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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 08:29

Pour un vrai réalisme spirituel

Isaïe 7, 1-9 ;  Matthieu, 11, 20-24

Dans le genre message franc et massif, Isaïe se pose là. La chute du passage que nous lisons ce matin est à cet égard exemplaire. C’est Dieu qui « parle » : « Si vous ne tenez pas à moi, vous ne pouvez tenir ! » C’est un peu sur le même mode que l’on disait naguère « Hors de l’Église point de salut ! » Ce qui veut au fond dire la même chose, néanmoins la parole d’Isaïe prête moins à confusion.

Le prophète, en effet, ne nous projette par hors ou au bout de notre histoire personnelle et collective. Dieu n’est pas une solution – rappelons que ce mot, techniquement, désigne le fait de dissoudre un solide dans un liquide, et d’en faire ainsi en apparence, disparaître la substance – qui ferait disparaître l’épaisseur de la réalité présente, pour nous installer dans un au-delà de cette réalité. Dieu, par la bouche d’Isaïe, n’annonce pas à Akhaz et aux habitants de Judas que l’adversité du royaume du Nord (Ephraïm) et de la Syrie va disparaître comme par enchantement. Il va bien falloir faire face. Dieu dit simplement qu’avec lui il est possible de faire face, de prendre le problème à bras le corps… « Garde ton calme, ne crains pas, ne va pas perdre cœur devant ces deux bouts de tisons fumants… » Il y a bien une épreuve, il va falloir la traverser, et avant d’être de l’autre côté, il faut entrer dedans !

Dieu invite au courage, à la lucidité, à l’intelligence, à l’espérance. La foi à laquelle il convoque est tout l’inverse de la fatalité. Elle n’est pas un attentisme dissimulé sous les apparences de la spiritualité. Ouvrir les yeux sur la réalité, en s’efforçant de la prendre selon Dieu – c'est-à-dire selon quatre axes : amour, vérité, justice et paix – c’est aussi dégonfler les baudruches fantasmatiques, comme l’indique le texte d’Isaïe, parlant des adversaires de Juda : « Le chef de Damas, ce n’est que Raçone, le chef de Samarie, ce n’est que Pekah. » Inutile de s’affoler : c’est à des hommes qu’il faut faire face…

Colère

La colère de Jésus contre Corazine, Bethsaïde ou Capharnaüm s’enflamme précisément contre ce manque de réalisme. Dans ces trois villes, la puissance de Dieu a été manifestée. Et tout est resté comme avant. Sous le coup du même fatalisme. De la même irresponsabilité.

Ce n’est pas l’honneur d’avoir été visitée par le fils de l’Homme qui fait le salut. Pas plus que le fait de pouvoir se dire chrétien. De salut, il ne peut y avoir que si nous prenons en charge notre histoire, que si nous reconnaissons ensemble nos responsabilités face à la situation présente. C’est, pour chaque génération, la première des conditions pour pouvoir faire face aux problèmes de son temps. Ce que Jésus traduit en évoquant la nécessaire démarche de pénitence. Il ne s’agit pas de désigner des coupables pour en faire des victimes expiatoires, mais d’identifier les maux, pour y porter remède.

Tel est le véritable réalisme spirituel. Aux antipodes des soupirs compassés, des pseudos extases, des feux de pailles des enthousiasmes collectifs. Le réalisme spirituel consiste à relever ses manches et à chercher dans la relation à Dieu les forces pour ne pas déserter le chantier humain et y œuvrer du meilleur de nous-mêmes. Tout le reste n’est que pacotille.

D.E.

 

 

 

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Published by Desiderius Erasme
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