Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 06:53

D’un sacrifice à l’autre : de David à Jean-Baptiste… puis Jésus

(Si 47,2-11 ; Mc 6,14-29)

Pendant quelques semaines nous avons lu dans les livres de Samuel, jusqu’au début du livre des Rois, le récit de la vie de David. La liturgie nous en offre ce matin un récapitulatif, dans le livre de Ben Sirac le Sage. La Bible, et à certains égards la foi, nous invite ainsi à une perpétuelle relecture non pas simplement de l’histoire, mais du don de Dieu. Parce qu’en cette relecture, ce don se revivifie en nous.

Ainsi, outre la beauté littéraire dont il témoigne, Ben Sirac ouvre-t-il le portrait de David par une comparaison inattendue : « Comme la graisse qu’on prélève sur les sacrifices de paix [autre traduction possible : sacrifices de salut, ou de communion] ainsi David fut mis à part parmi les fils d’Israël… » Le sacrifice de paix était celui qui célébrait, par excellence, l’Alliance de Dieu et son Peuple ; il existait aussi, selon le livre du Lévitique, des sacrifices pour le péché, et des sacrifices de réparation… La graisse des animaux était réservée pour Dieu, consumée sur l’autel « comme un parfum », et la chair était partagée et consommée par tous le jour-même.

Ainsi David est-il présenté comme la part de Dieu, dans le geste qui célèbre l’Alliance. Il ne s’agit pas seulement de nous dire qu’il fut agréable à Dieu ou, selon l’expression populaire, « en odeur de sainteté », mais d’affirmer que David appartenait à Dieu, qu’il lui revenait – si l’on peut dire –, et que sa vie (dont Ben Sirac rappelle néanmoins qu’elle ne fut pas parfaite, puisqu’il précise que Dieu lui pardonna ses fautes) était en elle-même une louange à Dieu, dont les psaumes ne sont qu’une traduction.

David, nous est-il rappelé, « aima celui qui l’avait créé ». Voilà bien la paix, la communion, le salut du sacrifice. Voilà l’Alliance portée à son sommet : une relation d’amour – et d’un amour guéri par le pardon – qui s’établit entre l’homme et son créateur. Bien plus qu’une relation de dépendance ou de simple reconnaissance. C’est assez vertigineux, quand on y pense.

Cela le devient d’autant plus quand on lit la péricope de l’évangile de Marc que la liturgie nous propose de lire aujourd’hui. Marc nous y rapporte la mort de Jean-Baptiste.

J’ai eu l’occasion de le dire : Marc est en général le plus concis des évangélistes. On aurait pu s’attendre à ce qu’il fasse état de la mort du précurseur en deux ou trois versets, comme le fait Luc. Or il nous présente un récit détaillé des circonstances de cette mort, plus détaillé même que Matthieu ! Voilà qui est surprenant.

Cette mort a pour cadre un banquet offert pour fêter l’anniversaire d’Hérode. Offrir un banquet, c’est proposer aux convives un moment de joie partagée, de communion… Jean apparaît dans cette situation comme la victime sacrifiée de ce moment de communion.

Lisez le texte attentivement, vous verrez que Marc s’attache à mettre en valeur précisément les sentiments et les passions qui sont à l’œuvre. Ce qui se joue, c’est un drame dont l’amour est la pulsation principale, mais un amour que les protagonistes – à l’exception de Jean qui est la brebis muette du sacrifice – éprouvent et vivent de façon désordonnée, désorientée, un amour qui rate sa cible et verse, hélas, dans la perversion. Il n’est pas difficile de trouver, dans l’histoire familiale d’Hérode, les explications de ce désordre. Hérode, Hérodiade et sa fille sont aussi des victimes des errements d’une violence inouïe de ceux qui les ont précédés… Freud, en la matière, n’a rien inventé ! Hérode cherchait désespérément comment apaiser son âme à feu et à sang… C’est même pourquoi il aimait entendre Jean.

Qui est Jésus ?

Si Marc, à ce point du récit, prend la peine de nous raconter cette scène en détail, alors que Jean préfigure, annonce, la personne et le destin de Jésus (dont le nom dit « Dieu sauve »), c’est pour nous aider à comprendre la personne même de Jésus. Car toute la séquence de son évangile dans lequel prend place cette scène tourne autour de cette question : qui est Jésus ? C’est d’ailleurs la question d’Hérode, par laquelle commence cette péricope de Marc.

Le martyre de Jean, sacrifié dans un banquet de communion par ceux qui ne connaissent de l’amour – qui devrait être, comme Ben Sirac nous le dit de David, le sommet de la communion – qu’une expression pervertie et meurtrière, nous annonce que Jésus livrera sa vie pour que l’amour ne rate plus sa cible, pour que nos passions rencontrent enfin la paix qui les comble et les transfigure. Pour qu’elles expérimentent, et que nous expérimentions, le pardon des fautes dont Ben Sirac nous dit que David en fut gratifié.

D.E.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens