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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:13

La Messe des pauvres d'Erik Satie - le Kyrie. Piano seul.

 Pourquoi il faut se méfier d’un mauvais temps

1 Corinthiens 1, 1-9 ; Matthieu 24, 42-51

Nous connaissons tous le proverbe « ne remets pas à demain ce qui peut être fait aujourd’hui ». En matière de foi, nous avons une forte tendance à l’oublier, en parlant du salut au futur, en le projetant – j’allais écrire : en le rejetant – dans l’au-delà. C’est évidemment une erreur.

Le malheur c’est que, parfois, l’Église elle-même nous y pousse. Comme dans la traduction liturgie du passage de Matthieu dans lequel Jésus demande à ses disciples de se tenir prêt pour la venue du Fils de l’homme. Le texte que nous entendons dans la liturgie nous met en garde : « C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra ». En réalité, le texte doit se lire au présent[1] : « C’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme vient. » (ou, comme le traduit sœur Jeanne d’Arc, insistant sur la foi : « C’est à l’heure que vous ne croyez pas… »). De même au début : « Veillez, car vous ne savez pas quel jour le Seigneur vient » et non « viendra ».

C’est au présent, tout simplement parce que le Fils de l’homme est déjà là. C’est lui qui parle. La question n’est pas d’attendre le moment fatal à venir, comme le héros du Désert des Tartares, mais d’accueillir celui qui est déjà là.

C’est donc une question de discernement. On le voit bien à une autre erreur de traduction. Dans la première parabole de ce petit passage qui en contient deux, il est question d’un « maître de maison » qui laisse le voleur entrer par effraction chez lui, parce qu’il ne sait pas à quelle heure le voleur vient. Dans la seconde, la traduction liturgie reprend la même dénomination de « maître de maison », pour parler de celui qui confie la charge du personnel à un de ses serviteurs, alors qu’il s’absente. S’agirait-il du même, ou d’un personnage comparable ? Pas du tout, car dans le texte original, on trouve deux mots différents : le premier désigne bien littéralement un « maitre de maison », le second est celui de « seigneur », le mot même que nous employons dans le « Kyrie », pour désigner Dieu…

La question est donc de savoir qui voyons-nous venir ? Qui voyons-nous présent ? Qui servons-nous ?

Veillez, ce n’est pas attendre le jour meilleur qui viendra, c’est voir ce qui est déjà présent. Jésus le dit maintes fois : « J’avais faim, et vous ne m’avez pas nourri… », « Ce que vous faites au plus petit c’est à moi que vous le faites… »

La finale du texte met précisément l’accent là-dessus : le seigneur se sépare du « mauvais serviteur » et le met « avec les hypocrites » - c’est-à-dire littéralement avec « ceux qui ont la vue basse », qui ne voient pas l’enjeu, dont le regard n’est pas à la hauteur de celui qui vient… La faute, c’est de n’avoir pas su ni voulu discerner…

Veillez, ce n’est pas simplement attendre le futur, c’est discerner le présent. L’avenir – celui qui vient – commence aujourd’hui

Équipés pour veiller

En s’adressant aux Corinthiens, Paul affirme qu’ils ont reçu tout ce dont ils avaient besoin pour cela : « En Jésus Christ, vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole  et toutes celles de la connaissance de Dieu… Aucun don spirituel ne vous manque… C’est lui qui vous fera tenir jusqu’au bout… » Comme les Corinthiens, nous sommes équipés pour veiller, pour reconnaître chaque jour celui qui vient, jusqu’à sa pleine révélation.

Cette révélation n’est pas tant une condensation de la vision dans un moment du futur, que l’entrée, par notre attention quotidienne à sa présence, dans la dimension « éternelle » de celle-ci, c’est-à-dire qui dépasse le temps, qui s’accomplit totalement dans toute l’épaisseur du temps et par delà le temps. Veiller, c’est entrer dans l’accomplissement même de Dieu.

D.E.



[1] Voir par exemple « le Nouveau Testament, interlinéaire grec/français » de Maurice Carrez, qui donne le mot à mot..

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Published by Desiderius Erasme
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