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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 08:43

La raison de l’Esprit commande de ne pas confiner la foi

2 Timothée 1, 1-3. 6-12 ; Marc 12 18-27

Nous commençons ce matin la lecture de la seconde lettre de Paul à Timothée. Paul nous apparait ici dans une relation personnelle d’amitié qui donne de la foi une expression très chaleureuse et convaincante. Puissions-nous être les uns et les autres dans cette attitude de reconnaissance, de soutien mutuel et d’encouragement dont témoigne l’apôtre.

La lettre nous dit qu’il est en prison. Il a déjà beaucoup souffert pour l’Évangile, et a été en butte à l’hostilité de ses frères juifs. Pourtant, lorsqu’il décrit sa relation personnelle à Dieu, il dit l’adorer avec une conscience pure comme l’ont fait ses ancêtres. Il ne se sépare pas de la foi de ses pères. C’est à ce titre qu’il invite Timothée à « réveiller [en lui] le don de Dieu », reçu au baptême, lors de l’imposition des mains.

Cette invitation, nous pouvons l’entendre pour nous-mêmes. Il s’agit de ne pas brider l’œuvre de l’Esprit. « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour, de raison. » Le danger, c’est de vivre comme si nous n’avons pas reçu cette grâce, comme si le Christ Jésus n’était pas mort et ressuscité, sans laisser se déployer en nous et autour de nous ce don. Le danger, c’est de vivre une foi confinée dans nos peurs, réduite à une forme de pratique sage et honnête de la religion.

On trouve cela en arrière plan dans la conversation des Sadducéens avec Jésus à propos de la résurrection. Ne croyons pas que les Sadducéens, gardiens du Temple, étaient des  « affreux ». Ils veillaient à une observation scrupuleuse de la loi et des rites selon la manière dont ils les comprenaient. On ne peut pas mettre en doute leur sincérité. Mais leur foi était en quelque sorte bornée par une forme de réalisme pratique que traduisait leur refus de croire à la résurrection.

La question qu’ils posent à Jésus, à partir de la loi du lévirat, en est un bel exemple. Selon cette loi, un  homme dont le frère marié meurt sans enfant se doit de l’épouser pour donner à sa veuve une descendance. Pour les Sadducéens, cette loi suffit à comprendre que la résurrection est moralement impossible : à la résurrection, de qui une veuve sera-t-elle l’épouse ? De son mari, ou du frère de son mari ? C’est une « dispute » typiquement juive, où l’humour se mêle au réalisme comme au sens de l’absurde.

Abraham, Isaac et Jacob

Jésus se garde bien de répondre sur ce terrain. Il met en cause l’horizon que les Sadducéens projettent sur leur foi et qui la borne : celle des contingences humaines présentes. Si nous pensons que le don de Dieu n’ouvre pas davantage la vie, à quel Dieu croyons-nous ? Dieu n’est-il que le dieu de nos possibles ? Et surtout, si Dieu se présente dans l’Écriture – à la lettre de laquelle les Sadducéens voulaient être fidèles – comme celui d’Abraham, Isaac et Jacob, est-ce à dire qu’il se présente comme celui qui ne leur aurait pas donné la vie éternelle ? Les patriarches ont-ils cru pour mourir ? La raison de l’Esprit, dont témoigne Paul, est-ce bien cela ? Mais alors, quel avantage y a-t-il à croire ? Ou bien peut-on, dans la foi, en lisant l’Écriture, les rencontrer comme vivant en Dieu ? Dieu ne s’affirme-t-il pas comme celui qui leur donne vie ?

Croyons-nous donc que Dieu nous donne, à nous aussi, la vie éternelle, une vie qui déborde les limites que nous serions tentés de lui assigner ? Voilà ce qu’il nous faut raviver, en donnant raison à la force de l’Esprit, pour réveiller  le don que nous avons reçu au baptême, comme Timothée.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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