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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 08:53

Désertion et fermeture vont de pair

 

2 Thessaloniciens 1, 1-5. 11 b-12 ; Matthieu 23, 13-22

En les accusant de contre-témoignage, c’est une véritable charge que lance Jésus contre les scribes et les pharisiens, lui qui disait un peu plus tôt : «Prenez-sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 28). Cette douceur a cédé la place à des paroles de colère. Il est tentant de considérer que ces paroles ne concernent que les interlocuteurs de Jésus. Les chrétiens ont eu longtemps le réflexe de penser que ce procès, car c’en est un, s’étendait à tous les juifs, et à eux seuls.

En réalité, nous devons entendre ces rudes paroles comme s’adressant à nous, qui, parce que nous avons été baptisés dans l’eau et dans l’Esprit, avons pour tâche d’annoncer à tous les hommes la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu.

Lorsque nous nous inquiétons de voir nos contemporains ne pas croire, vivre dans le matérialisme et le relativisme, je me demande toujours si nous avons vraiment su leur témoigner qu’ils étaient invités à entrer dans le Royaume de Dieu. N’avons-nous pas, par nos discours et par nos actes, « fermé à clé le Royaume des cieux » ? En tenant des propos incompréhensibles, irrecevables,  en préférant un ritualisme suranné, en étant incapables de dire en quoi la foi s’ancre dans la vie réelle, en préférant le surnaturel à la nature, en refusant finalement l’incarnation et en glissant dans une religiosité superstitieuse, n’avons-nous pas rendue la foi « impossible » ?

Mais l’examen de conscience ne s’arrête pas là, car il faut nous demander si nous sommes nous-mêmes entrés dans le Royaume.  La religion à laquelle nous nous sommes attachés n’a-t-elle pas été en réalité un subtil moyen de faire l’économie de la foi, une manière de nous dédouaner, par la fréquentation de la messe, par quelques prières machinales, et quelques autres postures et engagements, de la radicalité de l’évangile qui nous invite à affronter l’épaisseur, l’âpreté et les contradictions de la vie, pour aller, comme le dit Jésus à Pierre, dans la finale de l’évangile de Jean, « là où nous ne voudrions pas aller », pour faire l’expérience qui fut d’abord celle de Jésus, de perdre notre vie par amour, dans le service de la justice et de la vérité. Avons-nous pris le risque d’être sauvé ? N’avons-nous pas déserté en douce tout en empêchant les autres d’occuper la place que nous abandonnions ?

En polémiquant sur les serments, Jésus dit à ses interlocuteurs qu’ils ont oublié l’essentiel, celui qui est la source et la fin de toute chose, Dieu. En oubliant Dieu, on fait de la religion un lieu d’enfermement, de stérilité et de mort. Si nos contemporains s’éloignent du Royaume ou l’ignorent, c’est sans doute qu’ils ne sentent pas chez nous un lien vital, une source de vie.

Fort comme la mort

Mais pour que cela se voie, encore faut-il qu’il soit manifeste que nous vivons d’une flamme incomparable qui nous conduit à passer là où l’homme pense ne pas pouvoir passer par ses seules forces. Encore faut-il, comme ce fut le cas dans les premiers siècles de l’Église, que les chrétiens témoignent d’une liberté forte et désirable.

La seconde lettre de Paul aux Thessaloniciens dit clairement ce qu’il en est : ce témoignage passe par la traversée des épreuves et des contradictions, par la persévérance dans l’amour, alors que tout autour inviterait à douter de l’amour. La « clé » du Royaume, ce n’est pas seulement une doctrine compréhensible, c’est une manière d’être, une vie livrée, risquée par amour. Si nous croyons que Dieu est source de vie, alors manifestons que la vie qu’il donne est plus grande que les peurs qui nous habites, plus grande que les contradictions qui nous opposent, plus grandes que difficultés qui se dressent devant nous. Manifestons que « l’amour est fort comme la mort », comme le dit le Cantique des Cantiques. Dieu s’occupera du reste…

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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Tellou 23/08/2010 15:50


Oh que j'aime ce genre de catéchèse! Il nous faut être inventif plus que passéistes pour témoigner aujourd'hui. Etre avec les hommes là où ils sont et entretenir la flamme.


Desiderius Erasme 24/08/2010 08:47



Merci de ces encouragements.  Faites circuler...


D.E.



Monique 23/08/2010 14:59


Bonjour Désidérius,

Ravie de te retrouver après quelques jours sans internet!
J'aime bien ton commentaire d'aujourd'hui.
Je voudrais simplement ajouter ce que la méditation des textes d'aujourd'hui m'a inspiré...
Paul a pas mal de reproches à faire aux Thessaloniciens, mais il commence par rendre grâce à Dieu pour tout ce qu'ils font de bien, pour tous les progrès qu'ils font dans la foi et dans
l'amour.
Et je me suis demandé si une de nos manière de fermer le Royaume des cieux à nos contemporains, ce ne serait pas justement de porter un regard négatif sur eux, sur le monde, au lieu de les regarder
dans la lumière de Dieu ? Je pensais à "l'a-priori de bienveillance" ignatien...


Desiderius Erasme 24/08/2010 08:46



Merci Monique. Je suis tout à fait d'accord. C'est d'ailleurs l'objet de mon post d'aujourd'hui, que j'avais écrit avant de prendre connaissance de ton commentaire.


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