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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 08:16

Une humanité à reconstruire

Ben Sirac le Sage 48, 1-14 ; Matthieu 6, 7-15

Le livre de Ben Sirac le Sage fait mémoire d’Elie et de son disciple Elisée.  La liturgie nous propose de nous arrêter sur cette relecture qui nous dit non seulement qui était Elie, mais ce qu’à un moment donné la conscience religieuse et spirituelle d’Israël a voulu en retenir. Faire mémoire d’Elie, c’est se demander ce que cette figure éveille et agit en nous.

Ce petit texte de Ben Sirac est intéressant, car il ne traite pas Elie et Elisée de la même manière. Il fait  l’éloge d’Elie, de manière majestueuse, tandis qu’Elisée apparaît d’abord comme celui qui reçoit son héritage et en qui l’on peut constater l’effet de l’œuvre d’Elie – c'est-à-dire du don de Dieu. Ainsi, le lecteur est-il discrètement invité à venir prendre la position d’Elisée, pour recevoir l’esprit d’Elie, faire preuve de fermeté et de constance dans la foi, et marcher sur ses traces. Dès lors le lecteur fera lui aussi de grande chose, en se laissant investir par la puissance de Dieu.

Afin qu’on ne se méprenne pas, le sens même de la mission d’Elie est clairement indiqué au centre du passage que nous lisons : il s’agit de « ramener les cœurs des pères vers les fils et de rétablir les tribus de Jacob ». Il est remarquable de constater que la restauration d’Israël – que nous pouvons aussi regarder comme le prototype de la restauration de l’humanité – passe par le fait de « ramener le cœur des pères vers les fils », comme si les pères avaient perdu la conscience d’être père, la conscience de la vie à donner et à transmettre. N’aurions nous pas spontanément pensé à un mouvement inverse, ramener les cœurs des fils vers les pères. Depuis Freud, nous avons en tête que les fils rêvent de tuer le père… Ben Sirac nous dit quant à lui que les pères n’aiment pas leur fils. C’est-à-dire qu’ils privilégient leurs intérêts, leurs appétits, leurs pulsions… Ils font passer le présent et le passé avant l’avenir ! La source de bien des maux est là, et cela n’a pas changé. Le remède non plus : il passe par la conversion des pères…

Reconnaître l’amour du Père

Avant de parler d’Elisée, Ben Sirac ajoute : « Heureux ceux qui se sont endormis dans l’amour du Seigneur, car nous possèderons la vraie vie. » On peut y voir, bien sûr une indication sur la foi en la résurrection, mais on peut aussi entendre cela d’abord comme le rappel de l’amour de Dieu. Rapproché de ce qui précède, cela nous rappelle que Dieu aime les hommes. C’est un père qui aime ses enfants. Elie a pour tâche de remettre les hommes dans ce mouvement même de Dieu. C’est ainsi que l’on possède la vraie vie. C’est ainsi que l’on trouve la vraie mesure des choses.

Dès lors, il n’est pas étonnant que lorsque Jésus apprend à ses disciples à prier, il leur parle du Père qui « sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l’ayez demandé ». Prier, c’est commencer par reconnaître l’amour du Père, pour soi-même être habité par cet amour, comme Elisée était rempli de l’esprit d’Elie. D’où la finale sur le pardon : si Dieu est un père qui pardonne à ses enfants – c'est-à-dire qui fait le chemin vers eux, même lorsque les enfants se sont dressé contre lui – alors ceux qui vivent de lui, à leur tour font œuvre de pardon… Ainsi se reconstruit l’humanité.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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