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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 08:32

Haendel, Le Messie, extrait.

Le temps de la « délivrance »

1 Corinthiens 15, 15-20 ; Luc 8, 1-3.

Dans ce passage de sa première lettre aux Corinthiens, Paul ne se contente plus d’interroger les comportements, pour inciter ses interlocuteurs à agir et vivre leurs relations d’une manière qui soit fondée par la foi qu’ils ont reçue. C’est cette foi qu’il vise directement.

Qu’a transmis Paul. Il l’a écrit quelques lignes plus haut : « Le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures et il a été mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze… » L’insistance sur les Écritures inscrit cette proclamation dans la ligne de la tradition reçue de la Loi et des Prophètes. Comme le fruit de la Promesse.

Paul demande ensuite : « Comment certains d’entre vous peuvent-il affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? »

C’est là, en effet, où notre foi n’est pas simplement une confiance dans le vaste mouvement de la vie, où Dieu n’est pas simplement un mot qui traduirait cette poussée profonde de la vie et de la nature. « Deus sive natura », écrit Spinozza. Notre foi n’est pas un panthéisme réaménagé sous la forme d’une sorte de monothéisme trinitaire un peu biscornu. Certes, la foi dans la vie, dans une vie infiniment plus grande que notre petite personne, ne nous est pas étrangère. Le livre de la Sagesse nous rappelle que si nous observons le monde, la nature, nous pouvons avoir accès à une certaine conscience de Dieu.

La mort et la résurrection du Christ sont un événement qui nous emmène au-delà de cette foi dans l’immanence de Dieu. Ce n’est plus une présence diffuse, mais incarnée et personnelle, ce qui signifie relation et langage. Parole. En la personne de Jésus, la Parole de Dieu se donne un corps, et ce corps affronte la dimension la plus commune de la vie dans la nature : la mort. La vie n’est qu’un souffle qui passe, les psaumes le répètent abondamment. Pourtant, Jésus, par sa fidélité à la Parole, nous révèle que ce souffle si fragile, s’il se laisse animer par la Parole, peut vaincre la mort. Non pas l’éviter, mais la traverser. Voilà ce dont nous vivons aujourd’hui si nous sommes chrétiens, de la Parole de Dieu donnée par Jésus. Cette Parole ne s’est pas éteinte avec la mort d’un homme sur une croix, elle s’est au contraire manifestée dans une vigueur renouvelée, dans ce que Paul appelle lui-même un « corps glorieux », ce qui est une manière de nous dire que la résurrection n’est pas la simple réanimation d’un cadavre… Jésus ressuscité n’est pas une sorte de zombie.

Disons-le franchement, nous n’avons pas les mots pour décrire cela, puisque nous sommes sinon dans une absence, du moins dans une distance, que Jésus nous a révélée comme nécessaire – il le dit à plusieurs reprises après Pâques –, pour qu’à notre tour nous vivions de la Parole, pour qu’à notre tour nous entrions dans la foi et expérimentions la puissance de cette Parole contre la mort. C’est ainsi en effet que nous sommes délivrés du péché et de ses liens. Nous pouvons, comme l’écrit ailleurs Paul, mourir au péché, pour vivre.

Délivrance

Nous n’avons pas les mots pour décrire cela d’une manière qui nous éviterait de faire l’expérience de la foi. Mais cette expérience est possible. C’est ce que nous dit très simplement l’évangile de Luc que nous lisons aujourd’hui. Luc ne prouve rien, il offre son témoignage, et il est simple : « Jésus a proclamé la Bonne Nouvelle du règne de Dieu dans les villes et village. Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes qu’il avait délivrées d’esprit mauvais et guéries de leurs maladies. »

La liturgie ne nous donne ce matin rien de plus à lire que cette indication de la présence des femmes, de celles qui, comme l’on dit, « donnent la vie », la porte et la donnent. Nous sommes tous nés d’une femme, dans un moment que l’on appelle « la délivrance ». L’expression est forte. Celles qui délivrent la vie qu’elles portent en elle-même, par un acte d’une grande intensité physique et dramatique, celles-là suivent Jésus, nous dit l’évangile de Luc, en précisant qu’elles ont été guéries ou délivrées. Ce n’est pas une manière subtile de dire qu’elles seraient inférieures de nature au Douze, mais plutôt, me semble-t-il, de nous faire sentir qu’elles ont été les premières à éprouver la puissance libérante de la Parole du Christ. Ne seront-elles pas les premiers témoins du tombeau vide ? Marie Madeleine ne sera-t-elle pas la première à connaître le ressuscité ?

Si nous n’avons pas les mots pour décrire la résurrection, nous pouvons cependant accompagner ces femmes, pour découvrir dans notre vie, la manifestation de cette « délivrance ».

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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