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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 15:29

LE MONDE| 13.03.2013 à 14h47

Par Jean-François Bouthors (éditeur et écrivain)

 

Depuis l'annonce par Benoît XVI de son renoncement, jusqu'au conclave qui devait désigner son successeur, la question est posée de savoir si les cardinaux électeurs réunis dans la chapelle Sixtine vont savoir choisir l'homme adéquat pour gouverner l'Eglise catholique. L'avenir de celle-ci semble suspendu à la personnalité d'un homme. Sera-t-il capable de réformer en profondeur la curie ? Sera-t-il celui qui permettra l'ordination d'hommes mariés ou qui autorisera que la communion soit donnée aux divorcés remariés ? Sera-t-il celui qui redonnera à l'institution son "cerveau gauche", en permettant aux femmes d'accéder au ministère ordonné ? Ou sera-t-il celui qui poursuivra la recherche de la réintégration des émules de Mgr Lefebvre [évêque intégriste] ? Celui qui accentuera encore le retour au sacré et à des expressions religieuses traditionalistes de dévotion ? A travers toute une batterie de questions de cet ordre, c'est d'une manière ou d'une autre une vision pyramidale et "mondaine" que l'on entretient.

Les hommages rendus à Benoît XVI, le regard que les fidèles - tels qu'ils apparaissent dans les médias - portent sur le pape "sortant" manifestent une forme d'adulation que l'on aurait pu croire réservée au pontife médiatique qu'était Jean Paul II. Il y a là plus qu'un effet de traîne qui aurait fait bénéficier le pape allemand, si peu charismatique, de l'aura de son prédécesseur polonais, véritable homme de scène et de dramaturgie.

Cette focalisation sur la personne du pape est très récente. On ne l'a pas observée du temps de Pie XII, de Jean XXIII ni de Paul VI. Sans doute s'explique-t-elle en partie par l'ambiance contemporaine de médiatisation à outrance, mais elle traduit parallèlement le sentiment de désarroi qui s'est emparé des catholiques sous l'effet de la mondialisation, des changements technologiques accélérés et de la fragilisation de toutes les institutions - de l'ONU jusqu'à la famille. Dans un monde déroutant, la demande d'un père protecteur ne fait que croître. Du même coup, cette demande suscite des attentes immodérées à l'égard du successeur de Benoît XVI, qui se trouve mis en danger de les décevoir.

PESSIMISME

Tout cela procède, pour le catholicisme, d'une illusion d'optique surprenante. La figure de Pierre, telle que les textes canoniques chrétiens la présentent, ne correspond en rien à ce dispositif, et ce n'est pas une question d'époque. Le premier chef de l'Eglise n'est pas un homme providentiel, mais tout le contraire. Il ne fait pour ainsi dire rien d'autre que de constater le mouvement de vie qui le précède dans le monde. Il observe et aide à voir que, comme dit Jésus de Nazareth, le Royaume de Dieu s'est approché. Pierre n'est pas celui qui organise ou décrète comment il faut "vivre l'Evangile" - au sens d'un guide de comportement ou d'une méthode de gouvernance -, mais celui qui témoigne que la vie est plus forte que la mort, et que cette vérité fondamentale s'est manifestée en la personne de Jésus de Nazareth, quand bien même il a été crucifié. Pierre n'a qu'une chose à faire : permettre aux disciples de Jésus d'en rendre compte, dans un rapport au monde fondamentalement bienveillant. Telle est la tâche fondamentale du pape et la foi de l'Eglise.

Rien ne semble plus nécessaire que cela aujourd'hui. Le pessimisme du regard de Benoît XVI sur le monde contemporain est sans doute la raison fondamentale qui l'a empêché de surmonter les défauts de l'appareil curial et qui l'a conduit à son acte de renonciation. A sa décharge, ce pessimisme est très partagé dans l'Eglise catholique, de la base au sommet, au point que l'image donnée de la foi chrétienne n'est pas de nature à susciter l'adhésion de ceux qui la regardent de l'extérieur.

Tant que perdurera l'illusion d'optique qui consiste à attendre du nouveau pape un "miracle" salvateur, après les VatiLeaks, la crise de la pédophilie et surtout la crise "démographique" qui la frappe dans ses bases européennes, avec le vieillissement des prêtres et des militants, l'Eglise catholique sera incapable de retrouver le dynamisme de sa mission. Tout simplement parce qu'en s'entretenant dans cette perspective elle risque de passer à côté de la foi qu'elle a la charge de célébrer. Ce n'est pas le moindre des paradoxes du catholicisme aujourd'hui.

Jean-François Bouthors (éditeur et écrivain)

 

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Published by Desiderius Erasme
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hourcade 17/03/2013 15:01

merci à désidérius érasme de ce rappel à l'essentiel: ce n'est pas la personne du serviteur qui compte mais le service qu'il rend. la personnalisation du service en fait remonte à un peu plus que
jean paul II... dejà du temps de Pie IX (avec la fameuse infaillibilité pontificale et les malheurs de son temps: la perte des états pontificaux) la réction des catholiques avait été trés fortement
centrée sur la personne du pape... pie XII avait lui même une sorte de mystique de sa fonction qui lorsqu'on voit les images et ses attitudes, indique une conception dramaturgique du service... ce
n'est qu'un effet "cerise sur le gateau" de plus par rapport à une sorte de vénération "prêtrocentrée" héritée du XiXe s.un recentrage sur la pierre de fondation qu'est le baptême et sur la
véritable humanité du serviteur (humble et profond) est tout a fait de bonne augure avec les premiers gestes et premières paroles du Pape François... car à trop mettre les statues sur des
piédestals, plus dure est la chute... pour l'avoir trop longtemps oublié, notre Eglise semble avoir de le payer trés cher. mais rien n'est jamais irréversible grâce à Lui...

else 13/03/2013 17:23

Je suis "désolée" de dire que encore une fois, je suis entièrement d'accord avec vous! J'attends du pape qu'il aime le monde et lui apporte avec l'annonce du message évangélique une parole
d'Espérance.
Je termine un petit texte sur mon blog en disant: je rêve d'un pape vêtu d'un habit de bure et chaussé de sandales.

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