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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 08:36

Le sens d’une scène cachée

1 Rois 18, 41-46 ; Matthieu 5, 20-26

Après que l’ordalie du Mont Carmel a manifesté quel est le vrai Dieu, le livre des Rois raconte une scène de carnage : le peuple acquis à Elie se saisit des prophètes de Baal et Elie les égorge dans le fond d’un ravin. Ceux qui ont établi le lectionnaire ont pensé qu’il ne fallait pas donner à lire ce texte d’une violence crue, de crainte, peut-être, qu’il ne fournisse une légitimation au fanatisme religieux, mais probablement aussi de peur que les lecteurs offusqués ne mettent en doute l’Écriture elle-même.

Le cycle d’Elie est une œuvre littéraire, qu’il faut lire comme tel, et non comme un témoignage historique, même si cette œuvre, comme le fait souvent la littérature, vient se nicher dans une situation historique qu’elle utilise comme décor. Sa vérité n’est pas historique, mais théologique. Ce que cette scène « cachée » dit, c’est que la découverte du vrai Dieu opère une rupture radicale, et qu’il n’y a pas de coexistence possible entre la foi et l’idolâtrie.

La scène peut se lire de façon allégorique, la descente au fond du ravin étant comprise comme une descente au fond de soi pour y combattre ce qui loin d’être de l’ordre de la foi est au contraire de l’ordre de la servitude. Ici les prophètes de Baal qui n’ont d’autre nom que « prophète de Baal » symbolisent les asservissements, les chaines spirituelles mais aussi temporelles qu’instaure l’idolâtrie quelles que soient ses formes. Dans le cycle d’Elie, s’il faut chercher des coupables nommément désignés, on trouve les noms d’Akhab et Jézabel, c'est-à-dire les deux figures du pouvoir oppresseur, celui et celle qui se nourrissent de l’injustice et de l’asservissement.

Akhab, à ce point du récit, est épargné, parce qu’il est encore possible qu’il se convertisse. Le retour du peuple à la foi est béni par le retour de la pluie, qui met fin aux années de sècheresse. Et symboliquement, Akhab va rentrer chez lui, certes sur son char – symbole de sa puissance –, mais en suivant Elie qui court devant lui, porté par la main du Seigneur… Akhab, tout roi qu’il est, occupe alors la position du disciple, qui suit derrière son guide…

Cette radicalité de la foi, Jésus l’exprime, dans le passage de l’Évangile de Matthieu que nous lisons : non seulement il n’abolit pas la loi, mais il l’accentue en la développant. Ce qu’il explique, quant à l’interdiction du meurtre dans le Décalogue, pourrait être appliqué à chacune des « Dix Paroles ». Il s’agit pour lui de montrer que la vie en Dieu va éclairer toutes les profondeurs de notre être.

Vivre au niveau de la foi

Il ne s’agit pas simplement de ne pas tuer, mais d’être avec son frère, son prochain, dans une relation conduite par l’amour, qui s’oppose à des comportements de rupture et d’adversité. Ne pas vivre « à ce niveau-là », c’est vider l’amour que nous prétendons avoir pour Dieu (l’offrande présentée à l’autel) de son sens, et donc faire de nos attitudes religieuses des actes sans contenu, sans épaisseur, sans chair. Voilà pourquoi la miséricorde, la réconciliation tiennent dans le texte de Matthieu une place centrale.

Cela pourrait sembler en parfaite opposition avec le carnage du mont Carmel, si l’on reste à une lecture à la lettre du livre des Rois. Mais en réalité, c’est la même affirmation : si nous reconnaissons que Dieu est le Seigneur, alors il faut accepter que notre vie en soit bouleversée en profondeur, jusqu’à l’extrême, pour rompre avec la servitude et entrer dans la liberté de l’amour.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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