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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 08:58

La sagesse de Gamaliel est toujours d’actualité

 Actes 5, 34-42 ; Jean 6, 1-15

Et voilà Gamaliel, celui dont Paul se dit le disciple. Pierre et Jean comparaissent devant le grand Conseil. L’intervention de cet homme – qui est encore aujourd’hui considéré parmi les Juifs comme un des plus grands maître, lui-même élève de Hillel, figure majeure de la tradition juive – est décisive. Les chefs religieux d’Israël sont en effet tentés d’éliminer physiquement ces apôtres qui refusent de se taire et préfèrent avec obstination obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Gamaliel les en dissuade. Cette seule intervention devrait suffire, disons-le au passage, à nous garder de tout antijudaïsme et de tout antisémitisme.

Que dit Gamaliel ? « Si leur intention vient des hommes, elle tombera. Mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas d’être en guerre contre Dieu. » Cette parole de sagesse a une portée qui déborde largement la scène que nous rapporte Luc. Elle doit nous éclairer sur notre rapport aux événements, sur notre rapport au réel, sur nos propres engagements.

Gamaliel nous invite à regarder ce que nous vivons et ce à quoi nous sommes confrontés en nous posant la question suivante : n’y aurait-il pas là, quelque chose qui viendrait de Dieu ? quelque chose contre quoi il est vain de lutter, quelque chose que nous sommes au contraire invités à accueillir, et à voir grandir. Gamaliel ne dit, au fond, pas autre chose que Jésus lorsqu’il annonce la venue du Royaume de Dieu.

Bien sûr, rien ne se présente à nous avec l’étiquette certifiée conforme « ça vient de Dieu ». Il n’existe pas de « label rouge » de cette sorte. Au contraire, Jésus nous a dit que le jour du Seigneur vient dans la nuit, que le maître arrive comme un voleur à l’heure où l’on ne s’y attend pas.  Nous n’aurons donc aucune certitude… La seule attitude qui vaille, c’est celle de la disponibilité et de la bienveillance. Y compris à l’égard de nous-mêmes. Gamaliel nous dit que ce qui vient de Dieu ne se laissera pas détruire. Cela devrait nous suffire pour accepter de vivre dans l’incertitude : c’est en accueillant ce qui vient, ce qui se présente,  ce qui nous emmène plus loin que nous ferons l’expérience de la solidité du don de Dieu.

Jésus se retire quand on veut mettre la main sur lui

Cela suppose évidemment de notre part une grande humilité, pour ne pas nous en emparer et ordonner ce qui vient de Dieu à notre volonté propre. Car Dieu alors se dérobe aussitôt. Autrement dit, si nous cherchons à nous rassurer, nous perdrons aussitôt le bénéfice du don de Dieu.

Se dérober, c’est ce que fait Jésus, dans le récit de la multiplication des pains dans l’évangile de Jean. Il comble les foules et leur manifeste ainsi sa volonté profonde : la vie pour tous, en abondance. Mais dès que les même foules, reconnaissant là un signe de la présence de Dieu veulent mettre la main sur lui pour assigner à ce « grand prophète » le rôle qu’elles imaginent pour lui, alors Jésus se retire pour se rendre lui-même disponible à la volonté de son Père. Lui aussi obéit à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Acceptons cette incertitude, non pas en nous condamnant à la passivité, à la paralysie, mais plutôt en redoublant d’attention à la liberté même de Dieu, à son inventivité, de façon à ne chercher qu’une chose : le servir, pour que sa vie soit répandue en abondance. Gamaliel nous le dit : l’avenir appartient à ceux qui acceptent d’être surpris, plus qu’à ceux qui veulent contenir la vie de Dieu et la circulation de sa Parole dans leurs propres cases et leurs propres projets.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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