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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 09:45

Gare aux fausses assurances

2 Chroniques 24, 17-25 ; Matthieu 6, 24-34

Nous quittons le livre des Rois, pour lire le livre des Chroniques qui raconte, à une époque plus tardive, la même histoire, avec quelques variantes, et surtout une perspective différente, liée au moment où il est écrit. Nous lisons ici un épisode ignoré par le livre des Rois, celui de la mise à mort de Zacharie, le fils du prêtre Joad, qui avait assuré la survie puis le sacre du roi Joas. Zacharie, poussé par l’Esprit,  s’était élevé contre l’infidélité du peuple qui pensait trouver plus d’assurance dans le culte des idoles que dans la foi en son Dieu. Mais Joas qui craignait le peuple fit lapider le prophète. C’est à cet épisode que Jésus fait sans doute allusion lorsqu’il s’écrie : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés… » (Luc 13, 34 Matthieu 23, 37).

Cet épisode nous montre à quelle extrémité conduit l’infidélité, et quelles en sont les conséquences, puisque quelques mois plus tard – selon le livre des Chroniques – Israël ne sera pas capable de résister à l’agression d’une armée syrienne pourtant inférieure en nombre… En perdant ce qui est le cœur de son identité, Israël épuise ses propres forces.

L’évangile de Matthieu nous permet de réfléchir sur ce qui peut conduire à perdre le cœur de soi-même. Le passage que nous lisons commence par cet avertissement : « Nul ne peut servir deux maîtres… Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. » Ici, l’Argent est une figure qui signifie la richesse, la puissance… Cependant Jésus ne s’attarde pas sur les dangers de l’Argent. La suite de son propos insiste plutôt sur l’inquiétude qui nous habite de manquer de ce dont nous avons besoin pour vivre. Comme s’il voulait nous dire que notre appétit de l’Argent, de la richesse, du pouvoir, était lié à ce besoin d’assurance qui se manifeste si fortement en nous. Nous en voulons toujours plus parce que rien ne semble pouvoir combler ce besoin, rien ne semble pouvoir éteindre cette inquiétude du lendemain.

Ce que sait notre Père

Cette tension si forte ne peut être résolue que par la foi. Ou bien nous cherchons à nous donner nous-mêmes les garanties de ne manquer de rien – et dès lors nous risquons de basculer dans le monde de Hobbes, où les hommes sont en rivalité perpétuelle et radicale pour le pouvoir et la richesse, pour le vêtement et la nourriture – ou bien nous reconnaissons autour de nous l’œuvre de Dieu et nous vivons dans la confiance – non pas dans l’insouciance – qu’il nous permet de trouver chaque jour ce dont nous avons besoin. Parce qu’il est Père, nous dit Jésus. Notre Père. Et parce qu’il sait » ce dont nous avons besoin.

Comment faire pour qu’advienne ce que Dieu fait pour ses enfants ? Jésus nous dit qu’il y a une condition : celle de participer à son œuvre, afin qu’elle se manifeste.  « Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné de surcroît ! » La « clé du mystère », c’est de participer dès aujourd’hui à l’établissement du Royaume, c’est de faire œuvre de justice, afin que nous ayons mutuellement souci de l’autre et de ses besoins. Alors, nous portant les uns les autres, nous serons délivrés de l’inquiétude du manque… Tant que nous n’aurons pas compris cela, alors, la tentation de chercher du côté de l’Argent sera immense, avec tous les risques d’injustice et d’affaiblissement que cela comporte.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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