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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 08:30

De Paul à Marthe et Marie

Galates 1, 13-24 ; Luc 18, 38-42

Comment lire l’apologie que Paul fait de lui-même dans ce début de la lettre aux Galates ? Sans doute ne faut-il pas oublier qu’il répond à des attaques qui mettent en cause l’annonce qu’il a faite du Christ. Ce n’est donc pas tant lui-même qu’il défend que ce qui est passé par lui. Ce qu’il veut montrer, c’est que cette annonce n’est pas le fait de « petits arrangements » humains, mais que la part de Dieu y est décisive. Ce qu’il est devenu est d’abord le fait de Dieu lui-même.

Une telle affirmation peut s’entendre de deux façons. Elle peut être considérée comme présomptueuse. Qui peut s’autoriser de Dieu ? N’est-il pas facile et parfois dangereux de parer nos actes d’une prétendue bénédiction divine ? Il vaut mieux s’en garder. Mais on peut aussi entendre ce que dit Paul comme une forme d’humilité : ce n’est pas à son propre talent, à ses propres mérites, qu’il attribue le chemin parcouru. Cette lecture est d’autant plus justifiée que Paul ne cache pas qu’il a vécu une conversion radicale, que Dieu l’a retourné, alors qu’il était un adversaire résolu de « l’Église de Dieu ». Paul nous dit qu’en agissant ainsi, il allait à l’encontre de l’appel qui avait été inscrit en lui dès le sein de sa mère. Par ailleurs, Paul, si on le lit bien, ne revendique pour lui-même aucune gloire, ni aucun pouvoir.

Qu’en retenir, sinon que, pour ce qui nous concerne, il n’est peut-être pas inutile, de nous demander ce qui dans nos vies ce qui ne doit rien à nos propres mérites, à nos propres efforts : ce qui résulte d’un don qui a pu passer par différents chemins, et qui nous a faits ce que nous sommes. Nous y trouverons peut-être celui que Paul nomme Dieu…

La rencontre de Jésus avec Marthe et Marie peut-être lue dans cette perspective. Ce qui frappe d’abord, et sur quoi l’on n’insiste pas toujours assez, c’est la simplicité de cette rencontre. Pas de miracle ni de controverse, pas d’enseignement public, ni de parabole… Une visite simple, ordinaire. La réponse sans doute à l’invitation de Marthe. C’est elle qui est actrice et qui, du coup, permet à Marie d’avoir l’occasion de s’entretenir avec Jésus. Ainsi, « la meilleure part » qu’a choisie Marie est-elle d’abord un don qui lui est proposé, et Marthe elle-même n’y est pas pour rien. Mais ce que Jésus répond à Marthe qui s’inquiète du service et voudrait d’une certaine façon remettre en question ce don, c’est que celui-ci est irrévocable. Jésus signifie ainsi, de façon discrète, la fidélité de Dieu.

C’est pourquoi il n’est pas très pertinent d’opposer Marthe et Marie comme on le fait trop souvent, comme l’une, la contemplative, sereine, devait l’emporter sur l’autre, l’active, inquiète… D’ailleurs, si l’on prête attention à la réponse de Jésus à Marthe, on voit qu’elle est pleine d’affection, comme l’indique la double répétition de son nom… Jésus, me semble-t-il, aime pleinement les deux femmes chez qui il est reçu. Cela mériterait que nous y fassions davantage attention.

D.E.

O Jesu du mein Leben, de Samuel Scheidt (1587-1654), par Henri Ledroit

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Published by Desiderius Erasme
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