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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 08:12

Jeudi Saint

Exode 12, 1-8.11-14 ; 1 Corinthiens 11, 23-26 ; Jean 13, 1-15

Le Jeudi Saint, en relisant le début du chapitre 13 de l’Évangile de Jean, nous refaisons, chaque année, le geste accompli par Jésus, lors de son dernier repas avant sa Passion. Je voudrais vous inviter ce matin à lire ce passage en allant un peu plus loin que ce que la liturgie nous propose, parce que le texte a été coupé un peu trop tôt, omettant les deux versets suivants (16 et 17) : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le disciple n’est pas plus grand que le maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, heureux serez vous si vous le faites » (autrement dit : si vous vous lavez les pieds les uns aux autres). C’est en quelque sorte l’avant-dernière béatitude, la dernière étant prononcée devant Thomas (« heureux ceux qui croient sans avoir vu »).

Heureux…  Jésus nous indique le chemin pour entrer dans le Royaume, pour jouir de la plénitude de la vie qu’il va donner en mourant sur la Croix. Il nous invite à agir comme lui.

Le geste qu’il accomplit est inouï. Jean prend soin de nous permettre d’en prendre toute la mesure. Le moment tout d’abord : « son heure était venue de passer de ce monde à son Père ». Le geste de Jésus a valeur de testament, d’ultime témoignage, de dernière volonté…

L’intention ensuite : « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout ». L’amour est porté à son comble. Jésus loin de se retirer en lui-même en raison de la gravité du moment, se tourne vers ses disciples, vers ceux qu’il désignera à Marie-Madeleine, au matin de Pâque, comme ses frères, et il leur témoigne un amour dans lequel il se donne totalement, en agissant comme le plus humble des serviteurs, par un geste qui n’incombait même pas, dans une famille juive, à un esclave juif, mais à un étranger.

Le statut même de Jésus : « le Père a tout remis entre ses mains, il est venu de Dieu et il retourne à Dieu ». Jésus dispose en cet instant de tout pouvoir. Jean nous dit ainsi qu’il est déjà, de façon encore cachée, au sommet de la gloire et de la puissance. Celui qui est maître de tout se fait serviteur !

Style de vie

Le disciple n’est pas plus grand que le maître. Si le maître s’abaisse ainsi, qu’en est-il du disciple ? A quelle attitude sommes nous conviés ? Faites-de même, les uns pour les autres, dit Jésus. Soyez en rupture avec l’ordre du monde, renoncez à la domination, choisissez le service.

« Heureux êtes-vous si vous le faites ! » Jésus n’édicte pas une loi, il nous propose un style de vie. Pas une nouvelle morale, ni même une recette pour se sentir bien personnellement et avoir l’estime de soi. C’est non seulement un art du vivre ensemble, mais une clé pour entrer dans le mouvement même de la vie de Dieu qui n’existe qu’en aimant, qu’en servant sa création. Jésus nous indique une manière d’accéder ensemble, dans le don et le service mutuel, à l’être de Dieu, un chemin pour passer avec lui de ce monde au Père ; ou mieux encore, pour faire entrer ce monde – qu’il ne s’agit pas d’abandonner – dans le sein du Père, et faire demeurer l’amour du Père en ce monde.

Sacré programme ! Si nous le faisons nôtre, alors nous serons comme les Hébreux, dans la nuit de Pâque : ils mangent l’agneau et les azymes, « la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le  bâton à la main », prêt à marcher vers la Terre promise, vers leur libération.

D.E.

 

 

 

 

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Published by Desiderius Erasme
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Yves Le Touzé 01/04/2010 10:55


J'ai toujours été frappé par le contraste entre la solemnité des phrases introductives
- que votre commentaire met justement en relief - et la trivialité de l'action qu'elles introduisent. Ce qui viendrait naturellement ne serait-il pas l'institution de l'Eucharistie, le sacrement
suprême de l'amour, lien entre le mystère pascal et la vie de l'Eglise, "la chose la plus étrange" selon Maurice Bellet, qui figure dans les synoptiques et que seul Jean a omise? N'y a-t-il pas
d'ailleurs un parallèle (sans doute voulu) entre le "faites ceci en mémoire de moi" de l'Eucharistie et l'invitation à se laver les pieds les uns les autres? L'enseignement propre de Jn serait que
l'aspect "vertical" de l'Eucharistie est inséparable de son aspect "horizontal". Personnellement je ne peux vivre autrement la messe et la communion eucharistique.


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