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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 11:38

Derrière la prophétie, le rire

Michée 2, 1-5 ; Matthieu 12, 14-21

Ce petit passage du livre de Michée peut être lu de deux manières, pathétique ou comique. Nous inclinons le plus souvent du côté pathétique, impressionnés que nous sommes par la perversité des méchants, et par la « justice immanente » qui les attend. Mais on peut aussi apprécier l’ironie du propos prophétique, qui s’attache à montrer le ridicule de la situation des dits méchants.

C’est, dit Michée, « du fond de leur lit » qu’ils méditent le mal. Il est facile de les imaginer sur leur couche, le corps appesanti, obnubilés par leurs combines… Au point du jour, ils fondent sur leur proie… pour peu qu’ils en aient les moyens. Ajouter cette précision c’est laisser entendre que le mal a parfois le bras trop court, sinon l’esprit embrumé… Le prophète file la caricature, pour nous faire sentir que tout cela n’est pas très glorieux, que c’en serait même risible, n’était la souffrance infligée aux victimes. Est-ce là, en définitive, une situation dont quelqu’un peut raisonnablement rêver ? La « méchanceté » repose souvent sur des fantasmes, Michée en dégonfle les baudruches.

La « punition » du Seigneur n’est pas moins sarcastique. Les voilà, ces méchants, dans la boue du malheur et ils y pataugent jusqu’au coup. Quand on y réfléchit, c’est du burlesque à la Charlot. La fierté qu’il n’était pas possible de leur reconnaître lorsqu’ils méditaient leur mal dans leur lit est désormais, pour eux, hors d’atteinte à tout jamais. On compose sur eux des fables – autant dire qu’ils sont devenus la risée du village. Dieu rit à gorge déployée ! Quand les vilains finissent par crier : « Nous sommes entièrement dépouillés », ils ressemblent beaucoup à l’Arpagon de Molière hurlant à tout va : « Ma cassette ! »

Moralité : le mal est une farce joué par des imbéciles qui se vautrent ! En rire, c’est un bon moyen d’en sortir.

Comiques involontaires

Lorsque des pharisiens, sans doute frappé d’imbécilité eux aussi, se réunissent en secret pour chercher comment faire périr Jésus, selon ce que raconte Matthieu au chapitre 12 de son évangile, ils sont si malins que le complot s’évente aussitôt. Jésus s’éloigne, sans se cacher, et beaucoup de gens le suivent. Là encore, le déséquilibre de la situation prend un tour ironique. D’ailleurs Jésus, dit Matthieu, « les guérit tous » : face au minable complot, l’exercice d’une puissance tranquille, celle du serviteur bien aimé de Dieu, qui avance sans tapage et respecte la vie, dans sa fragilité.

Nous voilà devant un choix : de quel côté irons-nous ? Vers les comiques involontaires, ou vers la discrétion féconde des humbles serviteurs ? Il n’est pas interdit de rire un bon coup aux dépens des premiers, pour nous éviter de nous laisser prendre aux mêmes absurdités de la convoitise, puisque souvent tout commence par là. L’humour est un puissant outil de miséricorde autant que d’hygiène spirituelle. Rions avec Dieu, c’est le début de la sainteté.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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