Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 08:14

Qui prendra le risque de sortir des logiques de puissance et d’argent ?

2 Corinthiens 9, 6-10 ; Jean, 12, 24-26

Si les textes d’hier nous entretenaient du désir, ceux d’aujourd’hui nous parlent de fécondité. Contrairement aux apparences dans lesquelles nous vivons aujourd’hui, le sens de la vie, ce n’est pas de la consommer pour soi-même, mais de la donner. Toute la nature est orientée dans cette direction, et nous en avons d’ailleurs conscience lorsque nous nous inquiétons de l’extinction de telle ou telle espèce animale ou végétale.

C’est bien à cette disposition naturelle que Jésus fait allusion, lorsqu’il utilise la parabole du grain tombé en terre. Le blé a vocation à se multiplier. Paul, lorsqu’il tente de mobiliser les Corinthiens pour la collecte en faveur de la communauté de Jérusalem, utilise une comparaison semblable : « Celui qui sème peu récolte peu, celui qui sème largement récolte largement ».

L’apôtre souligne pour sa part que Dieu est la source même du don : c’est lui « qui fournit la semence au semeur, et le grain pour la nourriture ». Par conséquent, on ne donne que ce que Dieu donne, et c’est lui qui assure la fécondité du don. Si donner est un acte de générosité, c’est aussi, nous fait sentir l’apôtre, un acte de foi. C’est parce que nous croyons en l’amour de Dieu pour nous que nous pouvons donner sans crainte de manquer. C’est en ce sens que Paul peut citer l’écriture qui affirme que « l’homme qui donne aux pauvres à pleine main demeure juste pour toujours ». Cette justice n’est sans doute pas tant le mérite d’avoir accompli la loi, que le fait d’avoir eu pour cela confiance en Dieu. Cet homme est juste, comme Abraham, non pas d’abord par ce qu’il fait, mais parce qu’il met sa foi en Dieu.

Et il faut certes mettre sa foi en Dieu, si nous entendons bien ce que dit Jésus lorsqu’il développe la parabole du grain tombé en terre. Le don qu’il évoque n’est pas un don partiel. Il ne s’agit plus de se défaire d’une partie de ses biens, mais de mourir, de perdre sa vie en donnant. C’est toute sa vie, que le Christ invite à donner. Comment pourrions-nous y consentir si nous ne mettons pas toute notre foi en Dieu ? Il s’agit de suivre le Christ lorsqu’il comprend où va le conduire son engagement.

Si le propos de Paul pouvait faire songer à la parole de Jésus, à propos de la pécheresse qui lui parfumait les pieds, lors du repas chez Simon : « Ses péchés si nombreux ont été pardonnés parce qu’elle montre beaucoup d’amour », ceux de Jésus renvoient à l’épreuve d’Abraham, mis en demeure de sacrifier son fils unique – c'est-à-dire sa propre vie qu’il transmet. Abraham a mis toute sa foi en Dieu, sans savoir comment celui-ci agirait, sans peut-être même comprendre ce que Dieu voulait. Il a avancé dans l’inconnu et Dieu n’a pas déçu sa foi.

Nous sommes à notre tour dans cette même situation : risquerons-nous notre vie sur la foi de la parole de Dieu ?

Ce n’est pas théorique. Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui a besoin plus que jamais que des hommes et des femmes rompent avec des logiques de puissance, d’argent, de force, de consommation égoïste, mais s’engager sur cette voie, c’est sans doute prendre un grand risque, celui de perdre beaucoup selon les logiques qui prévalent autour de nous. Tout ou presque nous retient, pourtant nous ne vivrons pas durablement ensemble si nous ne retrouvons pas le chemin de la fraternité. Nous ne restaurerons pas la confiance mutuelle, si nous ne réduisons pas les inégalités, si nous n’opposons pas à la violence la logique du don. Qui avancera dans cette direction-là ?

D.E.

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens