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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 08:53

Ce qu’Akhab n’a pas compris

1 Rois 21, 17-29 ; Matthieu 5, 43-48

Le meurtre de Naboth ne pouvait pas laisser Dieu indifférent. Aussi envoie-t-il le prophète Elie révéler à Akhab l’avenir que ce crime a préparé. En croyant satisfaire son désir, Akhab a ouvert la porte au malheur, non seulement pour lui, mais pour sa descendance.

Mais pourquoi faut-il que ce soit la descendance d’Akhab qui fasse les frais de la trahison de ce dernier ? Cela ne nous semble pas moral. Quelle est donc la justice de Dieu ? Quittons un instant ce souci « moral » et regardons la réalité qui est la nôtre : chacun convient aujourd’hui que, faute d’accepter un mode de vie plus sobre, nous préparons un avenir très difficile pour les générations à venir, qu’il s’agisse d’écologie, de dette publique, etc. De même, la poursuite effrénée de la satisfaction de nos désirs immédiats ne nourrit-elle d’injustices flagrantes entre le nord et le sud. Ainsi, nos actes ont-ils des conséquences très au-delà de nous-mêmes. Ce sont les autres, et notamment notre descendance, qui feront les frais de notre immodération… Et dès aujourd’hui, même si nous transformions radicalement et immédiatement notre mode de vie, il faut payer les conséquences de cette intempérance. Voilà le sens de ce qu’Elie vient annoncer à Akhab. Ce mal là, Dieu n’en est pas responsable. Il en révèle la portée et ne le répare pas d’un coup de baguette magique. La réparation nous incombe…

La manière dont Akhab accueille Elie est remarquable : « Tu m’as donc retrouvé, toi mon ennemi ! » Akhab ne voit en Elie qu’un adversaire qui en ferait une affaire personnelle (« mon ennemi »). Il ne comprend pas qui est celui qui s’adresse à lui, quelle parole il porte, et quel but il poursuit. Le roi s’identifie totalement à ses actes, auxquels bien évidemment s’oppose Elie. Akhab, totalement centré sur lui-même, ne voit pas l’amour de Dieu, seule force sur laquelle il pourrait s’appuyer pour combattre en lui les puissances morbides, celles qui l’ont poussé à vouloir s’emparer de la vigne de Naboth, celles qui l’ont laissé indifférent à la machination de Jézabel… Il aurait pu recevoir Elie en ami, en attendant de lui la libération intérieure dont il avait besoin.

Devant le jugement qui est prononcé, Akhab prend peur et fait pénitence. Il n’essaie cependant pas de combattre les conséquences du mal qu’il a commis – s’en tenant à une attitude religieuse, comme si Dieu pouvait se substituer à lui. Dieu n’est pas indifférent à cette repentance et manifeste ainsi sa nature profonde : il prend pitié du coupable qui reconnaît sa faute, aussi terrible soit-elle. C’est ici le Dieu d’amour qui se révèle, celui qui est bon pour tous ses enfants, les bons et les méchants. Si Akhab l’avait reconnu, il ne se serait pas engagé vers sa perte et celle de sa maison.

Fils du Père

C’est cette nature de Dieu que Jésus révèle à ses disciples, en les appelant à l’amour des ennemis. « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait » dit-il, reprenant l’injonction de la Torah : « Soyez saint comme je suis saint » (Levitique 19,2). Nous sommes invités non pas à être les « ennemis du monde » – Elie ne se définissait pas comme l’ennemi d’Akhab, mais comme le serviteur du Seigneur, ce qui est tout différent –  mais à être les fils de notre Père, qui « fait lever son soleil sur les bons et les méchants ».

Sans doute est-ce ainsi que nous pourrons participer à la réparation du mal commis, par nous-mêmes comme par les autres, ce qui rendra le monde plus vivable. Sinon, nous nous contenterons d’aimer ceux qui nous aiment. Ce n’est pas scandaleux, mais insuffisant. Et nous sommes capables de bien davantage…

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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