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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 08:47

De la protestation d’Amos à la libéralité de Jésus

Amos 8, 4-6. 9-12 ; Matthieu 9, 9-13

Rien de nouveau sous le soleil, comme dit l’Ecclésiaste : la parole d’Amos est inlassablement d’une brûlante actualité, lorsqu’il dénonce l’appât du gain, qui va jusqu’à tirer profit du malheureux et du pauvre qui n’en peut mais. Pourtant, il faut aller un peu plus loin que cette légitime indignation, dont nous voyons bien qu’elle ne suffit pas à faire reculer l’injustice. Nous avons beau nous indigner, l’injustice ne cesse de fleurir. Amos dit en effet autre chose que nous n’entendons pas toujours, fascinés que nous sommes par la vigueur de sa protestation.

« Quand donc la fête sera passé… Quand donc le sabbat sera-t-il fini… ? » L’appétit de richesse conduit à considérer le temps consacré à célébrer Dieu, à ouvrir les yeux sur ses dons et sa grâce, comme du temps perdu. Il y a mieux à faire, il y a plus rentable… Cela semble une évidence : Dieu, ça rapporte quoi et combien ?

Cela ne va pas sans conséquences. Si Dieu est assigné à la plus petite place possible, avant peut-être d’être évacué purement et simplement, c’est son don qui risque de disparaître finalement avec lui. Non pas qu’il cesse de donner, mais que nous ne sommes plus en état de recevoir. C’est ce qu’Amos annonce : le soleil qui disparait en plein midi, la lumière obscurcie, les fêtes qui tournent au deuil. L’éviction  de Dieu tourne à la perte, et une perte essentielle : un deuil de fils unique. C’est la perte de soi-même en son prolongement. C’est l’extinction de soi dans sa lignée. N’avons-nous pas le sentiment que notre génération est au bord de cela ? Y a-t-il plus grande amertume que cette perte là ?

Le sabbat élargi

Nous savons qu’en la personne de Jésus, Dieu lui-même vient endosser cet amertume, en livrant son unique aux ravages des passions désordonnées des hommes. Puisque l’homme risque d’être en deuil de son devenir, unique, Dieu prend en Jésus cette place, pour que l’homme vive. Voilà pourquoi Jésus appelle le publicain Matthieu, voilà pourquoi il laisse pécheurs et publicains prendre place à sa table. Parce qu’il faut ramener les hommes à la source qu’ils ont délaissées et dont ils semblent avoir perdu jusqu’à l’adresse… Ce faisant, Jésus prend sur lui l’amertume du monde et ramène la source divine près de ceux qui ne savaient plus où la chercher. Ainsi n’abolit-il pas le sabbat, mais l’étend-il, l’élargit-il pour que les hommes retrouvent le goût du don de Dieu. Ainsi nous propose-t-il de faire de même, d’être signe de miséricorde pour les hommes, en nous confions le pouvoir de témoigner du pardon.

Amos annonce une famine. Mais une famine bien singulière : « Ce ne sera pas une faim de pain, ni une soif d’eau. Mais la faim et la soif d’entendre les paroles du Seigneur. On se trainera d’une mer à l’autre… pour chercher en tout lieu la parole du Seigneur, mais on ne la trouvera pas. » On ne peut en effet la trouver quand on l’a congédiée. Pourtant, Amos annonce aussi, plus loin, la restauration d’Israël. Cette parole de vie ne cesse en effet de vouloir revenir, et cette famine en creuse le désir. L’impossibilité de la trouver dit, en creux, qu’elle reviendra comme un don gratuit, et pas comme un gain dont nous pourrions nous enorgueillir. Puisqu’il s’agit de sortir de la logique du gain pour retrouver celle du don offert et reçu.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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