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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 09:22

Thomas a raison de ne pas vouloir croire aveuglément

Éphésiens 2, 19-22 ; Jean 20, 24-29

Vous dirais-je que j’aime bien Thomas que nous fêtons aujourd’hui ? Grâce à lui, tous ceux qui ont du mal à croire sont bienvenus dans « la famille de Dieu » – selon l’expression de Paul dans sa lettre aux Éphésien. Thomas demande des raisons de croire. Et il a raison. Jésus n’a-t-il pas dit que viendront des personnages douteux qui se présenteront comme le Messie ? La foi n’interdit pas le discernement. La foi n’interdit pas l’intelligence. La foi n’interdit pas la confrontation au réel.

D’ailleurs Jésus ne fait pas reproche à Thomas de vouloir mettre à l’épreuve des faits le témoignage des autres disciples. Jésus vient d’abord rejoindre son disciple là où il est, dans son questionnement. Et c’est sans doute la première chose qu’il faut contempler. Le Christ n’est pas celui qui trônerait dans les cieux, auréolé de sa résurrection en regardant avec mépris et suffisance les hommes qui demandent des raisons de croire.  Ressuscité, le Fils de Dieu vient encore rejoindre les hommes là où ils sont, dans leurs interrogations.

Thomas ne s’excuse pas d’avoir demandé à voir. Il fait beaucoup mieux : il confesse sa foi. Il faut noter que dans l’évangile de Jean, après la résurrection, c’est lui, et lui seul, qui porte en tout lettres cette superbe confession de foi, si personnelle : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Marie Madeleine s’adresse à Jésus en lui disant « Rabbouni » c'est-à-dire, « Maître », avec sans doute une tonalité affectueuse, puis elle dira aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ». Mais seul Thomas s’adresse à Jésus de cette étonnante manière. Dans cette confession, le cœur dépasse alors la raison : ce n’est pas la « preuve » qui convainc Thomas de croire, aucune preuve ne le peut, c’est son cœur qui trouve alors sa liberté pour adhérer au Christ, dans un élan d’amour.

« Parce que tu m’a vu tu crois, heureux ceux qui croiront sans avoir vu », dit Jésus à Thomas. De fait, nous ne voyons pas Jésus comme Jean nous dit que Thomas l’a vu. Cependant, il ne nous est pas interdit de demander des raisons de croire, et encore moins de croire avec raison. Ce qui importe, en définitive, c’est de trouver les chemins de cette liberté intérieure qui nous conduisent de la raison à l’amour – sans abandonner pour autant la raison.

Notre jumeau, ce juif…

Alors nous pouvons entendre pour nous la parole de Paul aux Éphésiens : « maintenant, frères, dans le Christ Jésus, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes citoyens du peuple saint, membre de la famille de Dieu. »  L’amour qui nous saisit, si nous y consentons comme Thomas, fait que nous ne sommes pas des intermittents de la foi, que nous ne sommes pas de simples visiteurs qui viennent voir quelques choses d’admirable, mais que nous sommes à notre tour intégré durablement « à la construction qui a pour fondation les Apôtres et les prophètes ».

Remarquons ici la place accordée aux prophètes. Paul signifie ainsi que les Apôtres, dont lui-même, n’ont pas inventé le Christ, mais qu’ils se situent dans l’héritage spirituel d’Israël. Il est vrai, ne l’oublions pas, que notre « jumeau », Didyme – c’est l’autre nom de Thomas –, est juif. Comme Nathanaël qui, au début de l’évangile de Jean, demande lui aussi à voir, lorsque Philippe lui annonce qu’il a trouvé « celui dont il est question dans Moïse et les prophètes ». Nathanaël confessera après l’avoir rencontré, que Jésus est « le fils de Dieu, le roi d’Israël ». Avec des jumeaux pareils, j’incline à penser qu’il ne nous est pas interdit, pour ne pas dire il nous est recommandé, d’être à notre tour, un peu juif.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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