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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 14:23

Deux expositions à ne pas manquer (article paru dans Témoignage chrétien). Amicalement. D.E.

 

Matisse, paires et séries, au Centre Pompidou, à Paris, jusqu’au 18 juin

Degas et le nu, au musée d’Orsay, à Paris, jusqu’au 1er juillet

 Nous vivons, paraît-il, dans la société du zapping compulsionnel, du besoin de surfer sans cesse d’un sujet à l’autre de peur de nous lasser. De fait, il est deux manières de tromper l’ennui. L’une consiste à passer d’une image, d’un objet ou d’un être à l’autre, pour renouveler nos impressions premières. On tourne les pages, les images et les visages en quête de divertissement.

L’autre suppose au contraire d’insister sur la rencontre, sur le regard, en refusant de se laisser divertir, pour permettre au sujet lui-même de se révéler, passé le temps de l’habitude ou de l’évidence, comme nous ne l’avions encore pas vu. C’est la contemplation

Deux expositions font à merveille la démonstration de la puissance de la contemplation. À Orsay, Degas, à Pompidou, Matisse, sont présentés à travers le jeu de l’exploration multiple d’un sujet.

Le nu, pour Degas, commence de manière académique, puis narrative, avec des scènes « historiques » puis des instantanés de maisons closes, pour finir par une forme de contemplation pure du corps, comme présence, sans que n’apparaisse plus le visage des modèles. Ce corps devient finalement ligne, couleur, vibration. Il n’est pas pour autant spiritualisé. Disons plutôt aimé, jusque dans sa nature prosaïque, voire son animalité. Le peintre qui aimait tant la danse compose à sa manière une sorte de paisible « Ecce homo », essentiellement féminin pour nous dire la beauté de la condition humaine primordiale, avant tout artifice…

Chez Matisse, la joie de peindre ou de dessiner est manifeste. Approfondir, reprendre, redécouvrir le sujet, le peintre ne fait que cela. Sans jamais se lasser. Et cela devient une leçon de philosophie. En effet, la multiplicité du regard sur le « même » ouvre un dialogue entre les œuvres qui révèle que le « même » est plus que l’identique ou la reproduction. En creusant le « même », Matisse met à jour de l’« autre », dont il nous fait entrevoir la présence infinie.

La grâce de l’œuvre de Matisse peut donner le sentiment que c’est facile. Mais c’est un travail, un effort sur soi. « Si je trouve qu’il y a une faiblesse dans mon ensemble explique-t-il, je me réintroduis dans mon tableau par cette faiblesse – je rentre par la brèche – et je reconçois le tout. »

Contempler suppose d’affronter la faiblesse de notre regard, pour reprendre là où précisément il a où il a perdu le fil de l’empathie pour son objet. La leçon de Matisse, c’est que cette reprise, cette insistance, est promesse d’illumination et d’extase. L’empathie est, en effet, si présente chez lui, dans le regard qu’il porte sur ses sujets, que la série produit une forme de déploiement du mystère même de ce qu’il peint. La contemplation devient tout simplement révélation, accomplissement. Alors il n’est plus besoin de zapper : la contemplation devient une forme de fidélité à ce (ceux) qui entre(nt) dans le champ de notre regard.

Jean-François Bouthors.

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Published by Desiderius Erasme
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