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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 08:35

Avant même de méditer sur la parole de Dieu, je voudrais vous inviter, chers amis, si vous ne l’avez pas déjà fait, à manifester concrètement votre solidarité avec Haïti, après le dramatique tremblement de terre qui vient de s’y produire. Cela passe évidemment par un geste matériel, par des dons pour soutenir l’action des organismes qui vont porter immédiatement secours. Par internet, il est possible de donner dès maintenant que ce soit au Secours Catholique, à la Croix Rouge, à MSF, MDM ou autre. Ne tardez pas.

Mais cela passe aussi par le soutien aux Haïtiens de France, qui sont eux aussi dans l’épreuve. Beaucoup vivent chez nous, dans nos villes, dans nos quartiers. Soyons proches d’eux. Manifestons leur notre affection, notre amitié, notre écoute et notre disponibilité.

Enfin, portons tout cela dans la prière, en méditant à la fois sur l’incroyable fragilité de notre condition humaine et sur les formidables ressources de la fraternité. Que cela nous conduise à relativiser nos propres difficultés, nos propres découragements, et à nous mobiliser pour construire une communauté humaine plus solidaire.

 

La liturgie nous propose de poursuivre notre lecture du Livre de Samuel. Le passage qu’elle nous propose est difficile à comprendre si l’on ne sait pas ce que je rappelais dans mon commentaire d’hier : les deux fils du prêtre Eli abusent de la position qui est la leur, en détournant les offrandes, en séduisant les femmes qui viennent au Temple, et cette situation est emblématique du comportement d’Israël.

Voilà donc Israël en guerre contre les Philistins. Les deux peuples sont en rivalité pour le contrôle d’une partie du territoire de la Palestine.  Les Philistins, installés sur la côte, veulent avancer vers l’intérieur. Et voilà qu’Israël perd la bataille. Cette défaite, les anciens d’Israël l’interprètent comme le signe que Dieu n’a pas été au côté de son peuple. Loin d’en chercher les causes dans le comportement d’Israël, ils en concluent à l’absence de Dieu. Au fond, ils doutent de la fidélité de Dieu – ce qui est proprement blasphématoire, puisque Dieu est par essence fidèle «d’âge en âge » – au lieu de s’interroger sur la non fidélité d’Israël à l’Alliance. En réalité, c’est le fait même qu’Israël ait délaissé les exigences de l’Alliance qui prive Dieu des moyens d’agir, tout simplement parce que ce sont ces exigences qui sont le salut.

De leur point de vue, la solution pour ne pas connaître une nouvelle défaite, c’est de contraindre Dieu à agir. De l’obliger à être dans le camp d’Israël. Étrange rapport à Dieu, en vérité. C’est pourtant bien ainsi qu’ils agissent, en décidant d’amener l’Arche d’Alliance sur le champ de bataille. Ce faisant, ils montrent qu’ils considèrent l’Arche comme un vulgaire coffre magique. Ils passent ainsi, avec armes et bagages, à un comportement idolâtre. Après avoir piétiné l’Alliance, ils la pervertissent. C’est ce que nous faisons chaque fois que nous instrumentalisons Dieu, chaque fois que nous prétendons le mettre à notre service, chaque fois que nous tentons de lui dicter la manière de nous sauver, la façon de nous être utile, au lieu de rester à l’écoute de sa Parole.

En agissant ainsi, les chefs du peuple de Dieu ne font que prolonger le comportement qui était symbolisé par les agissements des fils du prêtre Eli, qui faisaient de la religion l’outil destiné à satisfaire leurs appétits et à confirmer leur pouvoir.  Eh bien, cet « outil » ne protège en rien Israël de la défaite, ni les deux fils d’Eli de la mort.  Tous paient ainsi le prix de leur méprise. Ce n’est pas tant que Dieu veut le leur faire payer - Dieu n’agit pas ainsi. C’est tout simplement que cette confusion et cette perversion portent de mauvais fruits, et qu’ils en sont finalement victimes. Ils se sont en quelques sortes condamnés eux-mêmes.

Le comportement des Philistins à cet égard est exemplaire. En effet, eux qui sont idolâtres, qui ne connaissent pas le vrai Dieu, ont toutes les raisons d’être subjugués pas la venue de l’Arche dans  le camp d’Israël, et de se dire qu’ils vont devoir affronter une puissance terrible… Et c’est leur première réaction. Mais ils se reprennent : « Philistin, soyez des hommes pour ne pas être asservis… Soyez des hommes et combattez ! » Il s’agit pour eux non pas de céder aux phantasmes, non pas d’invoquer le secours de leurs propres idoles et de transformer la guerre en conflit religieux, symbolique, ou idéologique, mais d’assumer leur responsabilité d’hommes… Entre ceux qui, sans peut-être le savoir, répondent à leur nature profonde, à leur vocation fondamentale (n’oublions pas qu’ils sont eux aussi des êtres créés par Dieu), et ceux qui s’en défaussent en cherchant le secours dans une religion qu’ils pervertissent, sans vouloir se remettre en cause, le combat est assurément inégal… L’arche de Dieu est prise et les fils d’Eli périssent.

A nous de nous demander en quel Dieu nous croyons et ce que nous faisons avec la religion. A nous de nous demander si nous prenons vraiment à bras le corps nos responsabilités humaines, en restant à l’écoute de la Parole.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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