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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 08:58

Où il n’est question que d’une présence

 

(1 R 8,1-7.9-13 ; Mc 6, 53-56)

Nous poursuivons le récit de la vie de Salomon. Ce roi qui a demandé à Dieu la grâce du discernement est aussi celui qui, comme cela avait été annoncé à son père David, construit le Temple du Seigneur. Cette construction ne s’est pas faite en un jour, il fallut sept ans. Ce chiffre sept est évidemment symbolique, et il faut le rapprocher des sept jours de la Création. Il donne à l’édifice sa dimension divine et spirituelle.  La liturgie nous propose de méditer le moment de l’installation de l’arche de l’Alliance dans le temple, ce qui est une façon de nous faire comprendre que ce qui compte, c’est moins le temple et sa magnificence, que l’Alliance. Il faut d’ailleurs savoir qu’à ce jour, les archéologues n’ont pas trouvé de trace des constructions de Salomon,  ce qui donne à ce récit une dimension  plus théologique qu’historique.

Mais alors, quelle indication théologique peut-on y trouver ?

Nous sommes devant un effet de contraste. Les chapitres qui précèdent, dans le premier livre des Rois ont longuement raconté, avec force détails, la construction du temple, celle de la maison de Salomon, puis la fabrication du mobilier et de la décoration du temple. Mais que nous est-il dit de l’essentiel ? Très peu, et c’est ce très peu qui compte : « Dans l’arche, il n’y avait rien, sinon les deux tables de la loi que Moïse y avait placées quand le Seigneur avait conclu alliance avec les fils d’Israël au mont Horeb, à leur sortie d’Égypte. »

Il faut entendre ce « il n’y avait rien » dans toute sa radicalité ! Il n’y a là, dans l’arche – une boite, un coffre – aucun dépôt magique, aucune relique de héros ou de saint, aucune fabuleuse pile atomique de nature à faire courir les aventuriers…  Il n’y a rien qu’un texte, ou plutôt rien qu’une parole entendue et retranscrite par un homme, Moïse, au sommet –symbolique – d’une montagne dans le désert ! Tous les mythes sont ici balayés, ce qui est le cœur de la foi, c’est cette parole qu’il faut méditer, vivre et transmettre. Les murs monumentaux, l’or, le bronze, les rites… tout cela n’est pas le cœur de l’Alliance. Ce cœur, ce n’est rien qu’une parole livrée entre les mains des hommes, pour qu’ils vivent avec elle et par elle.

La suite du texte le confirme : la « nuée obscure » de la présence divine envahit le sanctuaire, si bien que les prêtres doivent interrompre leur service.  La présence de ce « rien » de  la parole d’Alliance interrompt ce qui n’est que rite, parce qu’elle est plus grande, plus profonde que tout cela, parce qu’elle ne peut être réduite à cela, aussi « religieux » cela soit-il. D’ailleurs Salomon le dit bien lorsqu’il s’exclame « le Seigneur a décidé d’habiter la nuée obscure ». Voilà la véritable demeure de Dieu, cette manière de ne pas se laisser réduire aux images que nous pouvons nous en faire, pour nous renvoyer à sa Parole par laquelle il fait alliance avec nous. Et rappelons-nous qu’au désert, la « nuée obscure » qui guidait Israël, apparaissait la nuit comme un feu (Ex 40, 38)... lumière pour nous permettre de traverser l’obscurité de nos vies…

Salomon a beau dire ensuite que la demeure qu’il a construite au Seigneur sera sa résidence éternelle, il sait que la présence divine excède largement cette « maison ».

Cette présence, il en est question dans la petite péricope de Marc que la liturgie nous donne à lire ce matin. Jésus circule autour du lac de Galilée, et « partout où l’on apprend sa présence » on accourt et on apporte les malades, les infirmes…  Marc nous montre un peuple en quête d’une présence qui sauve, qui délivre, qui libère. Quand on y songe, cette présence de Jésus a tout d’un « rien » au regard des puissances qui occupent le terrain en arrière plan : les Romains, mais aussi les grands-prêtres et toute l’institution religieuse. Il n’y a là rien qu’un homme et une poignée de disciples. Un homme qui porte la parole du Père.

Frange

C’est infiniment peu, et pourtant c’est une présence qui « sauve ». J’insiste sur ce mot, car il a été employé à dessein par Marc. L’évangéliste aurait pu nous dire simplement que tous ceux qui touchaient la frange du manteau de Jésus étaient « guéris » – expression que l’on trouve dans d’autres passages des évangiles.  Il dit précisément qu’ils sont « sauvés », c'est-à-dire qu’ils ne sont pas seulement ou d’abord rétablis dans leur intégrité physiques, mais restaurés dans la plénitude de leur être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. C’est immense !

Et puisque l’immense tient à un rien, on peut noter un petit détail : il est fait allusion à la « frange du manteau » de Jésus. Or selon la tradition religieuse que respectait Jésus, la frange du manteau symbolisait le rayonnement de la gloire de Dieu, et un fil violet – rien qu’un fil ! – y rappelait les commandements de Dieu. Il y a là évidemment une manière de signifier l’Alliance, un symbole comparable à celui de l’arche.  Toucher la frange du manteau de celui dont la présence sauve, c’est une façon de revenir à l’Alliance, de se tourner vers la Parole donnée à Israël au désert, dont il faut bien comprendre qu’elle n’est pas une loi au sens de nos législations modernes, mais une charte de vie.  En Jésus, c’est bien la même présence qui est manifestée et reconnue que celle qui habite l’arche d’Alliance.

D.E.

 

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Published by Desiderius Erasme
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