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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 08:44

Variation sur le verbe donner, de Felix Leclerc

Fête de saint Matthieu

Éphésiens 4, 1-7. 11-13 ; Matthieu 9, 9-13.

Qu’est-ce qui a valu à Matthieu, que nous fêtons aujourd’hui, d’être appelé à devenir disciple de Jésus, puis à faire partie des Douze ? Nous ne le savons pas. L’évangile de Matthieu ne nous donne aucune explication. Il se contente de le décrire comme un publicain – un homme sali par le contact avec l’occupant romain. Ceux de Marc et Luc non plus, qui rapportent la même scène, mais avec un nom différent, celui de Lévi, fils d’Alphée. Cependant, tant Marc et Luc donnent le nom de Matthieu dans la liste des Douze. Jean ne décrit pas la scène. Dans la suite des récits évangéliques, Matthieu n’apparaît plus. Son nom est cité dans le groupe des apôtres, au début des Actes…

Si nous nous gardons d’inventer un motif qui justifierait son appel, que peut-on conclure du récit que nous trouvons dans l’évangile ? Une chose essentielle : cet appel a été un signe qui a marqué. En effet, immédiatement après, l’évangéliste nous apprend que « beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent prendre place, à table, à la maison, avec lui et ses disciples ». Ces publicains et ces pécheurs, identifié comme tels, ont donc compris qu’ils pouvaient s’approcher, qu’ils ne seraient pas chassés, tenus à distance, mais admis au plus intime : au partage du repas avec Jésus de Nazareth et ses compagnons.

Il y a de quoi être surpris. Dans l’évangile de Matthieu, Jésus commence par une longue prédication par laquelle il invite ses auditeurs à la conversion, et à une vie droite. Il demande d’éviter de prendre « le chemin qui mène à la perdition ». Et voilà qu’il accueille à sa table ceux qui ont notoirement emprunté ce chemin ! On peut comprendre que les Pharisiens s’étonnent. C’est l’occasion pour Jésus de donner le sens de sa mission : « Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs ».

Dès lors, la raison principale de l’appel de Matthieu ne réside-t-elle pas en ceci : il a été appelé parce qu’il était publicain, pécheur ?

Rappelons-en-nous lorsque nous pensons à l’Église que nous formons. Nous ne sommes jamais indemnes de la tentation de vouloir une Église de purs. Nous ne sommes jamais indemnes de la tentation de nous considérer comme des justes, et de tenir à l’écart ceux qui pour une raison ou une autre ne le seraient pas à nos yeux. La société dans laquelle nous vivons est fortement encline à désigner des coupables, à rejeter ceux qui lui paraissent potentiellement dangereux ou fautifs, même si elle n’aime guère parler de péché. Ce mouvement n’épargne toujours pas nos communautés chrétiennes.

Unité

Il nous faut donc entendre comme un conseil précieux à mettre en œuvre la parole de Paul : « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. » Cette unité dont l’apôtre nous rappelle qu’elle est l’unité même du Père, il nous faut la garder sans perdre de vue que le Fils de l’homme est venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. Cette unité, ce n’est pas celle de ceux qui se justifient eux-mêmes, mais celle des pécheurs appelés par le Christ. Voilà le signe dont nous devons être les porteurs, au cœur de notre monde.

D.E.

 

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Published by Desiderius Erasme
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