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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 09:40

Jésus vient là où nous pensons qu’il n’est pas

Actes 6, 1-7 ; Jean 6, 16-21

Nous poursuivons la lecture de l’évangile de Jean. Après avoir nourri la foule, Jésus s’est soustrait à elle. Les gens sont repartis, et les disciples rentrent à leur tour vers Capharnaüm.  Pour cela, il faut traverser le lac de Tibériade. Jésus pour sa part est resté pour prier à l’écart. Le vent se lève. La navigation est pénible...

On imagine les disciples décontenancés. Ils avaient dû être, eux aussi, enthousiasmés par le miracle de la multiplication des pains. Quelle puissance ! Avec un maître pareil, la vie promettait d’être facile… Le vent et le clapot, c’est le retour du réel qu’ils avaient peut-être rêvé de congédier, en pensant sauter à pied joint dans le royaume de Dieu, ou plutôt dans l’idée irréelle qu’ils s’en faisaient.

Sur ce point, à vingt siècles de distance, nous leur ressemblons beaucoup. Faire l’économie du réel, nous y sommes toujours prêts. Évidemment, le réel ne disparaît pas, et plus nous le nions, plus il nous revient brutalement. Dans les Actes, la belle unité « des croyants qui n’avaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme » (Actes 4, 32) est vite mise à l’épreuve par des tensions sociales entre les juifs hellénisés et ceux qui étaient de langue hébraïque. Il faut prendre cette situation à bras le corps sinon c’est l’éclatement à brève échéance…

Pour ce qui est de la traversée du lac de Tibériade,  la suite de l’histoire nous est racontée comme un midrash juif et il faut le lire comme tel, avec sa part de fantaisie dans le récit, sans s’attacher à la véracité des détails. La vérité doit être cherchée dans l’interprétation des points saillants de l’histoire.

Le premier, c’est que Jésus n’abandonne pas ses disciples. Il vient là où ils peinent. Inutile donc de le chercher ailleurs que dans le réel dans lequel nous « ramons ».

Le second, c’est que lorsqu’il se présente, les disciples ne le reconnaissent pas. Ils ne parviennent pas à croire que Jésus est là. Plus grave encore, ils sont saisis de crainte. La situation les inquiétait. La présence de Jésus les panique !  Interrogeons-nous sur nos craintes et sur leurs fondements. Mettons-les en doute. Discernons, dans l’épreuve la présence de celui qui vient à nous, et ne nous fermons pas à lui. Il vient là où nous pensons souvent qu’il n’est pas !

« Je suis »

Enfin, le dernier point, c’est qu’avec Jésus, les disciples parviennent au but de leur voyage. Une petite notation mérite qu’on s’y arrête. Jean nous dit qu’ils y parviennent au moment où ils ont voulu le prendre dans la barque. Le caractère merveilleux du récit ne doit pas nous cacher un point essentiel : comme Jésus ne s’est pas laissé saisir par les foules, il n’est pas monté dans la barque des disciples. Il n’est pas une idole que l’on transporte avec soi pour conjurer le mauvais sort. Il marche à côté de nous, ce qui suppose que nous ne nous comportions pas comme des enfants qui ne veulent pas avancer sans leur « doudou ».

Jésus ne se laisse pas saisir, tout en étant là, il maintient une distance qui est celle de la parole et du regard. Une distance qui permet à chacun d’exister. N’oublions jamais cela, même s’il vient demeurer en nous, c’est toujours autrement qu’une idole, toujours en creusant une distance indispensable au développement de la vie. Toujours pour que nous puissions dire à notre tour « je suis », comme lui-même le dit.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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