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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 08:56

Akhab, Naboth et Jésus…

1 Rois 21, 1-16 ;  Matthieu 5, 38-42

Comment entendre la parole de Jésus, enjoignant, dans l’évangile de Matthieu de ne pas riposter au méchant, après avoir lu l’histoire du meurtre de Naboth ? Le récit du livre des Rois est implacable. La convoitise d’Akhab, qui trouve la vigne de son voisin si belle qu’il l’a veut pour lui, conduit le roi à la dépression : il est incapable de supporter la frustration de son désir. C’est d’abord lui-même que cette incapacité détruit, alors que le renoncement aurait dû l’élever. Nous connaissons souvent cette forme noire du dépit. Cet accablement le conduit à la démission : Akhab s’en remet entièrement à Jézabel et renonce… à sa capacité de jugement et à sa responsabilité humaine. Il ne voudra pas savoir. Quant à la Reine, pour assurer sa domination sur Akhab, elle organise cyniquement la liquidation de Naboth, et les anciens et les notables vont se prêter sans sourciller à la machination.

Faut-il donc laisser faire et ne pas riposter au méchant ? Naboth aurait-il dû abandonner l’héritage de ses pères ? Si l’on réalise que la vigne symbolise Israël, la vigne de Dieu, et que l’héritage des pères c’est la foi, l’Alliance, certes non. Naboth n’a pas eu tord d’être fidèle, alors qu’Akhab et Jézabel se distinguaient par la volonté d’instaurer en Israël l’idolâtrie.

La suite du récit, que nous lirons demain, montrera que Dieu ne laissera pas le crime d’Akhab et Jézabel impuni. Si bien qu’il faut entendre la parole de Jésus non pas comme une invitation à la démission, au laisser-faire, mais comme un appel à la fidélité à l’essentiel. Notons au passage que Jésus ne dit pas qu’il ne faut pas assurer la justice, lorsqu’un tord est commis contre un tiers. Il semble plutôt évoquer une situation que l’on pourrait qualifier d’autodéfense, ou de défense de ses droits propres. Dans tous les cas, il n’est pas question de renoncer « à l’héritage des pères », au don de Dieu, mais au contraire de se fonder sur lui pour ne pas ajouter la violence à la violence. Il s’agit de manifester en toute occasion que l’amour de Dieu ne cède pas devant le mal. Cela suppose d’avoir foi en la justice de Dieu.

Cela nous renvoie à la figure d’Abraham dans le récit de la ligature d’Isaac, où Abraham se montre disposé à perdre ce qu’il a de plus cher pour être fidèle à celui qui l’a appelé à se lever et lui a promis une descendance innombrable. Il y a dans la parole de Jésus quelque chose d’aussi vertigineux que dans ce que vit Abraham. C’est une invitation à dépendre de Dieu, de celui sur lequel nous n’avons aucune prise et que nous ne parvenons pas à nous représenter… Dieu nul ne l’a jamais vu, dit Jésus. Pourtant, c’est ainsi que nous pouvons le connaître, c'est-à-dire le laisser être en nous.

Si Akhab avait cru…

Quant à Naboth, nous pouvons le voir – bien d’autres l’ont fait avant nous – comme une figure du Fils du maître de la vigne. Comme Jésus ne dit rien pour sa défense durant son procès, le récit ne nous rapporte aucune parole de Naboth. Nous savons avec Jésus, que la plénitude de la justice de Dieu, c’est le relèvement de l’innocent, bien plus que la condamnation du coupable.

 Voilà la foi à laquelle nous sommes invités. Akhab aurait pu lui-même en faire l’expérience, s’il avait consenti à renoncer à la convoitise. Il vivait le refus de Naboth comme une mort – d’où sa dépression. S’il avait eu foi dans le don de Dieu, il aurait pu traverser cette mort symbolique et découvrir comment il était lui-même l’objet de la sollicitude du Seigneur… C’est alors que la première violence aurait été désamorcée.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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NM 14/06/2010 10:41


Merci pour cet éclairage. Cet épisode est assez étonnant et s'achève sur une note bien pessimiste. Heureusement que le prophète n'est jamais loin...


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