Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 08:25

Il ne suffit pas de dire que Jésus est fils de Dieu…

Depuis le début du temps ordinaire, la liturgie, en même temps qu’elle parcourt le livre de Samuel, nous fait suivre les premières étapes de la vie publique de Jésus, au fil de l’Évangile de Marc. Nous sommes mis dans la position des disciples : nous suivons le rabbi de Nazareth, nous mettons nos pas dans les siens, nous le découvrons à l’action.

Ce matin, par exemple, nous voilà avec lui en Galilée. Avec lui et des foules venus de la grande région alentour… Si l’on prête attention aux indications géographiques qui nous sont données, et si l’on songe qu’à l’époque de Jésus, les gens ordinaires se déplaçaient à pied, on se rend compte que ceux qui sont là n’ont pas ménagé leur peine. Ils sont venus de loin. Cela nous donne la mesure de leur attente, de leur soif, et peut-être aussi de leur impatience, de leur exigence.

En lisant Marc, nous nous comptons parmi ces foules. Nous sommes de ceux qui s’approchent et veulent savoir ce qu’il en est. De ceux qui peut-être espèrent une guérison, une libération, une mise en route, une manière de « décoller » d’un quotidien dont nous nous demandons parfois quel sens il a…

La contamination du « bon »

Sous cette pression, Jésus doit introduire une distance pour « ne pas être écrasé ». On se précipite sur lui pour le toucher, pour saisir une étincelle de la grâce qui l’habite. En le touchant, on espère être comme contaminé par le « bon » qui transpire de sa personne. Ce « bon », il le dira plus tard, est l’apanage de Dieu seul. Dieu seul est tov – bon.

Ce qui est frappant, dans cette scène où Jésus ne parle pas, c’est qu’entre les personnes qui sont venues en masse, rien ne semble circuler. Chacun est tendu vers Jésus. Nul ne semble réaliser que le bien qu’on espère, qu’on attend, peut circuler de proche en proche ou plutôt de prochain à prochain. Nul ne semble croire que le « bon » de Dieu descend en chacun pour être redonné et partagé. Ce sera l’enseignement de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Cette inconscience de la grâce qui nous habite, qui nous fait fils – comme l’affirme le prologue de Jean (« A ceux qui l’ont reçu, à tous il a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu »), cet « insu », risque de nous conduire à nous méprendre sur le Fils, comme nous nous méprenons souvent sur Dieu en le réduisant à la dimension de nos propres fantasmes.

Tels sont les esprits mauvais que Jésus fait taire, lorsqu’ils proclament : « Tu es le Fils de Dieu ! » Le fait qu’ils se prosternent et jouent la comédie de la soumission et de la religion n’est pas un gage de vérité. Si Jésus leur défend de répandre ce message, ce n’est assurément pas parce que ce message est un vrai secret qu’il faudrait garder, mais plutôt que sous des apparences de vérité, il est mensonger, parce qu’il laisse croire que le salut procède d’une simple opération verticale, entre Dieu et celui qui le lui demande. La vérité, c’est que ce salut est infiniment plus grand que la plus grande collection de guérison et de miracle que le Fils pourrait opérer, puisqu’il passe par le rétablissement d’une relation de fraternité entre les hommes. C’est ce que dira Jean dans sa première lettre : « Celui qui dit aimer Dieu et n’aime pas ses frères est un menteur. »

La bonté de Dieu ne peut pas être l’objet d’une captation pour soi ; elle ne peut être reçue comme une solution strictement personnelle à la difficulté de vivre. Elle n’est bonté de Dieu que parce qu’elle transforme la relation des hommes entre eux, et qu’elle fait de chacun un Fils capable de participer au salut de ses frères. C’est alors qu’opère la véritable contamination du « bon » à laquelle aspiraient les foules qui avaient accouru pour voir et toucher le rabbi thaumaturge de Nazareth. Annoncer une autre divinité que celle-là, fût-ce sous toutes les apparences de la soumission et de la religion, c’est blasphémer.

D.E.

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Gladys Bastiaenssens 21/01/2010 09:58


Je trouve que votre regard sur l'évangile donne
une nouvelle approche qui est bien intéressante et surtout "vraie".
Au plaisir de vous lire


Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens