie décline. De ce temps, précise-t-il, l’homme est enclin à dire « je ne l’aime pas ». Or Qohelet s’y attarde longuement pour le décrire, comme s’il voulait que nous le goûtions lui aussi, tout autant que la jeunesse. Certes, il y a de la tristesse, mais curieusement, cette tristesse est beauté !

Si nous gardons à l’esprit que cette fameuse « vanité » est aussi la vapeur qui abreuve la terre au début du second récit de la création, avant que Dieu mette son souffle dans l’homme qu’il a façonné de la glèbe – et Qohelet, prend soin de conclure en évoquant ce souffle ! –, alors ce temps que nous n’aimons pas spontanément, est aussi celui qui prépare une création nouvelle.

Qohelet nous annonce, comme en passant, que l’homme « s’en va vers sa maison d’éternité », ce n’est  donc pas simplement le retour au début du cycle, mais l’entrée dans une dimension nouvelle.

Passion

Mais tout cela ne se comprend pas si l’homme ne se souvient pas de son Créateur, c’est-à-dire s’il ne considère pas sa vie comme l’objet d’une création qui lui est offerte. Car derrière l’apparent désenchantement de Qohelet, il y a, comme un ostinato qui ne se dément pas, cet appel à rapporter la vie à Dieu, et non pas à la seule perception que nous en avons. Un Dieu dont Qohelet nous dit simplement qu’il est le Créateur. Quant au jugement qui est évoqué, ce n’est assurément pas l’heure des comptes, au sens où Dieu serait un boutiquier des valeurs morales, mais plutôt celui de la mise de la vie dans la lumière de la Création.

Jésus pour sa part, dans le petit passage que nous lisons, réitère de façon particulièrement abrupte, l’annonce de sa passion : « Mettez-vous bien dans la tête ce que je vous dis là ! » Nous retrouvons le même contraste que dans la fin du livre de Qohélet qui oppose le temps de la jeunesse exhubérante et celui du déclin de la vie. Luc met en opposition l’admiration que suscite « tout ce que faisait Jésus », et la Passion qui l’attend. D’un côté une dynamique qui semble irrésistible. De l’autre la mort, aux mains des hommes. Et l’évangéliste de préciser que les disciples ne comprennent pas. Au regard du succès qu’ils ont sous les yeux, il leur est impossible d’envisager l’échec, la mort. Voilà bien ce qui n’est pas aimable. Pouvons-nous alors nous souvenir du Créateur, comme nous y invite l’Ecclésiaste ?

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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