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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 20:04

La "Charité Politique"

Un texte du groupe Parole

À quelques semaines de l’élection présidentielle française, il est bon de rappeler que la politique est le lieu par excellence où nous cherchons ensemble à discerner le bien commun et à le mettre en œuvre. S’il est nécessaire que cette recherche soit guidée par le souci de la justice, de la liberté et de la fraternité, cela ne suffit pas : tout se joue en effet dans l’écoute les uns des autres, dans le dialogue et l’expression respectueuse des points de vue. C’est ainsi, seulement, que nous pouvons trouver les chemins du vivre ensemble. Une telle attitude de dépouillement et de disponibilité est, pour les chrétiens, une manière d’être réceptifs au travail de l’Esprit et à l’accueil de « celui qui vient ».

C’est d’autant plus nécessaire que les problématiques, les solutions et les modèles qui ont prévalu à un moment ne sont pas nécessairement adaptés dans d’autres circonstances et qu’il faut donc sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier. De manière plus fondamentale encore, comme l’a expliqué le philosophe Claude Lefort, en démocratie le pouvoir est un lieu vide qui n’est plus occupé par un souverain qui incarnerait la transcendance et à ce titre déciderait du bien commun. Il n’y a plus d’aristocratie qui serait porteuse par nature des valeurs et en charge de les dicter ou de les faire appliquer. Si bien que la démocratie est par nature toujours inachevée et en débat.

La politique est donc le lieu d’une recherche permanente. Cette condition précaire est en elle-même spirituelle : elle nous invite à sans cesse nous tenir « en route », comme Abraham s’est lui-même mis en marche ; elle nous invite, comme l’ont fait les prophètes, à sans cesse mettre en cause ce qui produit de l’injustice, de l’asservissement, de l’idolâtrie, c’està-dire une réduction de l’humain à moins que lui-même dès lors qu’on le considère comme un outil, un objet, une fonction (consommer, produire…), etc ; elle nous invite enfin à inscrire cette recherche dans le temps, sans quoi il est impossible d’articuler les différences et les contradictions propres à toute société.

Nous sommes appelés à vivre cette recherche d’une manière qui soit une expérience de fraternité, afin qu’elle se diffuse dans la société tout entière, témoignant ainsi de Dieu en qui notre fraternité trouve sa source et son but. Ainsi, la politique peut-elle être considérée par les chrétiens, dont la vocation est de témoigner de la dimension transcendante de l’être humain, comme le lieu d’exercice par excellence de la charité : il s’agit de se faire le prochain des hommes et des femmes d’aujourd’hui dans les multiples dimensions de leurs existences. C’est en ce sens que Pie XI a pu dire : « le domaine de la politique… est le domaine de la plus vaste charité, de la charité politique, dont on pourrait dire que rien d’autre, en dehors de la religion, ne lui est supérieur. » L’espace public ouvre la charité à une forme d’universalité qui dépasse ses actions particulières en direction de telles ou telles personnes ou groupes de personnes. Cette ouverture sur l’universalité est de plus capitale à l’heure de la mondialisation, car il s’agit d’intégrer l’action politique nationale dans un ensemble toujours plus vaste. C’est évident en matière de migration comme en matière économique, écologique ou énergétique. À cet égard l’Europe s’affirme comme un espace de solidarité, et un outil de reconstruction d’une régulation face à la crise, alors que le niveau national est insuffisant.

Nous ne pouvons nous déterminer simplement en fonction de programmes ou de propositions de réformes ou de loi. Ce n’est pas non plus, même si c’est important, sur les seuls sujets éthiques ou sociétaux, indépendamment d’une manière de considérer la politique et l’exercice des responsabilités. La question se pose beaucoup plus profondément de savoir comment nous voulons être co-responsables de notre destin, comment nous voulons faire de la politique et comment nous voulons que la politique soit faite : c’est à partir de la manière de faire de la politique que se dessine notre vivre ensemble. Comment pourronsnous vivre et décider ensemble ? Telle est la question essentielle que nous devons nous poser face au choix qui nous est proposé.

En ce sens nous pensons que notre pays a fondamentalement besoin d’être rassemblé, pour raviver la confiance et le dynamisme qui lui font défaut. Cela passe par la justice sociale car elle rend possible la fraternité, par la solidarité car elle est la mise en œuvre de la fraternité, par le respect du plus faible et de l’étranger. Cela passe aussi, et surtout, par le fait de réapprendre à se porter et à se supporter les uns les autres, à partager les souffrances et les joies, pour progresser ensemble. Cela peut être tout le sens d’un engagement chrétien en politique, tout le sens d’un choix au moment de voter. Il ne s’agit pas de chercher à christianiser la société, mais de faire une expérience chrétienne de la politique.

Guy Aurenche, Jean-François Bouthors, Régine du Charlat, Laurent Grybowski, Monique Hébrard, Elena Lasida, Paul Malartre, Jean-Pierre Rosa, Gérard Testard.

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Published by Desiderius Erasme
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