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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 19:28

Mon cher Thomas,

J’assistais hier à une rencontre organisée par L’Observatoire Foi et Culture des évêques de France, autour du second rapport de Mgr Claude Dagens, sur la présence chrétienne dans notre société. D’abord, il y a lieu de se réjouir que cette question soit posée et que soit dite la situation de pauvreté actuelle de l’Église de France – le mot n’est pas de moi, mais de Mgr Dagens. Et sans doute faut-il reconnaître, comme cela a été dit que cette situation même provoque des mutations et sans doute un renouveau. On aimerait que le meilleur de ces réflexions soit relayé vers le peuple chrétien, car de bonnes choses ont été échangées…

Pour ma part, je reste avec une question que je vais essayer de t’exposer. Il me semble que nous sommes dans une double incompréhension. Je ne suis pas sûr de partager le point de vue de Jean-Pierre Denis, le directeur de la rédaction de La Vie. Il voit le christianisme comme une contre culture qui s’oppose à la société du divertissement et de l’argent. À partir de là, il est alors tentant de jeter le bébé avec l’eau du bain et de s’interdire de comprendre ce qui est en jeu derrière le divertissement et la fascination de l’argent. Suivre le Christ, c’est, me semble-t-il, commencer par aller à la rencontre de l’humain, tel qu’il est, pour entendre en profondeur ses attentes, ses failles, ses questions, derrière les apparences qu’elles prennent pour s’exprimer, faute de trouver d’autres langages que ceux qui sont à sa disposition. Nous pouvons trouver ce langage misérable, défectueux, mais nous ne pouvons attendre que les humains en parlent d’autres pour les rencontrer. Si Jésus est allé à la rencontre des pécheurs, s’il a partagé avec eux le pain et le couvert, nous devons faire de même. Or il me semble que nous n’avons pas renoncé à nous tenir dans la position des purs et des spirituels qui était celle des maîtres pharisiens de l’époque.

Michel Crépu, le rédacteur en chef de la Revue des deux Mondes, disait au détour d’une phrase que rien n’était plus actuel, dans les relations contemporaines que la querelle qui avait opposé Fénelon et Bossuet autour du « pur amour », querelle que l’on pourrait formuler ainsi : un amour désintéressé est-il possible ? Ce que voulait dire Michel Crépu, me semble-t-il, c’est que, pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui, la question spirituelle se pose intensément à partir de leur expérience relationnelle et de l’inscription de leurs relations dans la société. Or les chrétiens aujourd’hui, les catholiques en particulier, ne prennent pas assez le temps d’écouter leurs contemporains pour pouvoir parler leur langage. Nous pensons aller vers eux, mais nous arrivons avec des catégories, des mots, des références qui leur sont tout à fait étrangères. Parfois même, je me demande si nous sommes vraiment capables de nous expliquer à nous-mêmes, dans des termes simples et réalistes, ce que nous affirmons.

Je ne veux pas dire qu’il y a quoi que ce soit à retirer ou changer au Christ, à l’Évangile, aux Écritures – comment le pourrions-nous ? –, mais nous faisons trop souvent comme si ce que nous disons allait de soi. Nous ne prenons pas la peine de rendre compte des enjeux spirituels dans des termes qui soient réellement existentiels. Ces termes, nous ne les trouverons pas sous le sabot d’un cheval, ils ne tomberont pas du ciel. Pour les découvrir, il nous faut reprendre le chemin de la rencontre des hommes tels qu’ils sont, là où ils sont. Si Jésus va à la rencontre des pécheurs, c’est parce qu’il ne peut pas annoncer le salut hors de cette rencontre. Comment pourrions-nous prétendre faire mieux que lui ? Or c’est pourtant ainsi que nous agissons si souvent.

Parler de pécheurs, ce n’est pas faire intervenir une catégorie morale, qui dévaloriserait ceux à qui elle s’appliquerait. Ils seraient les méchants et nous serions les bons. Quelle erreur ! Être pécheur, c’est, comme le dit la tradition biblique, faire l’expérience de n’être pas à la hauteur de ce que notre nature de fils de Dieu demande pour trouver son accomplissement. Nous devrions nous tenir au plus prêt de ceux qui éprouvent douloureusement le fait de ne pas se sentir la hauteur d’eux-mêmes et de la vie qu’ils aimeraient vivre ? Ne devrions-nous pas croire que dans cette rencontre, le Christ dont nous sommes les « serviteurs quelconques » ouvre un chemin de libération. Alors il sera manifeste que la foi chrétienne répond à une aspiration vitale.

Cela me conduit, cher Thomas à mon ultime remarque : j’ai entendu hier qu’il ne fallait pas s’inquiéter du petit nombre de pratiquants réguliers à la Messe. Il est vrai, qu’il y a mille autres façons d’être chrétiens. Pourtant, comment pourrions-nous ne pas entendre ce défi : ce que nous célébrons comme le cœur de notre foi ne paraît pas vital à 95 % de nos contemporains ! Je reçois cela comme une formidable question, qui est le signe d’un manque criant de notre part. Dans la société qui est la nôtre où, d’un côté, les tensions et les inquiétudes sont très fortes et où, de l’autre, les propositions de divertissement sont grandes, ce que nous manifestons de la foi ne semble pas assez vital pour prendre le pas sur le divertissement ni pour devenir une priorité parmi les urgences… Cela signifie tout simplement que nos contemporains ne croient pas – non pas en Dieu – mais en notre capacité à prendre en compte leurs questions les plus essentielles, à les entendre, et à y apporter des réponses. Ne disons pas trop vite que nos « réponses », nos « propositions » ne leur plaisent pas parce qu’elles sont trop exigeantes. Demandons-nous si elles sont tout simplement crédibles. Demandons-nous si nous sommes crédibles… Gardez du sel en vous-même, disait Jésus. Qu’avons-nous fait de notre sel ? Aurait-il perdu sa saveur ?

Desiderius Érasme

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Published by Desiderius Erasme
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commentaires

otschapovski danièle 12/12/2010 18:07


Je reviens sur ce que j'ai lu sur la troisième lettre
et je crains fort que vous tous je ne connais pas vos grades excusez l'expression mais je suis pus habituée aux termes militaires , que vous étés enfermé dans une "bulle"
vous n'avez plus le contact avec le monde , nous allons vers un monde nouveau j'étais en relation avec des gens de "Jérusalem et de Ramalat et de Gaza également et nous nous étions mis d'accord que
nous nous disputions l'affection d'un Père comme des enfants le ferait au sein d'une même famille ,il serait fort louable que les trois religions monothéistes se rejoignent tout en adoptant une
autre vision de l'histoire
déjà au sein de la Franc Maçonnerie Française l'histoire de Jésus sa vie sera enseignée sans qu'il soit le fils de Dieu j'entends vos cris?? mais se sera toujours mieux que de l'ignorer connaître
ses actes, sa foi dans l'homme
J'ai fait toutes mes études en école catholique "(comme on disait avant )notre éducation a été faites entièrement par des femmes nous n'avions de contact avec des prêtres que lors des célébrations
, où on faisait intervenir des chanteurs ou des chorales , j'ai toujours trouvé que la méditation se faisait mieux au son des musiques classiques , j'avais toujours un petit frisson lorsque
j'entendais le "Stabat Mater dolorosa "qui atteint des sommet d'afflictions, et de méditation
Vous excuserez mon audace bien à vous danièle


Yves Le Touzé 11/12/2010 20:49


Merci de ta réponse, cher Désiderius. Sur le fond elle me satisfait. Je poserai cependant deux questions:

1) la recherche d'un langage pertinent et crédible conduit à nous interroger sur notre rapport au monde: ne faudrait-il pas ajouter "et sur le contenu de notre foi"? quelle image de Dieu et de
nous-mêmes portons-nous, entendons-nous enseigner et cherchons-nous à transmettre?

2) le christianisme comme "contre-culture", cette notion ambigüe est-elle nécessairement réductrice à un humanisme sans référence à Dieu? Cela semble être la hantise de Benoît XVI, et j'ai souvent
entendu des chrétiens exprimer au cours d'échanges leur défiance vis-à-vis de l'absence de références religieuses explicites: "trop d'humain, et Dieu dans tout celà?", comme si l'Incarnation était
un mélange d'une dose de divin et d'une dose d'humain, ce qui est loin du mystère d'Amour de l'évangile. Qu'est-ce donc qu'évangéliser sinon "aculturer l'évangile" pour le monde d'aujourd'hui? Ici,
cher Desiderius, je crois rejoindre ta pensée: parler aux hommes leur langage ... mais sans s'interdire d'être à contre-courant.


Yves Le Touzé 08/12/2010 22:12


Comment, cher Desiderius, serions-nous crédibles aux yeux de nos contemporains, alors que nous-mêmes ne sommes pas au clair avec notre rapport au monde en tant que chrétiens et en tant qu'Eglise?
La diversité (respectable) de nos positions est résumée par JP Denis dans les interrogations : "s'enfouir" comme le levain dans la pâte, au risque de tomber dans un humanisme sans référence à Dieu?
"s'enfuir" et se réfugier dans une piété du passé, laissant le monde livré aux forces du mal? s'affirmer comme force de contestation et contre-culture, ce qui n'est pas refuser d'écouter mais
exercer une critique constructive? Pouvons-nous nous interroger sur notre façon de parler au monde sans nous demander au préalable comment notre regard sur le monde s'intègre à l'unité de notre
foi, et comment nous nous exprimons à nous-mêmes cette foi?

Je m'étonne souvent de voir réduire la non-crédibilité de notre parole à la question du langage. Non que cette question ne soit importante, mais elle me semble seconde par rapport à celle du
contenu que nous désirons transmettre. Le dieu que rejettent nos contemporains n'est pas Dieu qui s'est fait Homme afin que l'Homme devienne Dieu, dans un inexprimable acte d'amour qui s'étend de
son Fils crucifié et ressuscité à toute l'humanité. Le dieu que rejette la culture contemporaine est un dieu vertical et surplombant, rival de l'homme et jaloux de sa toute-puissance. L'Eglise a
ainsi lu la Bible pendant des siècles, la philosophie grecque s'en est mêlée, et le XIXème siècle a figé cette représentation, qui demeure dans l'image qu'offre l'Eglise institutionnelle,
hiérarchique et, jusqu'au changement amorcé par Benoît XVI, arrogante et moralisante. La pauvreté actuelle de l'Eglise de France lui permettra, espérons-le, de recentrer son enseignement, sa vie
interne et son rapport au monde sur le mystère de l'Incarnation rédemptrice: c'est le véritable lieu, à mon sens, de la conversion qui lui est demandée et peut lui permettre de retrouver le chemin
des hommes.

Bien amicalement.


Desiderius Erasme 09/12/2010 12:22



Cher Yves, je n'opposerai pas le langage et le rapport au monde. Les deux plans sont en étroites connexion et interdépendance. Il me semble que la recherche d'un langage pertinent et
crédible ne peut pas nous éviter de nous interroger sur notre rapport au monde, mais au contraire nous y pousse.


En revanche, je ne suis malheureusement pas aussi sûr que vous que nos contemporains rejettent si spontanément un Dieu vertical et surplombant. Certains tout en n'en voulant pas, ne le concoivent
pas autrement, et d'autres ne rêvent que de cela. Il me semble que si nous sommes chrétiens nous avons pour tâche de manifester que Dieu n'est pas cela.


Quant au christianisme comme contre-culture, je trouve que c'est ramener le nom de chrétien vers l'isme de christianisme. C'est un vêtement trop étroit pour la foi.


Amicalement


D.E.



Otshapovski Pennel danièle 07/12/2010 16:20


je publierai cette lettre pour des personnes plus concernées par ces faits et a ma fille qui garde un contact permanent, avec l'évêché de Tulle en Corrèze
,et qui fait de la théologie chrétienne,et j'ajouterai ensuite mes opinions sur la place de l'église dans ce foutu monde

""Je viens ici en impie"" porter la parole du peuple, car un jour j'ai lu
"toi daniel, cache ces paroles et scelle le livre,jusqu'au temps de la fin , beaucoup le scruterons et la connaissance augmentera"
Ce n'est pas encore la fin, mais déjà les choses se déchaînent comme si la "terre" procédait à une sorte de nettoyage afin de rappeler aux êtres humains la puissance des quatre éléments , ceci pour
rendre la réalité transparente ,dans la manifestation de l'absolu

A son époque Hengel propose
l'esprit du '"Christianisme" dans la manifestation de l'absolu,donc, l'engagement dans l'être autre"
et la progression dramatique du moi dans l'autre

et ceci soulève la place de l'homme dans le monde , la science critique, l'économie capitaliste et de là ce qui est d'actualité "l'émancipation du prolétariat"" dans le secours de la nature et
faire émerger une situ"ation financière pour le quart monde
bien à vous tous fraternellemt danièle


Iconoclaste 07/12/2010 00:13


Oui, sommes-nous crédibles ? C'est une question que les gens qui sont de mes amis me renvoie régulièrement.

En vérité, le message du Christ est tout à fait bien perçu et même accepté mais ce sont les gens qui le portent (la hiérarchie car ceux qui ne sont pas chrétiens ou sont éloignés de nous ne voient
que la hiérarchie ! Nous, nous n'existons pas, pour eux !) qui sont discrédités.

En cela, le christianisme n'est absolument pas une contre-culture. Merci de nous questionner sur ce point. Vous m'avez éclairé sur certaines de mes relations !


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