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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 09:25

Toute vocation passe par l’épreuve de la dépossession

 

C’est un passage très émouvant du premier livre de Samuel que nous propose ce matin dont nous lisons presque l’intégralité du chapitre 24. David, l’homme qui a vaincu Goliath, l’homme qui a été oint par Samuel pour succéder à Saül et prendre la tête du peuple de Dieu, David contre toute attente a dû prendre la fuite. Voilà une vocation glorieuse qui se développe pour le moins paradoxalement. Comme si le futur roi, l’élu, devait commencer par connaître l’humiliation, l’affaiblissement, la déchéance. Le plan de Dieu semble bien compromis. David est mis à l’épreuve.

Ce n’est pas la première fois, dans la Bible, qu’un homme appelé par Dieu, se trouve en butte à la contradiction, ou qu’il semble devoir perdre le fruit même de la promesse ou de l’appel qu’il a reçu. Abraham ne prend pas possession tout de suite de la terre de la promesse, une famine commence par le pousser à descendre en Égypte, puis quand il connaît enfin une descendance en la personne d’Isaac, il entend Dieu lui demander de l’offrir en holocauste sur le mont Moriyya !

L’épreuve à laquelle est soumis David n’est pas seulement celle du doute. La tentation qu’il doit affronter n’est pas tant celle du renoncement ou de la désertion, que celle de mettre la main sur sa vocation, de l’accomplir par ses simples forces.  Celle d’être obnubilé par elle au point d’oublier celui qui en est l’auteur et de se substituer à lui. Lorsqu’il en est ainsi, la vocation toute sainte qu’elle soit devient une idole et elle se trouve par conséquent détournée de son sens le plus profond. Toute vocation en effet est avant tout une invitation à participer à l’œuvre créatrice de Dieu. S’approprier sa vocation, c’est en fait contester à Dieu son être même de créateur, c’est le supplanter. Nous n’en sommes en général pas pleinement conscient, bien évidemment. Et en ce sens, l’épreuve est un apprentissage, un don de Dieu lui-même.

Alors qu’il est pourchassé à mort, David voit de la manière la plus improbable, la plus ironique, son persécuteur placé à sa merci. David peut, sur le champ, se délivrer définitivement de la menace de mort que représente Saül. Un geste suffit, et tout son entourage l’y pousse. C’est seul contre tous que le fils de Jesse doit dire non à la facilité, non au fantasme de toute-puissance qui le sollicite comme il agite régulièrement chacun d’entre nous. La tentation est d’autant plus forte que les compagnons de David se réclament de la parole même de Dieu et qu’il faut à David une grande sagesse, celle que seule donne l’humilité, pour déjouer le piège qui lui est ainsi tendu. Cette situation ressemble d’ailleurs étrangement, de ce point de vue, aux tentations de Jésus au désert, puisque le Satan cite lui aussi la parole de Dieu…

Que dit finalement David : « Que le Seigneur me préserve de porter la main sur lui qui a été consacré par l’onction du Seigneur ! » Ainsi, il refuse d’agir d’une manière qui porterait atteinte à l’œuvre de Dieu, et la suite du récit montre qu’il entend laisser à Dieu la responsabilité d’exercer son jugement, sans se substituer à lui. Mais pour ce faire, il demande à Dieu son soutien. Ce n’est pas par sa seule force morale que David peut résister à la tentation, mais par la prière, par la remise de sa propre vie, et de sa vocation entre les mains de Dieu : « Que le Seigneur me préserve… » David ne se trompe pas sur l’origine de toute chose, y compris de sa propre vie !

Le récit devient plus émouvant encore lorsque c’est de la bouche même de Saül que vient la confirmation de la vocation de David. Non seulement le roi déchu remercie David d’avoir préservé sa vie, non seulement il demande à Dieu de le récompenser pour avoir agit ainsi, mais encore il est le porte-parole de Dieu : « Je sais maintenant que tu règneras certainement et que tu auras bien en main la royauté d’Israël. » C’est l’attitude de David qui a consenti à dépendre totalement de Dieu et à ne pas anticiper sur son heure, qui est la confirmation même de sa vocation. N’est-ce pas impressionnant ? Vue sous cette angle, l’épreuve et même la tentation, semblent bien nécessaires à l’accomplissement d’une vocation.

Pierre et Judas

C’est le génie de la liturgie de nous faire lire ce texte le jour-même où elle nous rapporte, par l’évangile de Marc, l’appel des Douze. Ceux que Jésus institue pour le seconder passeront eux aussi par une épreuve qui remettra profondément en question l’image qu’ils se faisaient du Messie, afin qu’il découvre qu’en eux, à travers eux, c’est l’œuvre de Dieu qui s’accomplit et non la leur.

La liste des Douze s’ouvre significativement par Pierre qui devra apprendre à plusieurs reprises que sa volonté fougueuse de suivre le Christ ne suffit pas. Il devra accepter de laisser Jésus marcher vers sa passion, il devra éprouver sa propre incapacité à le suivre sur ce chemin… Et cette liste se clôt par le nom de Judas, celui qui livra Jésus, sans doute parce qu’il ne supportait pas l’impasse vers laquelle semblait s’acheminer la proclamation du Nazaréen. Pour l’un et pour l’autre la même épreuve que celle à laquelle David est soumis : passer par ce moment où tout semble réduit à néant, où Dieu semble tarder à réaliser sa promesse, à accomplir sa volonté, pour reconnaître comme l’affirme Paul dans l’épître aux Romains : « O profondeur de la richesse, de la sagesse de Dieu. Que ses jugements de Dieu sont insondables et ses voies impénétrables ! »

Dans les temps difficiles que traverse l’Église aujourd’hui, la leçon de David est plus que jamais à méditer. Ne nous précipitons pas vers des fausses bonnes solutions…

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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Gladys Bastiaenssens 22/01/2010 12:25


J'apprécie vos commentaires d'évangile car elles sont très pertinentes et éclairent d'un jour nouveau les personnages de l'ancien testament qui ont dû "cheminer spirituellement comme nous". j'ai
pris un extrait du 22 janvier pour le mettre sur mon blog afin de faire un peu de publicité pour le vôtre . J'aimerais que les 'friends" qui me lisent de temps en temps aillent rechercher de la
nourriture encore plus consistante... Merci pour votre guidance spirituelle


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