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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 07:12

Caprice n°16 en sol mineur de Paganini, par Itzhak Perlman

Qohelet n’est pas un vieillard désenchanté

Ecclésiaste 3, 1-11 ; Lc 9, 18-22

De Qohélet, l’Ecclésiaste, on dit souvent qu’il est l’homme d’une sagesse  désabusée. « Tout est vanité…  Quel profit le travailleur retire-t-il de toute la peine qu’il prend ? » Permettez-moi d’en douter un peu. Son écriture est d’un tel talent qu’il y a chez lui autre chose qu’un air navré devant une vie désenchantée.

Qohélet ne se contente pas de moucher les enthousiasmes béats, d’enlever les lunettes roses de ceux qui ne veulent pas voir le tragique de la vie.  La description qu’il fait, avec des renversements subtils de son balancement – notez qu’il ne passe pas systématiquement du « positif » au « négatif », ni l’inverse – entre une activité humaine et son « contraire », interdit de procéder à un classement en terme de bon et de mauvais. Pourquoi, par exemple, « haïr » se trouve-t-il en même position dans le balancement que « faire la paix » ?

Est-ce simplement pour poser la question : « la vie a-t-elle un sens ? » Qohelet ne se contente pas te tout mettre dans le même sac et d’agiter ce sac, pour nous dire que la vie n’a pas de sens. Ce « désordre » de son énumération n’est pas la sagesse d’un vieillard qui en a trop vu et qui serait revenu du tout. Car s’il en était ainsi, comment l’Ecclésiaste pourrait-il affirmer que « toutes les occupations que Dieu à faites [et que l’auteur vient symboliquement d’énumérer] sont bonnes en leur temps » ? Y compris « mourir » ! Y compris « haïr » !

Nous voilà devant une question brutale, violente : quelle est cette bonté ? Se juge-t-elle au « profit » que l’on tire des choses ? Qohelet nous fait sentir que cette manière de juger est borgne.

Il nous fait sentir l’écart entre l’œuvre de Dieu et celui qui la reçoit. « Dieu a mis toute la durée du temps dans l’esprit de l’homme, et pourtant celui-ci est incapable d’embrasser l’œuvre que Dieu a faite du début à la fin. » Si nous prenons l’ensemble du texte que nous lisons, cette incapacité n’est pas simplement une affaire de dimension. Le problème ne réside pas seulement dans l’ampleur, dans la quantité des choses qu’il faudrait saisir, mais dans notre capacité à en comprendre la qualité… En quoi mourir est-il bon ?

Il y a chez Dieu de l’insondable… Pouvons-nous nous efforcer de sortir de nos systèmes moraux figés, pour tout regarder comme « bon en son temps » ?

Une pilule dure à avaler

Cela parait étrange, dites-vous ? Mais la scène que Luc nous rapporte ne l’est pas moins, et de la même manière. Jésus demande à ses disciples de répondre à la question « Et pour vous ? qui suis-je ? » Il n’a pas manqué de leur demander auparavant ce qui se dit de lui, dans la foule… Pierre prend la parole pour répondre « Le Messie de Dieu ». Et voilà qu’aussitôt Jésus interdit à ses disciples de ne rien dire à personne de cette vérité ! Et de surcroit il annonce que ce Messie va devoir souffrir, qu’il sera rejeté et tué.

Certes, il annonce la résurrection. Néanmoins ce « happy end » n’annule pas la séquence qui le précède. Pourquoi donc le Messie de Dieu doit-il souffrir ? Quelle est donc cette œuvre de Dieu ? Pouvons-nous, sans faire de la résurrection un « truc rassurant » qui fait avaler la pilule, y reconnaître la bonté de Dieu ?

Nous voilà pris à contrepied, à rebrousse-poil. Pourtant, ce qui nous est proposé, c’est d’entrer dans ce mouvement paradoxal, pour vivre au diapason de la « bonté » de Dieu. Avancerons-nous sur ce chemin ?

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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