Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 08:46

C’est avec l’écoute que commence la connaissance de Dieu, pas avec le rite

Nous voici ce matin avec le jeune Samuel. Celui-ci a été confié par sa mère au prêtre Eli, pour le service du Temple. C’est un  temps où Dieu semble se faire discret. « Les oracles du Seigneur étaient rares à cet époque, et les visions peu fréquentes. » Nous lisons, dans la liturgie, un résumé du livre de Samuel, si bien qu’il ne nous est pas dit, dans le court extrait qui nous est proposé ce matin, que cet Eli n’était pas exemplaire. Il avait notamment baissé les bras devant les agissements de ses fils qui abusaient de leur pouvoir pour détourner les offrandes et séduire les femmes qui s’approchaient du lieu de culte… Eli ne voulait pas voir la faute de ses fils et le narrateur s’amuse en nous disant qu’il avait la vue basse. « Ils ont des yeux et il ne voient rien… » On trouve cela dans Isaïe, et Jésus le reprendra à son compte.

Les oracles du Seigneur étaient rares ? Comme le narrateur nous fait comprendre qu’il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut rien voir, il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut rien entendre. Dieu ne se fait pas entendre, car personne ne semble vouloir l’écouter.

Le jeune Samuel n’a pas été instruit de tout cela. Il accompli son service fidèlement, mais, sans trop comprendre de quoi il retourne. En effet, nous dit le texte : « il ne connaissait pas le Seigneur et la parole du Seigneur ne lui avait pas été révélée ». Ainsi, on peut accomplir des rites, pratiquer la religion et ne pas connaître le Seigneur.  Voilà qui devrait sérieusement nous interroger. Nous célébrons Dieu, mais le connaissons-nous ? Cela ne signifie pas que les rites et la religion n’ont pas de valeurs, mais qu’ils peuvent être vides de contenus, qu’ils ne suffisent pas par eux-mêmes. C’est bien ce que redira Jésus, lorsqu’il s’écriera : « Il ne suffit pas de me dire : Seigneur, Seigneur !... »

Ce qui fait la différence entre Samuel et les fils d’Elie, c’est que le jeune garçon écoute. Il est disponible pour entendre la voie qui lui parle dans la nuit. Il ne sait pas qui parle. Il est bien incapable de reconnaître cette voix, et pense dans un premier temps que c’est celle du prêtre Eli, sous l’autorité duquel il est placé. Peu importe, ce désir d’entendre ouvre la porte à une parole qui va pouvoir se dire, non sans paradoxes.

Que faut-il penser en effet de la réaction d’Eli ? Le narrateur là encore, ne manque pas d’humour. Le vieil homme est dérangé dans la nuit, une fois, puis deux… Comment faire pour éviter d’être de nouveau réveillé par cet enfant qui semble pris de rêve, sinon de cauchemars, et d’insomnie ? Est-ce par sagesse ou par malice que le vieillard dit à l’enfant qu’il n’est pas besoin de venir le déranger, et qu’il peut rester dans son lit à écouter la voix, en disant « Parle Seigneur, ton serviteur écoute… » ?

De fait, le gamin ne va plus se lever. Mais il va méditer, dans la nuit,  sur ce que lui a vu depuis qu’il fait le service du Temple. Il va comprendre que cela ne présage rien de bon pour les prévaricateurs… Et la famille d’Eli semble n’être qu’une illustration de l’attitude d’Israël et de ce que la ruine qui va s’ensuivre. C’est le sens de l’oracle, qui met en force le travail intérieur qui s’opère dans le cœur du jeune Samuel. Dieu ne dit guère de chose de lui-même, et il semble que le connaître, c’est d’abord ouvrir les yeux sur la réalité…

Le vieil Eli – qui manque de courage, mais n’est pas foncièrement un mauvais homme – demandera à Samuel de lui faire part de ce qu’il a « entendu », et il acquiescera : Dieu ne peut pas s’accommoder de cette perversion de ce qu’il a donné, ni de cette caricature et ce dévoiement de la religion jusqu’à l’aveuglement et la surdité...

« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » En se tenant dans cette attitude, le jeune Samuel accomplit en fait le premier commandement : « Shema, Israël ! Écoute Israël ! » La connaissance du Seigneur commence là. Et cette injonction est suivie par les Dix Paroles, qui traduisent que cette écoute n’a de sens que si elle nourrit une pratique et une éthique personnelle et collective.

Malentendu

Pourquoi écouter ? Pour entendre la Parole qui est la Parole de tout commencement, comme nous dit Jean. L’évangile de Marc, qui nous raconte le début de la prédication de Jésus illustre déjà un certain malentendu : parce que la parole que porte Jésus manifeste un pouvoir de guérison et de délivrance des possessions dont l’homme peut être l’objet, les foules se pressent. Or Jésus s’éloigne. D’abord pour prier, c'est-à-dire pour s’exposer lui-même à la parole du Père, pour l’écouter, afin de pouvoir la redonner. Ensuite parce qu’il doit accomplir sa tâche, qui n’est pas de mettre cette parole en pratique à la place de ceux à qui il l’annonce. C’est à eux d’expérimenter en actes les fruits de leur écoute. C’est à eux qu’il appartient déjà de chercher les chemins de la délivrance et de la guérison. A lui, Jésus, il incombe de continuer l’annonce pour laquelle il a été envoyé. On sent déjà que cela va susciter une certaine déception…

Écouter, et agir. S’exposer à la parole, entendre en soi, à partir d’elle, et avec les autres, la voix intérieure – celle dont parlait volontiers la petite Thérèse – opérer le discernement comme le proposait Ignace… Et s’engager. Le jeune Samuel ne s’est pas dérobé, quand bien même ce qu’il avait compris ne le mettait pas en position facile face à Eli. Mais il a eu confiance en la vérité de la parole qu’il avait entendu. Voilà ce à quoi nous sommes conviés.

D.E.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens