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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 08:24

 

Pour se mettre dans l'ambiance, Maple Leaf Rag, par Marielle et Katia Labèque

La pêche miraculeuse comme on ne nous l’a pas racontée

1 Corinthiens 3, 18-23 ; Luc 5, 1-11

Voici le récit dit « de la pêche miraculeuse ». Je dois vous faire un aveu. Sa lecture me laisse perplexe. A moins que Luc ne manie l’humour – hypothèse qui n’est pas à écarter. Que l’envoyé de Dieu se manifeste comme un sonar de pêche capable de détecter les bancs de poissons mieux que les professionnels, me paraît une bien étrange révélation. Que de surcroit, le fruit de cette opération soit des filets pleins à craquer qu’on abandonne aussitôt sur le rivage, quel gaspillage ! Enfin que le Messie « attrape » lui-même les hommes de cette façon en « appâtant » comme un pêcheur – c’est à quoi sert cette fameuse pêche miraculeuse –, me semble peu respectueux des hommes et indigne de l’amour de Dieu pour ses enfants. C’est vraiment prendre les gens pour des billes (et je reste poli).

Si Dieu s’accommode de cela, si le Fils de Dieu s’y prend ainsi, c’est qu’il sort en direct des « contes et légendes ». Tout cela ressemble fort à de la mythologie païenne ! Cherchez l’erreur !

Je sens qu’on va me dire, Desiderius cette fois-ci, tu vas trop loin. Il faut tout de même lire ce récit avec foi. Si Jésus est le fils de Dieu, il peut tout faire.

Mais justement, il ne fait pas tout. C’est ce qu’il vient manifester, en refusant la solution du miracle sur la croix, en ne descendant pas du bois du supplice comme le lui serinent ceux qui l’y ont cloué, prétendant qu’alors ils croiront. Pourquoi Jésus agirait-il différemment avec Simon-Pierre et ses compagnons. N’a-t-il pas explicitement annoncé qu’il n’y aurait pas d’autre signe que le signe de Jonas…

Jonas ? C’est un indice. Le livre de Jonas, si court, est un chef d’œuvre littéraire, et en rien une vérité historique. Et si nous lisions le récit de Luc comme nous lisons le livre de Jonas ?

De quoi est-il question ? Tout d’abord du besoin de prendre de la distance pour parler, pour se faire entendre. C’est ce que nous venons de faire. Il y une forme de promiscuité « spirituelle » qui rend sourd et aveugle. Pour celui qui lit, il faut d’abord reconnaître qu’il n’est pas possible de mettre la main sur la parole, comme on le fait si souvent, sous prétexte de foi. La parole échappe, et il faut d’abord constater qu’elle échappe… Cela peut être décourageant. Comme une nuit de pêche dont on revient bredouille. Si Simon-Pierre avait tout compris en écoutant Jésus – mais il était sans doute dans la barque, trop près… – il n’y aurait eu nul besoin de la suite du récit. Il aurait suivi, sans hésiter !

Ensuite il est question de remettre le travail sur le métier. Reprendre à l’endroit où l’on s’est découragé. Et cela, nous dit le texte, c’est un « ordre », c’est-à-dire à la fois un commandement et la nature des choses. C’est l’ordre de Dieu : il nous invite à chercher la vie partout, y compris et peut-être surtout là où nous sommes tentés de croire qu’elle n’est pas. C’est comme cela que cela marche la vie. Cela surgit où on ne l’attend pas ! Et avec la Parole de Dieu, il en va bien ainsi, c’est là où nous butons, là où nous faisons – si nous ne nous jouons pas de comédie –, l’expérience que nous ne comprenons pas, que nous renâclons, que se cache la plus grande fécondité, les plus belles découvertes, la plus formidable pêche. C’est là qu’il faut avoir la foi.

Le texte se poursuit en nous parlant d’abondance. Il y a plus alors à trouver, à découvrir là où nous étions découragés –morts de fatigue – que nous ne pouvons même l’assimiler et le porter. Avec ce que nous réserve la Parole, nous n’en aurons jamais fini. Mais cette abondance du don de Dieu, cette découverte de la vérité de la parole nous révèle nos limites. N’étions nous pas découragés, n’avions nous pas baissé les bras, cherché des subterfuges ? C’est le cri de Pierre qui demande – à contretemps, le malheureux – à prendre de la distance. Mais Jésus lui répond que ce n’est plus l’heure. Car comme l’annonce le prophète Isaïe, Dieu met sa parole sur les lèvres et dans le cœur de ceux qu’il appelle.

Dès lors, les poissons n’étaient qu’une image. Le rédacteur invite son lecteur à délaisser l’image, comme Pierre ses barques et ses filets, pour suivre la Parole.

Tout vous appartient

Avouez que ce récit de la pêche miraculeuse, c’est tout de même autre chose qu’un tour de prestidigitation pour attraper les nigauds…

Après cela, entendez cette incroyable provocation de Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « Tout vous appartient, Paul et Apollos, et Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent et l’avenir, tout est à vous ! » Il y va fort non ? Avec ça quel besoin de miracles ? Rude responsabilité. Cela mérite qu’on y réfléchisse plus d’une minute. « Mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu ». Autrement dit cette responsabilité se vit sous « l’ordre » de Dieu. Revenons donc là où nous « ramons » pour y accueillir la vie qui est à nous !

D.E.

 

 

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Published by Desiderius Erasme
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