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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 08:17

Voulons-nous retrouver le vrai visage de l’homme ?

Daniel, 3, 14-20,91-92.95 ; Jean 8, 31 42

Le récit que nous lisons ce matin dans le livre de Daniel est connu, c’est l’histoire de Sidrac, Misac et Abdénago, condamnés au feu sur ordre du roi Nabuchodonosor, pour avoir refusé d’adorer la statue qu’il avait fait dresser. « Quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? » leur demande-t-il. Leur réponse est admirable : « Ce n’est pas à nous de te répondre. Si notre Dieu que nous servons peut nous délivrer, il nous délivrera (…) Et même s’il ne le fait pas, sois-en bien sûr, ô roi, nous ne servirons pas tes dieux, nous n’adorerons pas la statue d’or… » Quelle liberté ! Au roi qui prétend les asservir, ils opposent une radicale fin de non recevoir, en assumant totalement le prix exorbitant de leur refus d’être réduit à l’esclavage spirituel – le plus profond qui soit !

Les trois hommes laissent à Dieu le soin de se faire connaître comme il l’entendra, et leur fidélité ne se mesure pas à la récompense qu’ils pourraient attendre de lui. Ils entendent célébrer Dieu gratuitement, en toute situation, fût-ce dans la mort. Ainsi la foi n’est-elle pas conditionnée par l’éventuelle réponse de Dieu. Elle ne pose aucun préalable, mais commence par reconnaître Dieu pour ce qu’il est, le tout Autre, celui auquel nous appartenons.

Le texte rapporte qu’en entendant cette réponse, le visage de Nabuchodonosor s’altéra. Le visage, c’est, comme l’explique Levinas, le signe même de notre humanité. D’une humanité « à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Le roi, dans sa folie mégalomaniaque et paranoïaque, perd en quelque sorte son visage, son humanité se déforme,  s’effondre, se ruine. Telle est la conséquence immédiate de toute idolâtrie. Mais la chose peut aussi se lire « à l’envers » : là où l’humanité est défigurée, là où elle n’est plus respectée pour ce qu’elle est – image et ressemblance de Dieu – nous pouvons être sûr que c’est le fruit amer d’une forme d’idolâtrie qu’il faut donc refuser et combattre.

Être fécondé par…

« Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous être vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libre », dit Jésus. La question est posée : voulons-nous être libres ? Libre de toutes les puissances qui prétendent gouverner le monde et les esprits… Libre de toutes celles qui défigurent le visage de l’humanité… Voulons-nous retrouver le vrai visage de l’homme ?

Le prix peut être élevé. Mais le témoignage de cette liberté est susceptible de rendre leur visage aux bourreaux eux-mêmes. Nabuchodonosor est bouleversé par l’effet de la liberté de Sidrac, Misac et Abdenago.  Ainsi, vouloir être libre, c’est vouloir simultanément offrir cette liberté à ceux qui en sont privés, y compris du fait de leur propre aveuglement.

Jésus nous dit le chemin de cette liberté : demeurer fidèle à sa parole, se mettre à son écoute et la mettre en pratique. C’est toujours le même appel depuis l’origine : « Écoute et agis ! ». « Alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre. » Ne nous méprenons pas sur « la vérité ». Il ne s’agit pas d’un savoir théorique. Connaître, dans le langage biblique, doit toujours être entendu comme « être fécondé par, être ensemencé par ». En écoutant la parole et en la mettant en pratique nous faisons alors une expérience à la fois intérieure et pratique de la vérité qui nous féconde, et fait naître en nous la liberté que nous ne possédons pas par nous-mêmes.

Alors, voulons- nous être libres et partager cette liberté ?

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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