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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 08:17

Quelle idée nous faisons-nous de la volonté de Dieu ?

Le moins qu’on puisse dire, à la lecture des textes de ce jour, c’est que la confiance ne règne pas. Elle ne va pas de soi. Il faut la construire, et tant qu’elle n’est pas établie, ruser pour tromper… la méfiance.

Ainsi, Samuel est-il envoyé pour oindre celui que Dieu a choisi pour succéder à Saül. Mais Samuel craint les foudres de ce dernier. Aussi doit-il inventer une mise en scène pour rendre plausible son départ. Puis, quand il arrive à Bethléem, en Judée, il est accueilli avec crainte. « Est-ce pour la paix que tu es venu ? »

On ne  prête guère attention à cette petite phrase, lorsqu’on lit le récit de l’onction de David, car la lecture est polarisée sur la question du choix du « bon » roi. Ce n’est pourtant pas un détail sans importance : il nous indique que les tensions étaient grandes entre le Nord d’où arrivait Samuel, dont était issu Saül, de la tribu de Benjamin, et le Sud, le pays de Judas. C’est qu’en réalité, l’unité d’Israël a toujours été éminemment fragile. Le peuple né de l’Alliance du Sinaï – un ensemble de tribus et de gens qui se sont soustraits à la tutelle de l’Égypte qui dominait tout la région, et à celle de ses vassaux locaux[1] – était déchiré de luttes intestines, de jalousies et de rivalités, dont on trouve les traces dans les livres de Josué et des Juges. C’est avec Saül, homme du Nord, puis David, homme du Sud, qu’Israël verra son unité et ses frontières se stabiliser. Salomon incarnera le royaume pacifié. Mais cela ne durera pas, puisque dès la mort de l’héritier de David, Nord et Sud s’opposeront de nouveau.

En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, cette division du peuple de Dieu est à méditer. L’unité n’est pas acquise une fois pour toute, la confiance est toujours à construire et à nourrir.

Le Dieu des vivants et non des morts

Encore faut-il faire preuve d’intelligence et non de littéralisme. La péricope que nous lisons ce matin commence en effet par des remontrances adressée par Dieu à Samuel : « Combien de temps vas-tu encore pleurer Saül ? Je l’ai rejeté. » Quand on entend cela, on se dit que l’affaire est classée, que le successeur choisi par Dieu va balayer Saül, le clouer au pilori, l’éliminer sans merci. Or la suite du récit va montrer exactement l’inverse. David va d’abord se mettre au service de Saül, sans chercher une seule seconde à le supplanter. Puis lorsqu’il sera tombé en disgrâce et pourchassé, alors qu’il aura par deux fois les moyens de tuer son adversaire, il s’en gardera, contre l’avis de ses proches. David ne cessera de considérer que Saül reste le roi consacré par Dieu, et il ne voudra pas porter la main sur lui. Et lorsque Saül périra au combat, non pas contre David et ses hommes, mais contre les Philistins, David pleurera, et ses larmes ne seront pas feintes. On voit à quel point le souci de construire l’unité du peuple et de ne pas donner aux uns des raisons de craindre ou de haïr les autres anime David qui n’entend pas se substituer à Dieu, ni même s’en prétendre le bras armé. David ne perd pas de vue que le parti de Dieu est celui de la vie et non celui de la mort.

Dieu est le dieu des vivants et non celui des morts. Sa loi est une loi de vie. C’est ce que dit Jésus aux pharisiens quand ceux-ci s’inquiètent du non respect du shabbat par ses disciples. On ne peut comprendre qui est Dieu, quelle est sa volonté, qu’en partant de là. Lorsque Jésus affirme que « le shabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le shabbat », il n’entend pas relativiser la loi. Il exprime au contraire sa finalité la plus profonde. La Loi n’a de sens que parce qu’elle est instrument du salut, que parce qu’elle a pour finalité de protéger la vie personnelle et commune, de lui permettre de se développer vers la plénitude. L’absolutiser peut être une manière d’en faire un instrument de pouvoir, et de la détourner de son sens pour la rendre relative à notre manière de voir, à nos intérêts et à nos passions... Dès lors, nous devons nous interroger sur la manière dont nous l’entendons et dont nous la mettons en œuvre. Tout doit aller dans le sens de l’établissement de la confiance et du service de la vie. Ayons l’intelligence de David.

D.E.



[1] Lisez l’excellent La Bible et l’invention de l’histoire, de Mario Liverani (Bayard, 2008). Mario Liverani enseigne à l’université La Sapienza, à Rome.

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Published by Desiderius Erasme
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