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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 08:15

De qui la vie est-elle en jeu ?

Actes 8, 26-40 ; Jean 6, 44-51

Nous lisons ce matin dans les actes ce qui est arrivé à Philippe, l’un des compagnons d’Etienne. Le persécution de Jérusalem l’a mis sur la route. Il marche seul quand il aperçoit devant lui un voyageur. C’est un Éthiopien, eunuque de la reine Candace. C’est sans doute un prosélyte, puisque Luc nous dit qu’il était venu à Jérusalem pour adorer Dieu. Voilà donc un homme qui est mu par une force intérieure incontestable. Un homme qui cherche même à se nourrir spirituellement, puisqu’il lit le prophète Isaïe.

Luc nous dit que l’Esprit pousse alors Philippe à rejoindre le voyageur. Peut-être est-ce simplement le désir de ne pas marcher seul. Philippe est disposé à connaître celui qui le précède, prêt à faire route avec lui. Il découvre alors la lecture du voyageur. Avec une certaine perplexité : cet Éthiopien comprend-t-il ce qu’il lit ? Il le lui demande et l’eunuque répond très humblement : « Comment pourrais-je comprendre, s’il n’y a personne pour me guider ? » Il convient que la Parole de Dieu, malgré son désir de la connaître, malgré son désir de rendre un culte à Dieu, lui est inaccessible, s’il reste seul face à elle, si personne le lui ouvre le chemin… Son seul désir ne suffit pas !

Cette parole, il est pourtant capable de la déchiffrer au moins au premier degré, puisqu’il demande de qui parle le prophète, lorsque celui-ci fait le portrait d’un homme qui ne se défend pas contre ceux qui le conduisent « à l’abattoir », d’un homme qui s’humilie et dont la « vie est retranchée de la terre ». Le prophète parle-t-il de lui-même ou d’un autre ? demande l’eunuque. Lui-même vient de faire preuve d’humilité en reconnaissant son impuissance à comprendre. Lui-même est blessé dans sa chair, puisqu’il ne peut donner la vie. Lui-même de par sa fonction est voué à se taire et à ne pas dire ce qu’il voit… Dans cette histoire, de qui la vie est-elle en  jeu ?

Philippe lui annonce alors, à partir de ce passage de l’Écriture, la Bonne nouvelle, écrit Luc. Mais l’évangéliste nous laisse sur notre faim, puisqu’il ne nous donne pas à connaître ce que dit Philippe. Comme il ne nous avait pas dit comment Jésus avait commenté les Écritures aux deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Nous voilà à notre tour dans la position de l’eunuque. Qui va nous ouvrir les oreilles et l’intelligence ? Sommes-nous disposés à nous mettre comme l’eunuque en position d’écoute ? Écoute de notre désir le plus profond, disponibilité à la parole d’un autre…

Mais nous voilà aussi comme Philippe, seul sur la route, où il se passe quelque chose dès lors que Philippe est disponible à l’Esprit, prêt à la rencontre, prêt à écouter.

Fécondité

Cette double disponibilité est féconde, puisqu’elle ouvre au don de la vie que signifie le baptême. Dès lors Philippe « est emporté par l’Esprit », comme Jésus disparaît au moment où les disciples d’Emmaüs le reconnaissent. Celui qui a reçu le baptême n’est pourtant plus seul, mais habité intérieurement, apte à poursuivre sa route librement. Et sa joie est celle de celui qui sait qu’il peut à son tour donner la vie…

Telle est la Bonne Nouvelle de celui qui se donne en nourriture, ainsi que Jésus se définit, dans la suite du récit de la multiplication des pains, dans l’évangile de Jean. Au cœur du récit de la rencontre de Philippe avec l’eunuque, il y a en effet la figure du juste qui donne sa vie, de l’agneau sacrifié. Luc nous a fait comprendre, mais en nous laissant le soin de nous le dire à nous-mêmes pour ce qui nous concerne– car n’est-ce pas aussi de notre vie qu’il est question ? – que c’est à partir de cette figure que l’eunuque de la reine Candace a pu découvrir, comment l’être blessé, marqué par la mort qu’il était, était lui-même sauvé, promis à la vie.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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Pierre-Jean ARNAUD 22/04/2010 12:28


Bonjour,
Cherchant une illustration pour le texte des Actes des Apôtres 8,26-40 et après avoir écrit un poème sur ce thème, je suis tombé sur votre blog.
J'ai lu avec intérêt votre commentaire sur ce passage des Actes; bien des pensées et réflexions que j'y ai trouvées rejoignent ce que de mon côté, j'avais essayé d'exprimé au moment où j'ai composé
mon texte poétique. La phrase que vous avez indiquée dans votre profil" A propos de moi", confirment pour moi cet apport nourricier, substantiel et quotidien de la Parole de Dieu,par le moyen
d'Evangile au Quotidien auquelle suis abonné.
Je vous laisse en partage le fruit poétique que l'Esprit m'a suggéré.
Philippe et l’eunuque de la reine Candace

Sur ton chemin l’eunuque progresse pas à pas ;
La foi naît à mesure qu’il s’engage vers Toi.
Seigneur, pain descendu vivant du haut du ciel,
Tu révèles ton Nom, ô Toi, brûlure et miel !

C’est vers Jérusalem que cet homme converge,
Car c’est en cette ville que tout être est né.
Tu y fus acclamé et puis battu de verges,
D’abord ovationné ensuite condamné.

L’eunuque vient vers Toi sur son char en lisant,
Butant sur le passage du Serviteur souffrant.
Quel est donc cet Agneau conduit à l’abattoir ?
Pourquoi donc mourrais-tu, auteur de tout pouvoir ?

Perplexe et pressentant la foi qui s‘émancipe,
Tu lui donnes un secours au pas de gymnastique.
« Comprends-tu ce récit ? » lui demande Philippe
« Et comment le pourrais-je si personne n’explique ? »

Comme tu l’avais fait, Seigneur, à Emmaüs,
L’apôtre entre en dialogue et il l’évangélise.
L’eunuque va plus loin : « Qu’alors on me baptise ! »
Il repart tout joyeux, et Ton Esprit en sus.

Bien à vous. Dans le Christ.


Desiderius Erasme 22/04/2010 15:15



Merci de cet échange qui fait circuler la Parole.


Cordialement



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