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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 20:50

Le thème de Job est inépuisable, mais on a pu voir récemment aux Ateliers Berthier du théâtre de l'Odéon une pièce de l'auteur juif Hanokh Levin particulièrement décapante sur le sujet. Levin, décédé en 1999 était né dans une famille hassidique pratiquante forte d’ancêtres qui avaient été de prestigieux rabbins. Dans Les Souffrances de Job, Levin pousse à l’extrême sa lecture, pour faire tomber toutes les images pieuses et rassurantes qui servent à nous protéger de ce que le livre a de dérangeant.

D’abord, il met en question la justice de Job et sa piété. Ce n’est pas qu’il doute de la sincérité de Job, mais, demande-t-il, en quoi cette sincérité lui permet-elle de comprendre vraiment ce que vivent les miséreux auxquels il fait l’aumône ? Cette générosité n’offre aucune connaissance du malheur qu’elle surplombe, puisqu’elle n’expose pas Job à la souffrance de ceux qu’il aide en leur partageant les reliefs de ses festins. Question on ne peut plus actuelle sur la vraie nature de la solidarité. Question fortement politique. Il ne suffit pas que les riches donnent de leur superflu pour être solidaire. Rappelez-vous dans l’évangile, la louange que Jésus fait de la veuve qui vient verser ses trois piécettes dans le trésor du Temple : il célèbre le fait qu’elle s’est privée de ce dont elle avait besoin. Voilà la vraie solidarité.

On connaît le livre de Job : l’épreuve qui frappe le juste ruine la théologie de la rétribution. Le malheur n’est pas nécessairement le fruit amer de la faute, même si l’injustice conduit souvent au malheur. Mais Levin va plus loin en signifiant que nous ne savons pas, en définitive quelle est la foi de Job. Comme Job ne sait pas finalement pourquoi le malheur s’est abattu sur lui, le privant d’abord de ses biens, puis de ses enfants, puis le frappant dans sa propre chair, le spectateur ou le lecteur ne sait pas fondamentalement ce que Job pense finalement de Dieu, quand bien même, supplicié, il crie que Dieu n’existe pas. La question, telle que Levin l’aborde n’est pas là, mais plutôt du côté de la mort. L’auteur se tient à distante de la lecture usuelle de la fin du livre de Job, comme s’il voulait éviter le piège tendu par le rétablissement de Job dans ses biens – le retour à la « situation antérieure », d’avant l’épreuve, Dieu se « rachetant » en doublant la mise, y compris pour les enfants. Mais les enfants morts pourraient-ils être si facilement remplacés ?

La pièce s’achève sur un Job supplicié, entouré de toute la troupe réduite à l’état d’êtres mortels et misérables. La finitude, à l’état pur, à laquelle nul n’échappe. Pas de « happy end » rassurant : la condition mortelle qui frappe non seulement Job et ses amis, mais aussi tous ceux qui auront fait de sa souffrance une source de puissance ou de richesse en l’instrumentalisant. Dès lors qu’en est-il de Dieu ? Rien de dicible… Levin nous ramène à l’apophatisme – à la théologie négative –, et en juif tenace, maintient l’interdit de toute représentation, y compris mentale, de l’Éternel. Sur la scène, la seule figure en position transcendante est finalement celle de la nudité d’un Job qui agonise. Le lien avec la Passion est évident. En Job, comme en Jésus, c’est bien Dieu qui meurt, et Levin nous invite à ne pas déchirer cet acte de décès. Que reste-t-il de Dieu, quand Dieu meurt ainsi ? Ne revenons pas trop vite à la « situation antérieure », et rappelons-nous que le premier signe de la résurrection, c’est le tombeau vide : l’absence !

Et pour une présentation complémentaire de la pièce, permettez-moi de vous renvoyer à cet article du site The Pariser http://www.thepariser.fr/job-au-vitriol/

Amicalement.

Desiderius Erasme

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Published by Desiderius Erasme
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