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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 09:01

Vendredi Saint

Isaïe 52,13-53,12 ; Hébreux 4,14-16, 5,5-9 ; Jean 18,1-19,42

Comment ne pas être frappé en ce Vendredi Saint où nous célébrons la Passion de Jésus, par l’ouverture du texte d’Isaïe : « Mon serviteur réussira, dit le Seigneur, il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! » Tout le récit de la Passion nous montre son abaissement… Il faut cependant nuancer, car nous lisons ce récit dans l’évangile de Jean, où Jésus est plus disert que chez Matthieu où il se tient dans un silence glacial et coupant. Dans le récit de Jean, la posture de Jésus est imposante : même s’il est dans les mains de ses adversaires, il les domine totalement.

Il n’empêche. Ce début d’Isaïe est surprenant, alors que Jésus va mourir et que ses disciples vont l’abandonner et voir leurs espoirs s’évanouir. Sans doute nous est-il nécessaire d’entendre ce paradoxe pour comprendre ce que nous célébrons aujourd’hui. C’est bien une victoire, sous les apparences de la défaite. C’est la victoire de la fidélité. Soumis à la tentation la plus extrême, celle de voir sa propre vie anéantie, dans sa chair, mais aussi dans le sentiment d’échec absolu qui va déchirer ses disciples, Jésus ne se renie pas, il ne cherche pas à se sauver lui-même. Jusqu’au bout, il aime le Père et s’en remet à sa Parole.

C’est bien ce qu’affirme Isaïe : « Par lui s’accomplit la volonté du Seigneur ». Pourtant les apparences sont contre lui. Le serviteur exalté est si défiguré qu’il ne ressemble plus à un homme.  Ceux qui l’observent ont toutes les raisons de douter de lui, car il ne présente ni la beauté ni le brillant qui sont l’apanage des puissants. Il est comme le lépreux dont on se détourne.

Délivrance

Mais en contemplant ce lamentable serviteur, voici  que nait dans le cœur de celui qui ne détourne pas le regard, la conscience que cette apparence est le fruit de la violence qui s’abat sur lui, à laquelle il ne résiste pas. Dès lors, la victime révèle en miroir le mal qui l’accable. En lui, nous pouvons voir le mal dont nous sommes complices, dont nous sommes partie prenante, et cette prise de conscience  est le début de notre délivrance.  En prenant sur lui le mal sans le retourner contre nous, en se faisant notre intercesseur auprès du Père, pour que nous recevions la grâce de son pardon, pour que nous ne soyons pas enfermés dans notre violence, le serviteur, Jésus nous ouvre le chemin d’une vie nouvelle, affranchie de l’esclavage du péché.

Telle est sa réussite, sa victoire. Contemplons ce don stupéfiant. Laissons-nous émouvoir par lui afin que naisse en nous la capacité d’être à notre tour, à la suite du Christ, ceux qui éteignent la circulation de la violence, de la haine, en renonçant au mal, en acceptant de souffrir par amour pour nos frères. C’est à cela que cette fête, car c’en  est une nous convie.

D.E.

 

 

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Published by Desiderius Erasme
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