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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 08:53

Du spirituel et du temporel

2 Pierre 3, 12-15a. 17-18 ; Marc 12, 13-17

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Qui ne connaît cette réplique de Jésus aux pharisiens et aux partisans d’Hérode qui pensaient lui tendre un piège en l’interrogeant sur l’impôt à l’empereur ? Il est intéressant de rapprocher ce texte du passage de la seconde lettre de Pierre que nous lisons aujourd’hui. Pierre – ou du moins celui qui signe sous son nom – répond à l’impatience de ceux qui trouvent que le Jour du Seigneur tarde. De fait, nombre d’entre eux pensaient qu’ils verraient de leurs yeux le retour du Christ, ce que nous appelons familièrement « la fin du monde ». Un peu avant, dans la même lettre, citant le psaume 89 (90) que la liturgie nous propose également ce matin, Pierre rappelait que pour Dieu, « mille ans sont comme un jour ». Pierre invite ses lecteurs à ne pas se laisser ébranler par la longueur de l’attente, et à rester enraciné dans la grâce qu’ils ont reçue du Christ. Et il conclut : « A lui la gloire dès maintenant, et jusqu’au jour de l’éternité. » Nous sommes ici dans le « déjà là » qui reste « encore à venir »…

Le temps de Dieu n’est pas le nôtre. Non pas qu’il n’y ait pas d’histoire, ni que le temps de Dieu soit cyclique. Mais Dieu habite le temps dans sa plénitude. Il habite à la fois l’instant présent, totalement, et toute l’étendue du temps, qu’il contient en lui-même. C’est en ce sens qu’il est éternel, c'est-à-dire au-delà du temps tel que nous le percevons.

Dans ces conditions, la question des pharisiens et des hérodiens à Jésus paraît évidemment vaine. Pour les premiers, payer l’impôt à César, c’est nier la souveraineté absolue de Dieu. Pour les autres, refuser de payer c’est se soustraire à l’autorité de l’empereur, et donc ignorer la réalité du temps présent. Le piège tendu à Jésus, c’est celui de l’opposition entre ces deux ordres, entre l’eschatologie et l’histoire.

Jésus, nous dit Marc, connaissait « l’hypocrisie » de ses interlocuteurs. Ce mot d’hypocrisie vise en fait moins la fausseté et la malice de ceux qui veulent tendre un piège, que leur courte vue, leur incapacité à s’élever à la hauteur de l’enjeu. De fait, les uns et les autres sont enfermés dans leur vision particulière. Les pharisiens, tels que les présente Marc, font volontiers l’impasse sur les contingences, pour tout soumettre à une observation de la loi qui n’a, si l’on peut dire, la tête que dans le ciel. Les hérodiens, au contraire, ne connaissent que la dure réalité du pouvoir et de l’ordre matériel présent. Chaque « ordre » exclut l’autre.

Coexistence

La réponse de Jésus à ceux qui viennent le voir comme celui qui « enseigne le vrai chemin de Dieu » va les déconcerter, car il ne prend partie ni pour les uns ni pour les autres. Ce n’est pas par habileté que Jésus se comporte ainsi, mais parce qu’il sait que si pour Dieu mille ans sont comme un jour, alors il faut tenir à la fois le jour et les mille ans, c'est-à-dire la réalité présente – que figure la pièce d’argent à l’effigie de César – et la plénitude de la Création en Dieu. Ce n’est pas en opposant l’un et l’autre que l’on marche sur « le vrai chemin », mais en honorant les deux. Au passage, notons que la réponse de Jésus invite hérodiens et pharisiens, qui sont adversaires, à coexister !

Ainsi, le spirituel et le temporel ne s’opposent ni ne se confondent. Ils coexistent étant étroitement imbriqués, comme le disait superbement Gabor Hevenesi, jésuite hongrois (1656-1715) : « Crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout de Dieu seul. » Voilà qui nous prend à contrepied…

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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