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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 08:32

Croire quand même, c’est le titre du livre d’entretien du père Joseph Moingt, jésuite né en 1915, qui témoigne d’une vive intelligence. Le livre est paru il y a déjà deux ans (Éd. Temps Présent), mais il n’a rien perdu de son actualité. Si vous ne l’avez pas lu, n’hésitez pas, c’est un ouvrage stimulant et riche, qui plaide la cause d’un christianisme ouvert, dynamique et confiant. Moingt n’est pas tendre avec l’Institution, même s’il ne croit pas à un christianisme sans Église. Il appelle surtout à la liberté pour retrouver le sens de l’Évangile.

« Le chrétien, écrit-il, voit le déclin présent de l’Église, qui se vide de ses fidèles et dont la foi déserte le monde, comme il lit la mort de Jésus : comme l’espérance et la promesse que les semences évangéliques, sortant de son enclos, vont se répandre dans le monde pour son salut. Seule, la foi nourrit cette espérance. Mais le fait que la foi ne meurt pas, malgré notre pauvre foi, qu’elle renaît sans cesse de nos doutes toujours renaissants, voilà qui soutient l’espérance du chrétien et lui donne l’assurance de sa victoire finale sur le mal et la souffrance. »

Je n’en dis pas plus, lisez vous-mêmes, si vous ne l’avez pas encore fait.

Sur un mode très différent, on retrouve une conviction voisine dans le dernier livre de Frédéric Boyer, Sexy lamb (Éd. POL). Le titre est emprunté à un poème du grand poète américain de la Beat Generation, Allan Ginsberg. C’est la figure de l’agneau que scrute Boyer, dans un ouvrage auquel il a donné le sous-titre suivant : « De la séduction, de la révolution et des transformations chrétiennes ». Boyer vient renverser quelques « idoles », pour rappeler que la foi chrétienne est une aventure qui nous confronte à la fragilité, à l’incertitude, et qu’il ne faut pas se hâter de s’en dégager. Il s’agit de ne pas perdre de vue que dans la foi chrétienne, Dieu se dépouille des attributs de la divinité pour se faire homme, dans toutes les conséquences de cette humanité. Il est tentant de vouloir faire l’impasse sur cet incroyable kénose.

« Croire, écrit Boyer, ne devrait jamais signifier que je me mette dans l’état d’esprit qu’une chose que je tiens pour impossible peut arriver. Mais plutôt exiger d’opposer à l’impossible tout le réel comme contradiction. De toute évidence, croire ne peut être possible qu’en acceptant les coups, les épreuves qui nous conduisent au bord le plus vacillant de l’existence. » Pas de pensée magique donc, qui viendrait recouvrir l’incertitude. Il faut plutôt accepter de traverser l’épaisseur de l’existence, avec tous ses linéaments, sans essayer de faire du christianisme « une officine de défense des valeurs quelles qu’elles soient : la famille, la vertu, la fidélité, la bonté, l’humanisme… » En effet, rappelle l’écrivain, Dieu a choisi les faibles, les rejetés pour confondre les forts, les puissants. Il n’y a pas là de quoi tirer gloire pour soi-même.

On l’a compris, le livre de Frédéric Boyer est décapant. Son écriture fortement poétique peut dérouter parfois. Mais elle propose au lecteur le même inconfort fécond que celui qu’il trouve dans la figure de l’Agneau. À lire…

Desiderius Erasme

 

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Published by Desiderius Erasme
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Outlook setting 21/11/2013 08:27

You make some reasonable points here and I appreciate your opinion. I have been part of reasonable debates over this book and it puts down some valid questions regarding some of the very relevant issues. Thank you!

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