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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 07:33

La France serait-elle perdue pour le catholicisme ? À lire le blog de René Poujol (http://www.renepoujol.fr/retour-de-rome/) rentrant d’un séjour à Rome, on n’est pas ému au Vatican par « le schisme silencieux » des catholiques qui quittent l’Église sur la pointe des pieds, tandis qu’on l’est bien davantage par l’idée que les disciples de Mgr Lefebvre pourraient bientôt rentrer au bercail. Tout se passe comme si, au fond, les premiers n’avaient jamais été de la famille. Ils peuvent bien partir, ce n’est qu’une « purification ». Rien que de la mauvaise graine qui s’en va. Comme une croûte qui tombe… Bon débarras.

Impressionnant mépris pour des femmes et des hommes qui ont souvent servi l’Église dans leurs paroisses avec abnégation. Incroyable indifférence.

Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que l’Église n’intéresse pas le plus grand nombre qui sent confusément ce mépris. Il n’est guère étonnant que la rhétorique papale sur un monde dont Dieu serait absent ne rencontre aucun écho. Notons au passage que cette « confession » de l’absence de Dieu est pour le moins étrange dans la bouche de Benoît XVI. On se pince en entendant cela, et l’on vérifie dans la presse catholique qui rapporte le discours. Oui, c’est bien ce qu’il a dit. Me revient aussitôt le souvenir du rabbin Kalonymus Shapiro, déjà évoqué sur ce blog, qui dans le ghetto de Varsovie, s’employait au contraire à faire comprendre comment Dieu ne cessait d’être présent, dans une situation infiniment plus tragique, où il était légitime de se demander s’il n’avait pas abandonné son peuple et l’humanité. C’était un discours d’une autre trempe que celui qui résonne aujourd’hui au Vatican.

Disons-le, non pas l’Église comme corps du Christ, mais ces prélats qui ont en principe la charge du « peuple de Dieu » - il est plus juste de dire, comme l’apôtre Paul, « la famille de Dieu » –, démissionnent lorsqu’ils analysent le « schisme silencieux » en terme de purification, lorsqu’ils considèrent que ceux qui quittent l’Église catholique ne sont que des mécréants ou des protestants qui s’ignorent. Ajoutons qu’ils manquent singulièrement de lucidité sur les croyances de nombre de ceux qui restent, qui ne sont pas aussi « sûres » et fondées qu’ils le pensent.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que cette manière de considérer ceux qui s’en vont parce qu’ils ne trouvent plus dans l’Église catholique la nourriture dont ils ont besoin, ni l’élan du témoignage en direction de nos contemporains est le signe d’une grave maladie spirituelle, d’une profonde crise de la foi au cœur même de l’Institution. Ce n’est sans doute pas étonnant : on aurait tort de penser que ce qui s’est manifesté à travers la crise de la pédophilie n’est pas le signe d’un mal bien plus profond : celui qui pousse une institution à ne plus servir qu’elle-même.

Pas très réjouissant ? Certes. Mais cela ne veut pas dire que le christianisme n’a rien à dire ou qu’il n’a pas sa place dans ce monde. Bien au contraire, il ne m’a jamais semblé plus pertinent qu’aujourd’hui. Il est temps d’inventer d’autres terrains pour le dire. Peut-être alors ces prélats trop sûrs d’eux-mêmes et méprisants retrouveront-ils la foi de leur jeunesse… Et nous serons heureux de voir leurs yeux se dessiller. Mais par pitié, qu’ils cessent de semer partout le découragement !

Desiderius Erasme

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Published by Desiderius Erasme
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commentaires

Windows 7 support now 07/11/2013 10:29

I have read recently that not only France but catholism is losing its base in almost all region except asia; may be owing to their faulty perspectives and orthodoxies.You have caught the detail here just right which makes for a change.

hourcade 02/05/2012 20:21

Du droit d`être impertinent


Ces mots, portés par quelques années d`expérience, ne se veulent ni un traité de théologie pastorale, ni même une analyse mais simplement la réflexion d`un homme qui tente de donner sa vie au
milieu de ses frères et sœurs. Le terme « impertinent » a été choisi de préférence à un premier, « hérétique » ! L`impertinence aurait alors pris des allures trop
protestataires. Telle la parabole de l`ivraie et du bon grain, ce texte appelle son complément : le devoir d`être pertinent ! Les quelques réalités de la vie ecclésiale qu`il pointe ne se
veulent pas polémiques; seulement une certaine lassitude pourra faire baisser la garde de l`auteur sur certaines formulations ; il demeure persuade que la seule réponse possible aux défis de
ce temps est cette vie selon l`Esprit du Christ, appelée aussi sainteté dont le concile Vatican II a renouvelé l`approche et l`appel pour TOUS a la vivre une sainteté qui ne soit pas confite en
dévotions ou arc-boutée sur les formes du passe… mais voila que commence l`impertinence !

Un paradoxe géométrique
Prenons l`exemple de la fusée qui porte un satellite. Nous voudrions mettre sur orbite bien des réalités ecclésiales. Mais, bien souvent, nous avançons sur ces sujets entre nous en oubliant que
pour un tel projet, il faut penser au premier et second et troisième étage de la fusée avant le satellite. C`est la que nous observons le paradoxe géométrique. En effet, bien des manifestations
extérieures (discours, apparences…), sensibles ou « mystiques » (entendons par la un usage immodéré de l`adjectif « sacre »), bien des formes d`expressions liturgiques,
intellectuelles sont chaleureuses, sympathiques ou bien ordonnées, peuvent attirer : telle est la rondeur ! Une rondeur chargée émotionnellement ou manifestant une plénitude de vérité. En
fait, la rondeur n`est qu`un carre déguisé, anguleux comme tout bon carre. Les idées y sont strictes et raides comme les comportements, les attitudes face a la vie, l`Evangile aussi. Comme tout pré
carre, la conscience de l`extérieur y est fortement perçue comme invitation au minimum a la méfiance, voire une menace. Bien sur, il ne peut y avoir qu`une seule réaction face a l`autre :
« viens chez nous ! La est toute sureté ! » Avec un tel paradoxe géométrique, il n`y aurait jamais eu ni création, ni incarnation qui sont l’anti thèses de la sureté et
l`expression exacte d`un risque majeur, celui de la rencontre du très différent ! Au « venez chez nous », illusion du carre qui veut faire le rond, correspond la véritable rondeur du
« aujourd`hui, il faut que je vienne chez toi ! »
Que de surfs carrés sur les vagues rondes de la pastorale !

Rendre grâce ou rendre l`âme
Parler ici de ce qui est la source et le sommet de la vie chrétienne, l`eucharistie, comme d`une souffrance. Risquons d`abord de dire que les occasions de rendre grâce pour une partie du Peuple de
Dieu est source de scandale. Des pans entiers de l`Eglise, en effet, en sont prives alors que d`autres groupes (non sans égoïsme –inconscient mais bon…- institutionnel en l`occurrence) continuent
de demander l`eucharistie quotidienne, ce qui devient une exigence dans cette situation. Faute de régulation institutionnelle, voila des individus, des groupes transformes en « Indiana Jones a
la recherche de l`eucharistie perdue ». Un maillage territorial, hérité du Moyen Age et désormais inopérant, des groupes abandonnés car trop centrés sur une pratique exclusivement
eucharistique, une certaine spiritualité qui tend a transformer le fait de « dire » la messe en une sorte de dévotion personnelle du ministre comme du croyant, contribuent profondément,
entre autres raisons, a déconnecter l`eucharistie de son fruit, de sa logique spirituelle : la nourriture qui fait croitre et nourrit l`Eglise comme communauté sainte. Quand les défis sont
aussi sérieux que la mission ou le meilleur service du Peuple, les réponses ne peuvent-elles être que liées a l`appréciation du seul prêtre, de la seule communauté locale voire au seul
diocèse ? Comme si l`Eglise n`avait aucune autorité de régulation !
Une autre souffrance finit par se transformer en exigence à force de ne pas être entendue du tout : la discipline pénitentielle de l`exclusion de la communion dans le cadre de divorce et de
remariage ! De plus en plus de voix s`élèvent, dans une partie de l`Eglise en vue d`adapter sérieusement la pratique aux réalités actuelles, surtout a un meilleur bien de beaucoup dans le
Peuple de Dieu. Certains confondent, en effet, cette pratique ecclésiale avec un codicille évangélique ! Au point de se focaliser sur cette seule transgression publique. Bien des départs de
prêtres du ministère ont été aussi scandaleux pour lesquels l`appel, et c`est normal, a d`abord été a la miséricorde et la compréhension. Mais n`est-ce pas faire deux poids, deux mesures ?
bien des croyants sont compromis dans des crimes de sang collectifs, englués dans des attitudes personnelles criminelles ou ont des postures publiques fanatiques pour lesquels l`appel a la
conversion ne se vit que dans l`intimité du confessionnal. L`action de grâce qu`est l`eucharistie devenue comme une sorte de pratique intimiste occulte le fait qu`elle construit l`Eglise comme
communauté sainte, Peuple vivant de la Loi de Charité qui est l`Esprit Saint. A ne pas vouloir aller jusqu`a ce point-la, nous risquons de rendre l`âme !

Parole et action : une proportion inversée
L`auteur parle d`une expérience vécue dans une partie du Peuple de dieu. Certes elle est en dépendance directe du contexte historique et extérieur ; après les sérieux coups de buttoirs des
XIXe et XXe siècles, enfermée dans un modèle de vie juridique et hiérarchique (qui a eu sa raison d`être), l`Eglise doit entrer dans un nouveau modèle de vie dont le Concile Vatican II a dessine
fortement les contours mais dont une partie du contenu reste encore à écrire. Cette phase intermédiaire fait nécessairement appel a un redoublement d`énergie pour trouver les mots qui vont traduire
l`expérience. Seulement, le danger est réel de se payer de mots, de vivre dans un rapport inversement proportionnel entre paroles et actions. Toute rénovation n`est vraie qu`a la condition d`y
croire jusqu`au dernier mot. Bien souvent les protestations de renouveau ne cachent-elles pas une sorte d`individualisme, de refus de « bouger »…et de retrouver ici la dimension qui fait
cruellement défaut ailleurs dans l`Eglise et qui en est pourtant le cœur, le moteur : ils avaient un seul cœur, un seul esprit. Le divorce entre paroles et actes vient surtout d`un défaut de
savoir ce qu`on veut ce que nous voulons ensemble. Il n`y a rien de nouveau pourtant dans cette énergie qui devrait nous animer, il s`agit toujours de celle de l`Esprit de sainteté. Il n`y aurait
rien de pire que de croire qu`elle est la simple reproduction des formes du passe (confondues alors avec le fond des choses) ou la folle invention d`un futur : « Ce ne sont pas les
obsédés du passé qui prolongent la tradition mais les êtres profonds ».
Une autre forme d`inversion entre parole et actes rejoint la réflexion sur le paradoxe géométrique : il s`agit des personnes pour qui l`Eglise, face au monde, se doit de réagir, le plus
souvent il s`agit d`une longue litanie de « contre » : de la pétition aux déclarations jusqu`aux postures intellectuelles en tout genre. Certains même de reprocher au Concile Vatican
II sa naïveté, tombant dans le travers qu`ils reprochent aux « autres » de ne pas l`avoir lu. Ce serait donc naïf que de faire fond d`une attitude de foi (et pas seulement
« naturelle ») qui voit la bonté des choses créées ? C`est appuyé sur une telle lumière de foi que Jean Paul II a pu discerner aussi dans ce monde des éléments d`une « culture
de mort » ; d`autres, moins persuades ( ?) de cette bonté primordiale, préfèrent reprendre l`expression « haine de soi ». C`est ainsi qu` un regard de foi se transforme,
insidieusement, en une sorte de jugement sévère voire une condamnation sans appel de ce monde. Ou sont les communautés et les croyants en nombre qui se mobilisent pour que des femmes enceintes
soient accueillies, a défaut leurs enfants recueillis ? Une telle énergie dépensée ferait surement une économie non négligeable de papier pour une pétition ! Ou sont les croyants,
soutenus par leurs communautés, qui s`engagent en nombre dans les lieux collectifs sociaux pour qu`advienne cette paix et cette justice du Royaume qui germent dans celles de ce monde ? Cela
éviterait les impasses qui font mettre en premier le qualificatif « chrétien » pour valider telle ou telle action ou parole. Comme si, de soi, le fait d`être chrétien assurait la qualité
de la chose ! Cela éviterait profondément ce que le même concile dénonce comme le plus grand obstacle a l`action et aux paroles de l`Eglise, le « divorce entre la foi et les
activités ».


Le 30 février, fête de l`exaltation du sparadrap
A mesure que s`égrène les impertinences (et ce titre n`échappe pas a la règle), l`auteur sait que certains se sentiront juges alors que, humblement, avec leur diversité, ils tentent de faire bouger
les lignes. Peut être cela sera-t-il encore plus le cas dans cette partie puisqu`il y s`agira de pastorale. Avec ceux-là, il sait que ces lignes ne bougent qu`en commençant d`abord par soi même.
Mais avec ceux-là, il aimerait tant que la majorité du Peuple de Dieu ne se contente pas comme acte de renouveau que du silence des mots face a ce qu`elle n`n’accepte pas. Certains ont pu parler
d`opinion catholique ! Que so

Tellou 29/04/2012 10:24

Je n'aime pas vraiment dire que Dieu est absent. L'homme a l'impression que Dieu est absent parce qu'il n'obtient pas les réponses qu'il souhaite. Mais, et je m'en excuse d'avance, même si mes
connaissances sont loin, il me semble que dans l'AT, les hommes ont maints fois décrié "l'absence" de Dieu. Or Dieu était bien présent...mais d'une autre manière non? Dieu agit, mais pas forcément
là où on l'attend (cf la déportation à Babylone). Je suis toujours effrayée de constater que des personnes apportent rapidement un jugement sur l'absence de Dieu (en Europe..) ou l'absence de Dieu
(dans le coeur des gens). Qui sommes-nous (même en étant pape) pour savoir comment et à qui Dieu agit?

Thierry Jaillet 28/04/2012 12:42

Et alors, est ce si grave ?

Un grand nombre d’entre nous, et ni vous, Desiderius moderne, ni Poujol n’échappent à la règle : nous restons plus indécrottablement romains que véritablement catholiques, attachés viscéralement à
Rome, à ses fastes et à sa com’. Or, en Europe, comme dans la Genèse au 6ème jour, comme lors de la Passion au soir du vendredi, Dieu s’absente comme avant la Résurrection. L’Eglise se tait ou
n’est plus audible, et Dieu parait mort dans la bouche de nos contemporains. Dans la bouche, mais peut-être pas dans les coeurs.

Rome semble nous abandonner ? Eh bien, « sachant que ce n’est pas par les oeuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus Christ » (Galates 2, 16), nous devons continuer à
annoncer l’Evangile, de façon catholique, c’est-à-dire universelle.

Pendant ce long Samedi Saint, on ne reste pas sans rien faire, on avance sans les cloches.

Desiderius Erasme 28/04/2012 22:49



Indécrottablement romain Erasme ou Poujol? Notre amie Christine, de la CCBF, qui les connaît bien doit encore s’en tenir les côtes. Merci pour l’effet comique…
Plus sérieusement j’ai eu l’occasion, pendant de longues années de méditer sur la kénose de Dieu, le Samedi Saint, le Grand Shabbat, et pour faire bonne mesure le Tsimtsoum de la Kabale pensé par
Isaac Louria au XVIe siècle. Grand mystère certes, mais gardons nous de faire de la théologie à deux sous avec le retrait de Dieu, surtout quand c’est pour justifier les défaillances de
l’Institution, ou les nôtres. Dieu est bien arrangeant: il ne proteste jamais, même quand on lui colle sur le dos les absences des autres… J’ai payé pour savoir comment dans l’Eglise quelqu’un
qui prétendrait exercer une autorité, un charisme pouvait se servir de l’absence de Dieu pour passer sous silence son refus de regarder la réalité en face. Que le silence de Dieu ne serve jamais
d’alibi à l’aveuglement, à la démission, ou à la paresse… Pour ma part, je ne crois pas le moins du monde, contrairement à vous, que Dieu s’absente d’Europe. Trop facile. Je crois plus volontiers
que nous pouvons faire obstacle à sa présence, à sa manifestation, à sa grâce. C’est exactement ce que Jésus reprochait aux Pharisiens. Et les Pharisiens contemporains ne manquent pas.



René de Sévérac 28/04/2012 11:42

"un monde dont Dieu serait absent"
C'est le propre de la société post-chrétienne qui, au mépris des évidences, se comporte ainsi.
Il faut bien l'admettre et si la "purification" résultait de l'abandon de ceux qui ne voient pas dans le monde cette présence qui les aveugle ne srait-ce pas un bien signifiant que la superstition
n'est pas (ou plus) de notre côté.
Un mot de ce cher Voltaire (Dico philosophique):
"La superstition est à la religion ce que l'astrologie est à l'astronomie, la fille très folle d'une mère très sage."

Desiderius Erasme 28/04/2012 22:53



Le problème, cher René, c'est que lorsque le pape parle de l'absence de Dieu, il n'emploie pas le conditionnel...  Il ne dit pas que la société post-chrétienne se comporte comme si
Dieu était absent... Et il ne dit pas non plus que cette société s'aveugle et ne voit pas que Dieu est présent...


 



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