Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 09:10

L’écoute et la mise en pratique de la Parole prime sur la tradition et les rites

 

(1 R 8,22-23.27-30 ; Mc 7,1-13)

Qu’elle est impressionnante la prière de Salomon le jour de la consécration du Temple. Alors que le livre des Rois s’est attaché à montrer la splendeur de l’édifice, voilà maintenant que dans la bouche de Salomon, nous apprenons que cette majesté ne peut contenir celui qu’elle célèbre. Dieu est irréductible à quoi que ce soit, incomparable. Le lecteur pourrait tranquillement se dire que c’est la nature même de tout être transcendant, que c’est la caractéristique fondamentale d’un Dieu. Mais le texte apporte des précisions importantes, la grandeur de celui qu’Israël reconnait comme son Dieu tient  à sa fidélité : « … car tu gardes fidèlement ton alliance… » Voilà bien ce que nous pouvons méditer aujourd’hui, l’idée que ce n’est peut-être pas la puissance ou la force qui est le gage de la fidélité, mais l’inverse, que la fidélité de l’amour est une force plus forte que toute autre, et surtout une dynamique que rien n’enferme, pas même un temple majestueux. C’est sur cette assurance que Salomon s’écrie vers Dieu : « Écoute et pardonne. » Voilà ce que Salomon attend de son Dieu, ce qu’il attend en sachant que sa prière est déjà exaucée, puisque la fidélité de Dieu va jusqu’à l’écoute et au pardon… soixante-dix fois sept fois, comme le dit Jésus !

L’évangile de Marc que nous lisons ce matin met en scène une « dispute » sur la tradition entre les scribes, les pharisiens et Jésus. Les premiers se présentent comme les gardiens attentifs de la tradition, et s’inquiètent de ce que les disciples du rabbi galiléen semblent prendre leurs aises avec les rites. (Tiens, cela ne fait-il pas écho à des débats qui agitent souvent notre Église ?) Notez que Jésus ne conteste pas une seule seconde les fondements de la tradition et des rites. Mais il pointe l’erreur de perspective.

En traitant ses interlocuteurs d’hypocrites, il ne les accuse pas, contrairement à ce que nous pensons – en raison du sens qu’à pris ce mot pour nous aujourd’hui –, de dire blanc et de faire noir, d’être différents en actes et en paroles, mais de ne pas « viser juste ».

Étymologiquement, l’hypocrite, c’est celui qui vise trop bas, sous la cible et qui donc la rate.  C’est pour cela que Jésus cite l’Écriture : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ». Le cœur ne rejoint pas Dieu… il ne s’élève pas à sa hauteur. Dès lors cette tradition perd cela même qui la justifiait ; elle ne devient plus qu’un attachement humain, et malgré l’intention qui prévalait, ne peut prétendre conduire à Dieu. 

Ne pas se tromper de fidélité

Pour redonner à la tradition son sens, c'est-à-dire la direction qui lui permette d’atteindre la cible visée, qui fera d’elle un véritable chemin vers Dieu pour les hommes, il faut, explique Jésus commencer par revenir au commandement de Dieu, c'est-à-dire à sa Torah, à sa Parole. C’est elle qui fournit le vrai critère de jugement, ou plutôt d’ajustement, puisqu’il faut ajuster le tir ! Qui plus est, l’exemple que choisit Jésus nous invite à considérer que la véritable écoute de la Parole nous renvoie à nos responsabilités humaines. En effet, le commandement qui invite à honorer son père et sa mère illustre la dimension profondément humaine et humanisante de la Parole, qui toujours fait valoir la transmission de la vie en plénitude. Et comme commandement « positif », il met l’homme, en la figure des parents, en position de « ressemblance[1] » à Dieu, qui est lui aussi l’objet d’un commandement « positif ». Tu aimeras le Seigneur ton Dieu/Honore ton père et ta mère…

L’enseignement de Jésus n’est guère éloigné de la prière de Salomon. Le roi sage affirme que Dieu est irréductible au Temple, lequel n’est finalement qu’un moyen offert aux hommes pour se tourner vers lui.  Le Fils de l’homme demande lui que la tradition ne soit pas absolutisée et indique qu’elle n’a de sens que si l’écoute de la Parole de Dieu est la source de tout jugement.

Autrement dit, il ne faut pas se tromper de fidélité : à la fidélité sans limite de Dieu, doit répondre une quête de l’homme toujours tournée vers la Parole de l’Alliance, faute de quoi il y a fort à parier que tous les rites et toute la tradition finiront pas n’être plus que nos rites et notre tradition, incapables de nous conduire plus loin que nous-mêmes. Et ne plus être capable d’aller plus loin que nous-mêmes n’est-ce pas déjà avoir un pied dans la mort ?

D.E.



[1] Au sens ou la Genèse nous dit que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Le Touzé 09/02/2010 15:09


la dernière phrase ne doit-elle pas être lue: "......n'est-ce pas avoir déjà un pied dans la mort ? "


Desiderius Erasme 09/02/2010 19:26


Bien sûr, je rectifie. Merci. Les effets d'une nuit trop courte: la vue basse en se relisant...


Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens