Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 09:22

Quand Dieu fait une indigestion religieuse

Dieu pourrait-il souffrir d’indigestion ? La question ainsi posée paraît saugrenue. Pourtant, c’est bien celle qui vient à l’esprit en lisant les versets 11 à 17, du premier chapitre du livre d’Isaïe. Les rites, les sacrifices, l’encens, et même les prières, Dieu s’en dit gavé. Fed up, comme disent les Anglo-saxons. Il n’en peut plus. Cette accumulation des choses de la religion, par lesquelles les hommes tentent de s’accommoder avec lui, de s’attirer ses bonnes grâces, il en a plus qu’assez.

Que le premier livre des « derniers prophètes » selon l’appellation juive, qui est aussi le principal de cette petite bibliothèque prophétique, à l’intérieur du canon biblique, commence ainsi donne à réfléchir. Dieu, nous dit Isaïe, est pris de dégoût, de nausée, devant cette accumulation de « sacré » qui lui est adressée.

Y avons-nous songé la dernière fois que nous sommes venus à la messe, la dernière fois que nous avons formulé en nous, en toute sincérité, une prière, la dernière fois que nous avons décidé de faire « un sacrifice », la dernière fois que nous avons pensé élever notre âme vers le ciel, la dernière fois que nous avons obéi à la pulsion religieuse qui est en nous, la dernière fois que nous avons voulu être un bon croyant ?

Sous la plume d’Isaïe, Dieu nous dit qu’il « déteste » tout cela, qu’il s’en détourne, qu’il se voile les yeux pour ne pas le voir. Cette « cuisine »-là, en effet, est indigeste, alourdie par le poids d’une étouffante contradiction : nous nous tournons vers Dieu pour le célébrer ou pour lui demander grâce sans avoir commencé à prendre en main notre vie personnelle et collective pour en réparer ce qui peut l’être, pour remédier au mal que nous avons pu commettre. Le problème n’est peut-être pas tant la culpabilité que la résignation et le fait de se défausser de ses responsabilités humaines. Pourquoi demander à Dieu de pallier notre propre absence, pourquoi essayer de lui plaire en dédaignant de prendre soin du monde qu’il nous a donné ? Qu’y a-t-il à recevoir si nous ne sommes déjà pas présents à ce que nous avons reçu ?

Jésus, lorsqu’il envoie les Douze ne leur demande pas de multiplier les rites, les célébrations. Il ne leur donne pas une recette religieuse par l’usage de laquelle disparaîtraient les aspérités, les tensions et les contradictions du monde. Au contraire, il leur décrit le monde tel qu’ils vont le rencontrer, l’habiter et en souffrir. Plutôt que de leur proposer d’organiser de grandes cérémonies, il achève son envoi par le conseil le plus simple : offrir un verre d’eau fraiche au plus humble qui aurait soif ! Ça commence tout bonnement par là, être disciple de Jésus !

Tout à perdre

« Qui veut garder sa vie la perdra ! » Vouloir la garder « religieusement » ne fait pas exception à cet avertissement. La seule manière de la garder, nous dit Jésus, c’est… de la perdre, c’est de se détacher du souci de la sauver, de la maîtriser, pour ne voir qu’une seule chose : le Christ qui lui-même perd sa vie en la donnant. La seule manière, c’est de prendre le risque d’habiter, en l’aimant, un monde divisé, et peut-être même de ne pas voir la solution de cette division, mais son approfondissement, pour voir surgir la division, l’inimitié… A partir de là, une fois la réalité dévoilée, on verra mieux en effet à quoi il faut se coltiner et où il faut distribuer les verres d’eau fraiches !

Voilà qui est bien loin de l’unanimisme religieux que nous aimons voir fleurir dans nos célébrations. Mais ne faut-il pas commencer par prendre à pleines mains l’âpreté du monde pour obéir au commandement de Dieu, tel qu’il est proclamé dans Isaïe : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, mettez au pas l’oppresseur, faites droit à l’orphelin, prenez la défense de la veuve ! »

D.E.

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Rigollier 12/07/2010 12:52


Bravo: voilà le genre d' article dont nous avons tant besoin, en ces temps ou les rassemblements, les grandes messes, les cérémonies, les médiatisations, les "actions vitrines", sont si
développés...Si je ne commence pas par ma propre remise en question, ma conversion, a quoi cela sert il? Que va t' on en faire? De nouveaux faux sacrifices? de nouveaux mensonges? et abus?
Merci...encore...


Desiderius Erasme 13/07/2010 08:45



Merci, vos encouragements sont utiles. N'hésitez pas à faire suivre à vos amis...



Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens