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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 10:40

La vocation d’Isaïe

Isaïe 6, 1-8 ; Matthieu 10, 24-33

Le récit que fait Isaïe des circonstances de sa vocation commence par une affirmation tout à fait surprenante sur laquelle il faut s’arrêter un instant : « L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé. »

Très rares sont les personnages bibliques qui peuvent se targuer d’avoir vu le Seigneur. Abraham a reçu trois hommes au chêne de Mambré, puis devant Sodome il s’est entretenu avec Dieu du sort de la ville. Mais Abraham était « l’ami » de Dieu. Jacob a combattu dans la nuit un inconnu qui ne lui a pas révélé son nom. Moïse parlait avec le Seigneur dans la nuée face à face, mais quand il a demandé à voir la gloire de Dieu, il n’a vu, dans l’anfractuosité du rocher, au Sinaï, que le « dos » de Dieu. « Nul ne peut voir ma face sans mourir » avait répondu Dieu. Elie à l’Horeb s’est enveloppé le visage dans son manteau, quand Dieu est passé dans « le bruit d’un fin silence ».

La vocation d’Isaïe commence par la révélation de la gloire de Dieu. Le futur prophète a conscience de l’incongruité de la chose : « Malheur à moi, je suis un homme perdu. »

On peut se demander pourquoi Isaïe est l’objet de cette inhabituelle révélation. La précision historique que contient le texte donne une piste. Le roi Ozias avait été, dans la lignée de David, l’un de ceux dont le règne n’avait pas tourné à la catastrophe spirituelle, cependant, en dépit de ses efforts, le peuple ne s’était pas détourné des idoles, et le livre des rois nous dit qu’Ozias avait, pour cela, été marqué de la lèpre, signe majeur d’impureté. Thème que l’on retrouve dans le récit d’Isaïe qui se définit devant Dieu comme un homme aux lèvres impures, vivant au milieu d’un peuple aux lèvres impures, ce qui indique la nature du mal : une parole pervertie, faussée.

Cette manifestation de la gloire de Dieu, qui inaugure la vocation du prophète n’est-elle pas un signe adressé à un peuple qui ne parvient pas à rompre avec l’idolâtrie, qui cherche dans des subterfuges vains des assurances qu’il ne peut trouver qu’en Dieu ? Le Seigneur montre à Isaïe qui il est, sans aucune commune mesure avec les secours que cherchent les hommes auprès des idoles et des faux dieux.

Dès lors, Isaïe est un homme sauvé. Il survit à cette révélation. Plus encore, il reconnaît sa faiblesse et pour cela peut expérimenter que la puissance de Dieu l’en délivre. Sa parole sera droite et pure désormais. Jusqu’alors, rien ne lui a été demandé, et lui-même n’a rien sollicité. Tout vient de Dieu, dans un geste de pur don. Alors Dieu peut poser cette question : « Qui enverrai-je ? Qui sera mon messager ? » C’est en toute liberté, mais en toute connaissance de cause, qu’Isaïe peut répondre : « Moi je serai ton messager : envoie-moi. » Cette puissance de Dieu, dont il a acquis une connaissance intime, dont il a éprouvé pour lui-même les effets, rien ne lui paraît plus important que d’en être le témoin.

Le risque et la joie

Cela ne va pas sans risque, puisque cela introduit dans le rapport au monde et aux hommes une différence dans l’exercice de la liberté. Le disciple sert son Seigneur et cela oriente ses choix, dans un monde qui certes est traversé de véritables aspirations mais qui les fixe sur des objets impropres, ou dont il fait un usage aliénant. C’est ici que la parole du disciple – qui n’est pas la sienne propre mais celle qu’il a reçue – dévoile ce qui est caché et peut déranger.

Jésus en portera toutes les conséquences, et il prévient ses disciples de ce qui les attend. Pour autant, pour lui comme pour les apôtres, le point d’appui, c’est la conscience de la puissance même de Dieu : « Pas un seul moineau ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte. » Cette puissance, cette bienveillance de Dieu ne dissout pas la confrontation, ne fait pas disparaître les difficultés de l’existence, ni celles qui naissent du fait même du témoignage rendu, mais elle permet de les traverser.

Nul d’entre nous, sans doute, n’a vu la gloire de Dieu, mais nous pouvons nous appuyer sur la confiance de ceux qui nous ont précédés et dont nous savons qu’ils ont traversé librement les épreuves en goûtant une véritable joie intérieure.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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