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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 06:18

La trajectoire du disciple

Actes 25, 13-21 ; Jean 21, 15-19

Comme nous sommes à l’avant-veille de la Pentecôte, la liturgie presse un peu le pas, pour que nous arrivions au terme du récit des Actes des Apôtres, et je ne saurais trop inciter chacun à lire dans le détail le récit que fait Luc, depuis l’arrestation de Paul jusqu’à son installation à Rome.  Le texte que nous lisons aujourd’hui, nous rapporte ce qu’a dit, au sujet de Paul, le procureur romain Festus au roi Agrippa et à sa sœur Berenice. Festus qui a succédé à Felix, dit ne trouver aucun motif d’accusation sérieux contre Paul, estimant que le problème porte sur une controverse théologique entre Juifs – qui semble le laisser totalement indifférent, lui Romain. Il semble même, à l’entendre, que  la question de savoir si « un certain Jésus » est mort ou vivant, n’est pas le seul aspect de ce différent. De fait ce que ses adversaires reprochent à Paul, ce n’est pas tant ce qu’il dit de la personne même de Jésus, mais ce qu’ils perçoivent de son rapport à la Loi : ils le perçoivent comme une menace pour le judaïsme. C’est un vaste débat qu’il n’est pas possible d’aborder en quelques lignes.

Festus a souhaité faire juger Paul à Jérusalem, mais celui-ci, revendiquant sa citoyenneté romaine, a demandé à être jugé par l’empereur. Il ira donc à Rome. Ce faisant, Paul réalisera un désir qu’il avait depuis longtemps, celui de porter la Bonne Nouvelle au cœur de l’Empire. Mais Luc nous a aussi appris que le Seigneur était apparu de nuit à l’apôtre emprisonné, pour le soutenir et le prévenir qu’il devrait lui rendre témoignage à Rome (Actes 23,11). Ainsi, nous observons une conjonction : la volonté de Dieu rejoint un désir profond de Paul, mais les circonstances ne sont pas celles que Paul avait imaginées. On peut noter ici, qu’il y avait, dans la vie de Paul une sorte de pierre d’attente de son désir : sa citoyenneté romaine, qui lui vient de son père.

« Suis-moi ! »

C’est un peu la même chose que pointe la fin de l’évangile de Jean, dans l’ultime conversation de Pierre avec Jésus ressuscité. « Pierre m’aimes tu ? » demande Jésus, par trois fois. Les deux premières fois, Jésus demande à Pierre s’il l’aime comme le Père aime le Fils, et comme le Fils aime le Père. Pierre lui répond qu’il est son ami, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. En grec, les deux verbes diffèrent radicalement. Alors Jésus « descend » encore, prenant le langage de Pierre, venant en quelque sorte habiter le désir de Pierre, le rencontrer là où il en est, et l’instaurer pasteur du troupeau – ce que désirait manifestement Pierre, dont le comportement de disciple a toujours été d’avancer en premier, au risque de se faire taper sur les doigts. Mais, il avertit Pierre que son désir se réalisera d’une façon qu’il ne souhaitait pas. « Un autre te mettra la ceinture pour t’emmener là où tu ne voulais pas aller ».  Et Jésus ajoute : « Suis-moi ! »

Voilà ce qui est proposé à chaque disciple du Christ, à chacun d’entre nous : que s’accomplisse notre désir en suivant le Christ, d’une manière paradoxale, que nous n’attendons sans doute pas. Cela suppose à la fois que nous soyons pleinement nous-mêmes, que nous écoutions en nous-mêmes notre désir le plus authentique, et que simultanément nous acceptions de recevoir de Dieu la manière dont ce désir va s’accomplir. Toute la dialectique de la foi est là…

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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