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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 07:34

La ruine et le salut

Lamentations 2, 2.10-14.18-19 ; Matthieu 8, 5-17

Voilà Jérusalem pillée, détruite… comme l’avait annoncé le prophète qui n’a pas été entendu. Celui-ci, loin de se réjouir d’avoir eu raison, pleure sur ce désastre. C’est que sa parole n’avait d’autre sens que de prévenir la catastrophe et la ruine. Mais d’autres, nombreux, ont entretenu des illusions.

On sent dans la plainte du prophète, dans sa lamentation, toute l’intensité de l’amour qu’il porte au peuple auquel il avait été adressé, et encore et toujours, il désire sauver ce qui peut l’être. La description poignante qu’il fait des survivants est hélas toujours d’une actualité frappante. Combien d’hommes et de femmes sur la planète connaissent pareille situation ?

Ce n’est pourtant pas à un voyeurisme compassionnel que nous convie le prophète, mais à trouver dans la désolation même la force de la conversion, afin de remettre nos existences dans le sens de la vie que Dieu ne cesse de vouloir donner. Et cela commence par le fait de ne pas nous inquiéter d’abord de nous-mêmes, mais des générations qui viennent : « Lève les mains vers Lui, pour sauver tes petits enfants qui meurent à tous les carrefours. » Le salut passe par la compréhension que la vie, c’est d’abord donner la vie.

L’évangile de Matthieu est à cet égard singulier. C’est le récit de deux guérisons successives. Mais contrairement à d’autres récits de guérison, elles ne sont pas explicitement demandées. Certes le centurion romain s’approche de Jésus en le suppliant, mais, telle que la rapporte Matthieu, la parole qu’il adresse à Jésus n’est pas une demande, mais plutôt une information sur la maladie d’un serviteur. L’entendant, Jésus répond : « Je vais aller le guérir. » Comme si c’était la moindre des choses.

Jésus révèle ainsi quel est le mouvement qui l’anime, quelle est sa nature : il est celui qui vient sauver. Et c’est là que le centurion manifeste toute l’ampleur de sa foi : ce n’est pas à un guérisseur qu’il s’adresse, mais à quelqu’un qui est maître de la vie, à quelqu’un dont la parole est l’égale de la parole qui a créé le monde. Cet homme croit vraiment que celui à qui il s’adresse est investi de la puissance divine. C’est en ce sens que Jésus proclame qu’il n’a pas trouvé pareille foi en Israël. Et en voyant cela, il voit comment des hommes qui n’appartiennent pas à Israël sont disposé à accueillir le salut, à entrer dans le mouvement de la promesse faite à Abraham Isaac et Jacob. La parole très dure adressée aux héritiers du royaume vise ceux à qui la parole a été proclamée et qui ne l’ont pas accueillie, si bien qu’elle vaut tout autant pour les chrétiens aujourd’hui que pour les juifs qui entouraient Jésus hier…

On aurait tord de croire que Matthieu fait dire à Jésus qu’Israël sera exclue de l’alliance, puisque dans le même mouvement, Jésus, entrant chez Pierre, voyant sa belle mère malade, la guérit, sans que rien ne lui ait été demandé. C’est la tendresse même de Jésus qui la relève, et ce faisant, il manifeste qu’il ne demande rien pour exercer son œuvre de salut. Celui-ci est donné gratuitement, abondamment, et cette bonté porte du fruit, puisque la belle-mère de Pierre à son tour entre dans ce mouvement, en servant ses hôtes.

Matthieu conclu en citant Isaïe, et il faut prêter attention à la citation, c’est un extrait du quatrième chant du Serviteur : Si Jésus sauve et guérit, il le fait en prenant sur lui, comme annoncé par le prophète, nos souffrances et nos douleurs. C’est sa vie qu’il engage et qu’il donne. Tel est encore une fois le salut : la vie donnée.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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