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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 08:41

« Je vous ai écrit tout cela pour vous faire savoir que vous avez la vie éternelle. » Peut-on lire cette confession de Jean sans la recevoir comme un choc ? L’apôtre dit plus que le seul objet de la longue lettre qu’il est en train d’achever. Il dit ce qui est l’orientation la plus décisive de sa vie, le sens de son action : faire connaître aux hommes qu’ils ont la vie éternelle. Non pas qu’ils l’auront, mais qu’ils l’ont ! Ce n’est pas une promesse pour demain, mais un fruit à cueillir aujourd’hui, un don à recevoir immédiatement, et plus qu’un objet, c’est une capacité de vivre qui donne à la vie un élargissement, une liberté que souvent nous n’osons pas même imaginer.

Pourtant, Jean n’ignore pas de quoi est faite la vie hic et nunc. Il sait qu’elle n’est ni bleue ni rose, il connaît le poids des jours, les tensions et les contradictions dans lesquelles sont prises les hommes, il n’ignore pas que cette terre sur laquelle nous vivons n’est pas le Paradis dont rêvent les hommes. Cette vie, rude, parfois même poisseuse, marquée par la finitude, déchirée par la mort, sujette à la violence, c’est cette vie et pas une autre que nous pouvons recevoir comme vie éternelle. Hic et nunc. Quand Jean écrit cela, il nous redit à sa manière, ce que Jésus proclame lorsque devant la foule réunie devant lui, il s’écrie : « Heureux !... » Cette promesse de bonheur, Jésus n’omet pas de dire qu’elle ne soustrait personne aux tribulations et aux épreuves. De même que dans la parabole des deux maisons, l’une construite sur le roc et l’autre sur le sable, il ne dit pas que les tourments sont épargnés à la première, mais que celle-là seule y résiste.

La vie éternelle n’est pas un long fleuve tranquille. A certains égards, elle n’est pas différente de la vie ordinaire. Plus exactement, elle n’est pas autre. C’est la même, saisie par l’éternité. Saisie par la rencontre du Fils qui donne sa vie par amour. C’est la même, éclairée par l’amour de celui qui ne retient rien pour lui-même et donne tout. Brusquement, cette vie qui est la nôtre s’ouvre à une dimension plus grande que nous ne savons pas nommer autrement que par le mot d’éternité – ce qui est hors du temps, et non pas ce qui est un temps perpétuel. Jean nous dit, qu’en reconnaissant en Jésus le Fils de Dieu, nous sommes non pas condamnés à perpétuité, mais doués d’éternité.

Croire, dans ces conditions, ce n’est pas se projeter dans un avenir radieux qui serait promis dans un monde auquel nous n’avons pas accès aujourd’hui, mais se demander chaque jour comme nous accueillons cet élargissement de notre vie au-delà des limites que nous lui voyons ou, pire, que nous lui assignons. Croire, c’est regarder plus haut, c’est voir plus grand, c’est se disposer à accueillir du neuf, c’est désirer respirer plus amplement. Croire, c’est décider d’être disponible à… J’allais écrire « disponible à ce qui nous dépasse », mais ce n’est pas tout à fait juste, car cela pourrait indiquer une dimension extérieure à nous-mêmes, alors qu’il s’agit d’être disponible à ce qui, pour reprendre les mots de Pascal, en « l’homme passe infiniment l’homme ».

Cela n’est pas sans rapport avec l’évangile de ce matin, en Luc. Le récit de la guérison du lépreux. Avez-vous remarqué que Jésus épouse totalement les mots de la demande du lépreux. « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier – Je le veux, sois purifié ». Rien de plus. Pas une question, pas un jugement. La foi du lépreux ? On n’en connaît rien d’autre que cette demande brute et la prosternation qui l’accompagne. Littéralement, Jésus vient dans ses mots et ces mots deviennent ceux de la guérison, ceux de la libération. Jésus n’a fait qu’un seul geste : celui de toucher le lépreux. N’imaginons pas un flux d’énergie, ne mettons pas là-dessus le verbiage des charlatans des fausses médecines. C’est infiniment plus simple : en touchant le lépreux, Jésus a touché l’intouchable. L’enfermement est brisé. La malédiction est vaincue. C’est cela l’irruption de l’éternité en cette vie. Voilà ce que nous pouvons accueillir ; voilà ce dont nous pouvons être les témoins. Ce qui se dit aussi : « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous/nous ».

Luc ajoute que Jésus, pressé par les foules qui venaient pour l’entendre et se faire guérir, se retirait dans des endroits déserts, « et il priait ». Nous ne savons rien ou presque de cette prière. Mais je veux bien croire que prier signifie au moins prendre le temps de se remettre en position de disponibilité absolue, la remettre en jeu, pour ne pas s’enfermer dans ce qui vient d’être vécu, si beau cela soit-il. Prier pour que s’élargisse le présent de l’éternité.
D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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