Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 09:17

Dans un combat à la vie à la mort, la force n’est pas celle que l’on voit…

C’est le combat de David et Goliath que nous entendons dans la première lecture de la liturgie de ce matin. Encore une fois, c’est un  abrégé du récit qui nous est proposé. Ce récit occupe tout le chapitre 17 du livre de Samuel, et il ne manque pas de détails savoureux, comme l’échange entre David et ses frères ou la scène où il s’avère qu’il ne peut endosser l’armure royale de Saül, dont il est pourtant le successeur choisi par Dieu… La tradition juive dit qu’il ne faut rien ajouter ni retrancher à l’Écriture, parce que tout fait sens. L’usage catholique est malheureusement moins scrupuleux, mais rien ne nous interdit d’ouvrir nos Bibles pour lire le texte dans son intégralité.

Je voudrais relever ce matin un détail qui a justement été laissé de côté. Au verset 12 du chapitre 17, le livre de Samuel précise : David était le fils d’un homme d’Ephrata… Pourquoi l’auteur a-t-il eu besoin de nous fournir cette indication ? Que veut-il nous dire de cette façon.

L’un des premiers principes de l’interprétation juive de l’Écriture consiste à aller voir quelle est la première occurrence d’un mot. Or le nom d’Ephrata n’apparaît en effet que très rarement dans la Bible. C’est, en fait, le premier nom de Bethléem en Judée. On le trouve tout d’abord au chapitre 35 du livre de la Genèse, au verset 16. C’est sur la route d’Ephrata que Rachel meurt en donnant à Jacob son dernier fils, Benjamin, qui donnera son nom à la plus petite des tribus d’Israël, celle dont est issue Saül, celle aussi à laquelle se rattachera l’apôtre Paul… Quant à David, non seulement il est « Ephratéen », mais il est le dernier fils de Jesse, comme Benjamin est le dernier fils de Jacob. Ce parallèle nous renvoie lui aussi aux circonstances de la naissance de Benjamin. Enfin, Bethléem-Ephrata, c’est la ville où nait Jésus…

Ephrata signale ainsi un lieu ou se confrontent le don de la vie et la mort. Un lieu de combat spirituel, puisque le spirituel n’est pas un monde d’idées désincarnées ou hors du réel, mais le lieu où se joue le plus vital de nos existences charnelles. Ce nom d’Ephrata est une indication précieuse pour lire le récit de l’affrontement entre David et Goliath. Tout est fait dans ce récit pour nous montrer que c’est un combat monstrueusement inégal. Goliath, dont la cuirasse est « à écailles », comme celle d’un  dragon ou du Leviathan, symbolise évidemment les forces de la mort, auxquelles nul d’entre nous ne saurait échapper par ses propres moyens.

Si on met généralement en avant l’astuce de David qui a l’intelligence de ne pas se livrer à un corps à corps perdu d’avance et qui invente en quelque sorte le combat d’artillerie, l’important du texte tient sans doute davantage dans les propos qu’il tient, alors que tous lui signifient qu’il n’est pas de taille ou qu’il aurait mieux fait de rester derrière le troupeau qu’il avait à garder. David ne prétend pas qu’il va l’emporter par ses propres forces, il affirme que c’est Dieu qui combattra, parce qu’Il veut pour son peuple non pas la mort ni l’esclavage, mais la vie et la liberté.

Dans le combat contre la mort, dans le combat pour la liberté, ce ne sont pas en effet nos forces qui peuvent suffire, même s’il faut les engager et ne pas rester les bras croisés. Seule la puissance de Dieu peut l’emporter.  C’est l’affirmation du Cantique des Cantiques : l’Amour est fort comme la mort. Sur la route d’Ephrata, il ne se passe pas autre chose : Rachel meurt, mais elle donne la vie à Benjamin. La mort n’a pas le dernier mot. Et le nom que donne Jacob à son dernier fils est éloquent : Ben-Yamin, fils de la droite – comme Moïse chante, après le passage de la mer Rouge : « Ta droite, Seigneur, est puissante… ».

 

Le sens de la Loi

 Cette puissance de Dieu contre la mort, Jésus la manifestera en donnant sa propre vie… C’est bien ce dont il est question dans l’Évangile de Marc, dont nous lisons aujourd’hui, avec la liturgie, le début du chapitre 3. Le jour du shabbat, Jésus se trouve devant un homme dont la main était « desséchée », où la vie ne circulait plus. Il constate alors qu’on l’observe pour savoir s’il va enfreindre ou non le shabbat. La scène reproduit d’une certaine façon celle que la liturgie nous proposait hier avec un premier débat autour du respect du shabbat. Mais elle en accentue le trait. « Est-il permis de faire du bien ou du mal, le jour du sabbat ? » demande Jésus. « Est-il permis de sauver un être vivant ou de le tuer ? » C’est donc une affaire de vie ou de mort. Et puisque la vie et la mort sont avant tout du ressort de Dieu, la question est de savoir si notre manière d’entendre la Loi de Dieu permet ou non à Dieu d’agir en sauveur.

David, pour revenir à lui un instant, est, à la différence de Saül, celui qui regarde toujours Dieu comme le sauveur. C’est cela qui détermine essentiellement son action, son engagement.

Dans la synagogue où se trouve Jésus, il en va autrement : ceux qui observent sont incapables de voir quel est l’enjeu, parce qu’ils ont fait de la Loi une idole, en la détachant, de fait, de sa finalité qui est la vie. La question qu’a posée Jésus renvoie pourtant  à la grande injonction que Dieu adresse à Israël, par l’intermédiaire de Moïse, avant qu’Israël ne franchisse le Jourdain et entre en Terre promise (au chapitre 30 du livre du Deutéronome) : « Je mets devant toi la vie et la mort… Tu choisiras la vie, pour toi et ta descendance… » Choisir la vie, c’est permettre à Dieu d’exercer sa puissance salvatrice.

Les interlocuteurs de Jésus préfèrent ne rien dire. Ils ne répondent pas. Jésus pour sa part s’engage dans le sens de la vie. Il permet que soit manifestée la puissance de vie qui vient de Dieu, en demandant à l’homme d’étendre la main. Remarquez qu’il ne dit rien qui permettrait de lui attribuer personnellement la guérison du malade. Il affirme simplement que la Loi, le shabbat, ne saurait entraver l’œuvre de Dieu. Mais les choses n’en restent pas là. Enfermé dans leur absolutisation de la Loi, les Pharisiens et les partisans d’Hérode ne peuvent pas éviter de basculer dans le refus de la vie, puisqu’ils se réunissent aussitôt pour chercher les moyens de faire périr Jésus. Ils entrent alors dans le camp de la mort…

Dans quel camp nous rangeons-nous ? Quelle image de Dieu nous habite ? Quelle idée nous faisons nous de la Loi ?

D.E.

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens